Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Ibos (suite)

Dès 1936, un courant nationaliste apparut dans la presse Zik, publiée par l’Ibo Nmandi Azikiwe (né en 1904 — président de la République du Nigeria* de 1963 à 1966). En 1944, celui-ci fonda le premier grand parti nigérian, le National Council of Nigeria and the Cameroons (N. C. N. C.). Mais l’inégalité de la scolarisation et du développement économique, au moment de l’indépendance, attisait les rivalités ethniques et les tendances régionalistes. Victimes de massacres généralisés en 1966, les Ibos refluaient du nord. La tragédie du Biafra était proche.

D. B.

J. C.

➙ Afrique noire / Biafra / Nigeria.

 D. Forde et G. I. Jones, The Ibo and Ibibio-Speaking Peoples of South-Eastern Nigeria (Oxford, 1950). / M. Crowder, The Short History of Nigeria (New York, 1966). / E. A. Ayandele, The Missionary Impact on Modern Nigeria (1842-1914). A Political and Social Analysis (Londres, 1966). / R. N. Umeasiegbu, The Way we lived (Londres, 1969).

Ibsen (Henrik)

Écrivain norvégien (Skien 1828 - Christiania [auj. Oslo] 1906).



La vie

Henrik Ibsen naquit le 20 mars 1828 à Skien, petite ville de la côte norvégienne près d’Oslo. Son père, Knud Ibsen, descendait d’une famille d’armateurs de Bergen. Lorsque Henrik eut huit ans, son père dut vendre ses biens. L’atmosphère du foyer fut aigrie par la faillite. La famille s’exila à la campagne (Venstøp, dans le Gjerpen), où le caractère solitaire du jeune Ibsen se développa. Henrik s’isole avec ses livres, dessine, rêve. Envoyé à Grimstad faire son apprentissage chez un pharmacien, il y reste six ans (1844-1850). Son esprit satirique, nourri du mépris qu’il a ressenti pendant les années d’enfance, s’exerce à l’encontre de la bourgeoisie de la petite ville de province. Mais, au fond de lui-même, Henrik est déchiré et souffre d’un complexe d’infériorité. Il écrit des poèmes romantiques dans le style de H. Wergeland et découvre la révolution de Février. Il croit à la solidarité scandinave, à la volonté du peuple de se sacrifier pour une idée ; aussi, lorsque, plus tard, en 1864, la Norvège refusera d’aider le Danemark en guerre contre la Prusse, il sera amèrement déçu. En 1850, il part pour Christiania et passe son baccalauréat ; il connaît la misère, noue des contacts avec un mouvement d’émancipation ouvrière, fonde le journal Andhrimner, qui ne survivra que quelques mois. En 1851, Ole Bull, qui venait de fonder le Théâtre national à Bergen, lui offre la régie du théâtre. S’il ne deviendra jamais un bon metteur en scène, Ibsen fera, pendant les cinq années passées au théâtre de Bergen, son apprentissage de dramaturge. Chaque année, il donnera une pièce (la Nuit de la Saint-Jean, 1853 ; Madame Inger d’Östrät, 1855 ; la Fête à Solhaug, 1856 ; Olaf Liljekrans, 1857). D’autre part, il étudie les théories de Hermann Hettner (Das moderne Drama) : les drames historiques doivent être aussi des drames psychologiques, afin que l’homme d’aujourd’hui se reconnaisse dans les personnages des tragédies historiques. Madame Inger d’Östrät est ainsi à la fois une tragédie de l’amour maternel et la tragédie de la Norvège médiévale. Ibsen étudie les sagas ; dans ce monde héroïque, il retrouve ses idéaux. En 1857, il prend à Christiania la direction artistique du Théâtre national, qui doit contrebalancer le « Christiania Theater », de tradition danoise. C’est le temps de l’espoir et des déceptions. Bjørnson* se joint à lui ; ensemble ils fondent la « Société norvégienne » (Det Norske Selskab). Cependant, Ibsen connaît des difficultés dans la gestion de son théâtre ; ses pièces sont mal reçues, et il perd son poste. En 1861, malade, il est en proie à des idées de suicide. L’opposition violente qu’il ressent entre son idéal et la vie quotidienne s’exprime aussi bien dans la Comédie de l’amour (1862), qui s’attaque à la conception bourgeoise de l’amour dans le mariage, que dans le drame historique les Prétendants (1864). Déçu dans ses espoirs esthétiques et politiques, Ibsen rompt avec son pays et part pour l’Italie en 1864. Il y vivra pendant de nombreuses années, ainsi qu’en Allemagne, et ne sera de retour en Norvège de façon définitive qu’en 1891.

