Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

Hunyadi (suite)

Ladislas (László) Hunyadi (1433-1457)

Le fils aîné de Jean et d’Elisabeth Szilágyi avait tout jeune accompagné son père dans ses campagnes. Il avait été laissé en otage à Brankovič en 1448, après Kosovo.

En 1452, il vint recevoir à Vienne le roi Ladislas V. Bán de Croatie en 1453, il fut poursuivi en justice après la mort de son père par le nouveau gouverneur de la Hongrie, le tout-puissant Ulric II, comte de Cilli (1406-1456). Bien qu’il ait été absous par la diète de Futak en 1456, Cilli persuada le roi Ladislas de le faire mettre à mort. Ladislas Hunyadi fut traîtreusement dépouillé de sa forteresse de Belgrade et attiré à Buda, où il fut exécuté, sans autre forme de procès, le 16 mars 1457.

Le roi Ladislas V étant mort lui-même peu après (1457), c’est le second fils de Jean Hunyadi, Mathias* Corvin (1440-1490), qui fut élu roi de Hongrie le 24 janvier 1458.

P. P. et P. R.

➙ Hongrie / Mathias Corvin.

 J. Teleki, The Age of the Hunyadis in Hungary (Budapest, 1852-1857 ; 6 vol.). / V. von Zsolnay, Vereinigungsversuche Südosteuropas im XV. Jahrhundert : Johann von Hunyadi (Francfort, 1967).

Hus (Jan)

Prêtre tchèque, réformateur de l’Église et martyr (Husinec, Bohême, v. 1370 - Constance 1415).


Jan Hus naît dans une famille de paysans pauvres ; c’est parmi les plus démunis qu’il fait, à l’université de Prague, des études qui le conduisent au baccalauréat en théologie et à la maîtrise ès arts libéraux (1396). Dès lors, son ascension va être rapide : il enseigne la philosophie dans la ligne du réalisme et prend connaissance des ouvrages de l’Anglais Wycliffe (v. 1320-1384), défenseur en Angleterre d’une autonomie par rapport au pape et d’un retour à l’Écriture dans l’Église, et ainsi fondateur d’un patriotisme évangélique.

Ordonné prêtre en 1400, Hus est, dès l’année suivante, doyen de la faculté de théologie de Prague ; il commence à prêcher à la chapelle de Bethléem, réservée à la langue tchèque, où des milliers de personnes s’entassent debout pour l’entendre. Prédicateur synodal, confesseur de la reine, appuyé au départ par les autorités civiles et ecclésiastiques, il annonce un message de radicale réforme évangélique, il traduit le Nouveau Testament en tchèque, persuadé qu’il doit être mis entre toutes les mains, donnant par là même un statut culturel à sa langue maternelle.


Les trois périodes de la vie de Hus


De 1400 à 1408

Son action réformatrice est soutenue par ses supérieurs. Il publie plusieurs ouvrages : Contre l’adoration des images ; De la glorification du sang tout entier de Jésus-Christ ; Vie et Passion de Jésus-Christ, d’après les quatre Évangiles ; une série de commentaires bibliques et de conférences à l’usage du clergé pragois.


De 1408 à 1412

Hus entre en conflit avec la hiérarchie. Il a en effet dénoncé publiquement les droits et privilèges du clergé, et il a ouvertement manifesté ses sympathies pour Wycliffe. Lorsqu’en 1410 les ouvrages de ce dernier sont brûlés sur ordre de l’archevêché de Prague, et que sont interdites les prédications des bacheliers en théologie à la chapelle de Bethléem, Hus rédige un Appel au pape Jean XXIII et deux traités : Il faut lire et non brûler les livres des hérétiques et Apologie de l’ouvrage de Wycliffe sur la Sainte Trinité. Il demande que l’hérésie ne soit définie que par rapport à l’Écriture.

Excommunié une première fois en 1411, Hus est relevé de cette peine sur intervention de la reine Sophie, mais, en mai 1412, les indulgences émises par l’antipape Jean XXIII pour financer sa guerre contre le roi de Naples lui fournissent l’occasion de violents réquisitoires contre les abus de pouvoir temporel de l’Église. Cité devant les légats romains, il déclare : « Je suis prêt à obéir au pape tant que ses ordres sont conformes à ceux des apôtres, mais s’ils y sont contraires, je n’y obéirai point, eussé-je mon bûcher dressé devant moi. »

Il publie douze thèses contre la bulle pontificale et, sur cette base, rédige son Traité des indulgences et dix sermons sur « l’anatomie de l’Antichrist, comparé à Jésus-Christ », virulente attaque contre la cour de Rome, ainsi que quinze lettres dans lesquelles son esprit réformateur se précise en s’étendant notamment au domaine de la justice sociale. Comme trois de ses disciples sont exécutés, il en appelle du pape à Jésus-Christ, seul vrai chef de l’Église ; soutenu par le peuple et la noblesse de Prague unanimes, il n’en est pas moins frappé d’excommunication majeure et, pour éviter les troubles, s’exile volontairement à la campagne, où il poursuit son activité de prédicateur.


De 1412 à 1415

Hus publie encore plusieurs ouvrages et, notamment, son traité De l’Église, dans lequel il fait la distinction entre l’institution romaine, communauté de foi fondée par les apôtres, et l’Église universelle, régie par le seul Jésus-Christ.

C’est ce dernier qu’il convient de servir, fût-ce, si cela se révèle nécessaire, en désobéissant à son vicaire devenu infidèle. C’est l’Écriture qui est donc la norme de la fidélité de l’Église ; c’est d’elle, témoignage de Jésus-Christ, que vient la Parole du salut. Tout chrétien dont la vie est conforme à l’Évangile est donc un missionnaire du Christ. La confession du cœur lui suffit pour obtenir l’absolution ; il a normalement droit au calice eucharistique, par lequel, comme le pain, il entre en communion vivifiante avec le Christ réellement présent qui donne son salut et crée dans le chrétien les bonnes œuvres, fruits de la vie régénérée. En cas de conflit avec l’autorité ecclésiastique, c’est au seul seigneur de l’Église qu’il faut se soumettre.

Ayant révisé sa traduction de la Bible en tchèque et écrit une série de lettres à ses compatriotes où s’expriment sa foi en l’Évangile, son amour de son peuple et son espérance de justice, Hus, reconnu orthodoxe par l’inquisiteur Nicolas de Husinec, quitte Prague, avec un sauf-conduit, pour se rendre à Constance, devant le concile général où il a été cité. Arrivé le 3 novembre 1414, il est d’abord bien reçu, puis, au bout de quelques semaines, dénoncé par ses adversaires de Bohême et attaqué par les sorbonnards Jean Charlier de Gerson (1363-1429) et Pierre d’Ailly (1350-1420). Le sauf-conduit violé, il est mis en prison dans un couvent ; là, il rédige à l’intention de ses gardiens une série d’explications sur le Symbole apostolique, le Décalogue et l’Oraison dominicale, qui préfigurent les grands catéchismes de la Réforme luthérienne et calvinienne.