Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

hôpital

Établissement dans lequel on donne momentanément aux malades ou aux blessés les soins qu’exige leur état.


Il existait chez les Grecs et les Romains des locaux destinés à héberger les esclaves malades, et les soldats étaient également soignés dans des hospitalia en période d’hostilités.

Les premiers hôtels-Dieu ont été construits à Jérusalem, pendant les croisades, et dans les États latins du Levant. On peut en faire remonter l’origine au xenodochium de Byzance et au ptôkheion de Césarée, en Cappadoce.

À Paris, l’Hôtel-Dieu a été fondé vers le milieu du viie s., peut-être par saint Landri. C’était un établissement d’assistance charitable, comme les lazarets qui se construisaient alors dans tous les pays où la lèpre était apparue avec le retour des croisés. Au xiiie s., il y avait plus de 2 000 lazarets en France. Dans l’islām, les soins accordés aux malades mentaux, soumis à un régime relativement humanitaire par rapport aux pays occidentaux, sont une originalité remarquable.

Le concile de Vienne (1311-12) sécularisa les établissements hospitaliers, tous tenus par des congrégations religieuses, mais celles-ci continuèrent à régir l’hébergement des malades. Les médecins visitaient alors rarement les hôpitaux. Ils n’y paraissaient qu’à la prière des gardes-malades. Peu à peu, l’hôpital connut une évolution qui le transforma progressivement en école pratique de médecine. Le service des malades est dès lors dirigé par des médecins choisis pour leur grande expérience, aidés par des élèves et secondés par un corps d’infirmiers, puis d’infirmières dont ils assurent l’instruction et le perfectionnement. L’humanisation s’opère à grands pas, en particulier, au xviie s., avec Vincent* de Paul et les Filles de la Charité. Les pouvoirs publics s’intéressent de plus en plus aux problèmes de santé, et, sous le Directoire, se généralise la règle qui commet la tutelle des hôpitaux à des commissions administratives présidées par le maire de la commune.

Dans le monde entier, l’évolution se poursuivra dans le même sens, mais avec certaines particularités. En Angleterre, les hôpitaux généraux, à caractère bénévole, sont soutenus par les dons et legs (Voluntary) jusqu’à la nationalisation d’août 1948. Aux États-Unis règne un libéralisme total : les plus célèbres et les mieux équipés des grands hôpitaux sont des hôpitaux privés (Mayo clinic) ; des organisations telles que Medicare et Medicaid sont fondées sur des lois fédérales relatives aux soins donnés aux vieillards et aux indigents.

En France, à partir du xviiie s., les grands établissements sont condamnés, et la reconstruction de l’Hôtel-Dieu de Paris est une des conséquences de cette évolution ; cependant, l’époque contemporaine connaît un retour aux grands ensembles (Beaujon, Créteil, Pitié, Necker, Clamart, Colombes). Dans tous les grands hôpitaux des grandes villes, les enseignants des sciences cliniques sont à la fois membres de la Faculté et chefs des services hospitaliers. Ceux-ci sont donc depuis longtemps, mais non exclusivement, le berceau des principaux progrès accomplis dans l’art de soigner.

Actuellement, l’obligation de faire porter l’effort budgétaire sur certaines spécialités en développement (cancérologie, cardiologie, hématologie, rhumatologie, chirurgie cardiaque, orthopédique, pédiatrique) conduit à une répartition planifiée des tâches et conditionne plusieurs des décisions relatives à l’implantation, au type de construction, au cubage d’air moyen, aux moyens d’accès (hélicoptères), aux effectifs du personnel soignant et des étudiants admis à participer à la vie de l’hôpital universitaire, meilleure façon pour eux d’acquérir une formation complète. Le cadre législatif, les procédures administratives et les techniques modernes de gestion (ordinateurs) concourent à accroître l’efficacité du système des soins médicaux. Les méthodes statistiques d’analyse des besoins permettent de mesurer l’écart entre la demande et la réelle nécessité des soins, comme aussi de justifier la planification par une étude objective.

Jusqu’au milieu du xxe s., dans les trois plus grandes villes de France, les hôpitaux dépendaient pour la plupart des directions générales de l’Assistance publique. En province, ils étaient régis par des commissions administratives. Les hôpitaux privés étaient, en réalité, de grandes cliniques dotées d’un statut propre. Depuis la Seconde Guerre mondiale et la mise en place d’un vaste système d’assurances* sociales, de profonds changements s’accomplissent graduellement. L’hôpital et l’université sont plus unis que jamais sous la forme de centres hospitalo-universitaires (C. H. U.) ou de centres hospitaliers régionaux (C. H. R.) ; des hôpitaux dits « de deuxième catégorie » prennent la place des hôpitaux locaux pour assurer une plus grande uniformité des soins sur tout le territoire et pour décentraliser l’enseignement de la médecine et la recherche médicale. Certains établissements créés par des ordres religieux existent toujours, modernisés (Angers, Beaune), mais la notion d’assistance, de sauvegarde de la santé à la charge de l’État est universellement admise en Europe. Le service public hospitalier (S. P. H.) constitue en France, depuis la réforme de 1970, la base de la politique de la santé.

L’O. M. S. a bien défini l’hôpital moderne : c’est un élément d’une organisation de caractère médical et social dont la fonction consiste à assurer à la population des soins médicaux complets, curatifs et préventifs, et dont les services extérieurs irradient jusqu’à la cellule familiale considérée dans son milieu. C’est aussi un centre d’enseignement de la médecine et de recherche bio-sociale.

L’implantation et l’architecture de l’hôpital ont été reconsidérées : au lieu d’être situé en plein centre urbain, l’hôpital doit être construit à l’extérieur des villes ; ses dimensions doivent correspondre à des prévisions sectorisées. Les grands établissements sont difficiles à gérer ; les petits sont d’une gestion trop coûteuse. Le nombre de lits moyen dans les grandes villes serait de l’ordre de 500. Les projets pavillonnaires sont abandonnés, au profit des blocs fonctionnels, hôpitaux généraux ou hôpitaux spécialisés. Le regroupement des activités médico-chirurgicales est ainsi facilité, et les remaniements que les progrès des diverses disciplines commandent peuvent être faits sans bouleversement onéreux.

De même, et toujours dans les grandes villes, la tendance est à l’éloignement des services industriels, dont la proximité n’est pas souhaitable pour un centre d’hygiène toujours menacée : buanderies, blocs de stérilisation, ateliers de réparation ou d’entretien, magasins centraux et même préparation de la nourriture (technique des restaurants multiples).