Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

immunologie (suite)

Mais c’est surtout depuis 1945, avec les progrès de la biochimie et de la biophysique, que de très nombreuses équipes de savants ont pu éclaircir la structure moléculaire des anticorps et des « sites antigéniques » intervenant dans la réaction antigène-anticorps. C’est ainsi qu’en 1972 l’Américain Gerald M. Edelman (né en 1929) et l’Anglais Rodney Robert Porter (né en 1917) ont reçu le prix Nobel de physiologie et de médecine pour leurs travaux sur la structure chimique des anticorps.

Parallèlement s’est posé le problème de l’origine cellulaire de ces anticorps, ce qui a mis en lumière le rôle de certains systèmes jusque-là restés mystérieux, tels le système histiocytaire, le thymus et le tissu lymphoïde.

Toutes ces acquisitions de l’immunologie ont permis la compréhension d’un certain nombre d’états pathologiques dus à un dysfonctionnement du système immunitaire. Ainsi sont nés les concepts d’auto-immunité, de déficience immunitaire, d’histocompatibilité, d’immunologie de transplantation et d’immunologie des tumeurs.

Ilia Ilitch (ou Elie) Metchnikov

Zoologiste et biologiste russe (Ivanovka, près de Kharkov, 1845 - Paris 1916). Après des études à Kharkov et en Allemagne, il devient professeur à Odessa. En 1882, il quitte la Russie pour voyager et, en 1887, se rend à Paris, où il est attaché au laboratoire de recherches de l’Institut Pasteur, dont il deviendra plus tard le sous-directeur. En 1908, il partage avec P. Ehrlich le prix Nobel de médecine. Son livre principal est l’Immunité dans les maladies infectieuses (1901).


La réaction immunologique

Dans l’évolution des êtres organisés, son apparition est tardive ; elle n’existe pas chez les Invertébrés, elle est difficile à mettre en évidence chez les Reptiles et les Poissons, mais elle est toujours observée chez les Vertébrés supérieurs. Parallèlement, au cours de la vie, il existe d’abord, pendant la période embryonnaire, une phase d’immaturité immunologique de durée variable. Chez l’Homme, cette période disparaît bien avant la naissance ; un prématuré peut donc s’immuniser.

La réaction immunologique nécessite un stimulus, l’antigène, et un récepteur, le lymphocyte.

L’antigène est une substance qui donne lieu à une réaction immunologique. Cette substance doit être distincte des constituants de l’organisme ou, si elle provient du même organisme, avoir été modifiée ou dénaturée, soit spontanément, soit expérimentalement. Elle doit posséder à sa surface des « sites antigéniques » spécifiques. Elle doit enfin être de poids moléculaire suffisamment élevé.

L’antigène peut pénétrer dans l’organisme soit par les voies naturelles, soit par effraction accidentelle ou injection expérimentale. Il est en général ensuite capté par les cellules du système réticulo-endothélial ou histiocytaire. C’est un ensemble fonctionnel de cellules dispersées dans tout l’organisme ; il s’agit des histiocytes, grandes cellules réparties dans le tissu conjonctif, des cellules réticulaires bordant les sinus sanguins de la rate, de la moelle osseuse, des ganglions lymphatiques, du foie (cellules de Kupffer), des cellules du réticulum des organes hématopoïétiques, des monocytes du sang circulant. Toutes ces cellules sont douées de phagocytose : elles sont capables d’absorber et de détruire les antigènes particulaires. Elles sont également douées de pinocytose, c’est-à-dire d’un mécanisme d’absorption des antigènes solubles que l’on observe au microscope électronique.

À l’intérieur de ces cellules, appelées encore macrophages, l’antigène est dégradé sous l’influence des enzymes intracellulaires.

Du macrophage, l’information antigénique passe dans le lymphocyte. Le rôle de la coopération macrophage-lymphocyte n’est pas encore totalement éclairci, mais il semble que le macrophage amplifie l’immunogénicité de la substance injectée, et sa participation paraît donc importante surtout lors de l’immunisation par des antigènes faibles.

Le lymphocyte est la cellule centrale de la réponse immunitaire. C’est une petite cellule de 7 à 9 microns de diamètre, facilement reconnaissable, avec un gros noyau arrondi central : elle constitue l’élément essentiel du système lymphoide, qui est formé des ganglions lymphatiques, de la rate, du thymus, de la moelle osseuse, des amygdales et des plaques de Peyer de l’intestin.

Le petit lymphocyte, une fois « informé », est appelé « lymphocyte sensibilisé ». Il est capable, sous l’influence d’une stimulation antigénique, de se transformer en une volumineuse cellule à cytoplasme hyperbasophile, appelée immunoblaste ou lymphocyte transformé. Mais un lymphocyte n’est pas capable de répondre à la stimulation de n’importe quel antigène. Seul un petit nombre de cellules, toutes identiques entre elles, car provenant de la division d’une même cellule mère, est capable de répondre à un antigène donné.

La sensibilisation de certaines cellules lymphoïdes consécutive à un premier contact avec l’antigène spécifique va entraîner des conséquences importantes lors d’une seconde rencontre avec le même antigène. Ces conséquences sont schématiquement de deux types. Certaines cellules lymphoïdes se transforment en plasmocytes, cellules ovalaires à noyau arrondi excentré possédant une chromatine disposée en rayons de roue et un cytoplasme hyperbasophile : cet aspect est dû au développement important de l’ergastoplasme, témoin d’une synthèse protéique intense. Les plasmocytes synthétisent les anticorps, ou immunoglobines.

D’autres cellules lymphoïdes sont responsables des réactions d’hypersensibilité retardée dans lesquelles les phénomènes cellulaires jouent un rôle fondamental, alors que les anticorps sont absents ou n’ont que peu d’importance.

On voit ainsi que la population des petits lymphocytes présente une hétérogénéité physiologique bien qu’elle soit morphologiquement uniforme. Il semble exister effectivement deux populations distinctes : les lymphocytes dépendant du thymus et les lymphocytes originaires de la moelle osseuse.

La thymectomie (ablation expérimentale du thymus) néo-natale supprime la capacité de développer les réactions d’hypersensibilité retardée tout en maintenant dans une certaine mesure la capacité de production des anticorps.

Un effet opposé est obtenu par l’ablation de la bourse de Fabricius (bursectomie), annexe du tube digestif des Oiseaux (elle n’existe pas chez les Mammifères).

La thymectomie et la bursectomie simultanées privent les poulets de toutes les fonctions immunitaires.