Le poème dramatique Brand (1866) est écrit sous le coup de ses déboires et de son indignation. C’est la tragédie de l’idéalisme : « Brand, c’est moi-même dans mes meilleurs moments », a dit Ibsen. Après Brand, qui connaît un succès en Scandinavie, vient Peer Gynt (1867), Peer Gynt est en quelque sorte la contrepartie de Brand. Fantasque, amoral, c’est l’incarnation de l’esprit de compromis et, dans une certaine mesure, du peuple norvégien, infidèle à sa vocation. Ibsen a mis dans ce personnage toute son imagination, et, à vrai dire, là où Brand est sublime, mais parfois peu convaincant, Peer, dans son inconstance, est séduisant et sympathique. Dans sa passion de l’absolu, Brand refuse de voir sa mère mourante. Peer, au contraire, aide sa mère à passer le seuil de la mort : usant de ses talents de conteur, il la conduit dans un monde imaginaire. En 1869 paraît l’Union des jeunes, satire des partis politiques, puis Ibsen termine Empereur et Galiléen (1873). Ce drame annonce une nouvelle vision de l’histoire. Ibsen, évoquant le conflit entre l’amour païen de la beauté et l’esprit chrétien du martyre, prophétise une ère nouvelle, l’ère de l’Idée, le troisième royaume, qui unit « l’arbre de la Connaissance et l’arbre de la Croix ». Cette œuvre, conçue à une époque où Ibsen est sous l’impression de la guerre franco-allemande et de la Commune, porte la trace des influences de Schopenhauer, des critiques bibliques de Renan et de Strauss. Les drames qui suivent sont plus nettement orientés vers les problèmes sociaux et vers la lutte de l’individu contre le poids des conventions imposées par la société : après les Piliers de la société (1877), Maison de poupée (1879) provoque des discussions passionnées. Comme la femme est l’un des piliers de la société, ses droits et ses responsabilités doivent être reconnus. La pièce est une dénonciation du mariage et de l’inégalité des époux. Les Revenants (1881), tragédie du destin, soulève également des protestations indignées. Cette pièce est une attaque contre le mariage conventionnel sans amour et, en cela, elle est liée à Maison de poupée. Mais, plus qu’un simple drame à thèse, c’est la tragédie de la mère qui veut trouver un sens à sa vie. Elle voit dans son fils le symbole de la liberté, de l’innocence — et elle découvre qu’il est la victime de son père, souillé par leur mariage absurde. Cette pièce soulève une telle tempête d’indignation qu’Ibsen écrit Un ennemi du peuple (1882), tragi-comédie qui est en quelque sorte un commentaire sur ses relations avec la société. Stockmann, le docteur, soutient des opinions radicales — qui sont celles d’Ibsen — dans une société bourgeoise conventionnelle. Avec le Canard sauvage (1884), l’attitude réaliste de l’auteur s’adoucit et sa pensée prend une tournure plus symbolique. Ibsen y crée des hommes faibles. Le problème posé est clair : quelle est la valeur de la « vérité » ? Le mensonge vital (livsløgnen) ne vaut-il pas, pour certains, la vérité ? N’est-il pas une forme de vérité ? Le mensonge vital dans le Canard sauvage rend la vie tolérable. Gregers Werle suggère à la petite fille Hedvig de sacrifier son canard sauvage. Mais celle-ci se tue pour prouver son amour à l’égard du « père » et aussi parce qu’elle comprend obscurément que c’est elle le canard sauvage. Les valeurs qu’enferme le grenier (le fond de la mer) — art, nature, la vie mystérieuse qui entoure le canard blessé — valent bien plus que le résultat obtenu par la fièvre de la vérité.