Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

Hongrie (suite)

La population est relativement homogène au point de vue religieux (plus de 2 millions de calvinistes et luthériens, 150 000 israélites, 40 000 orthodoxes, le reste est catholique) et linguistique. Les minorités ethniques ne représentent que 1,75 p. 100 de la population totale : 50 000 Allemands (contre un demi-million avant la guerre), 26 000 Tziganes, 38 000 Serbes et Croates, 16 000 Roumains, chacun de ces derniers groupes se situant à proximité des frontières du sud et de l’est.


Politique et structures économiques

La Hongrie est considérée depuis une dizaine d’années comme le plus libéral des pays du Comecon dans les domaines intellectuel et économique. Elle a connu jusqu’à la crise de 1956 un des régimes les plus autoritaires et centralisés. Au cours des premiers plans, triennal de 1947 à 1949, quinquennal de 1950 à 1954, les dirigeants avaient fixé des objectifs trop ambitieux : passer, en un temps très bref et sans s’assurer des moyens indispensables, du stade d’un pays agraire, l’un des greniers à blé de l’Europe centrale avant la guerre, à un niveau de haute industrialisation, la priorité étant donnée, sur le modèle de l’U. R. S. S., à l’industrie lourde. Ainsi, l’agriculture devait être uniquement chargée d’assurer le ravitaillement des villes. La réforme de mars 1945 entraîne le partage des latifundia féodaux qui couvraient plus du tiers du territoire. Mais la collectivisation accélérée et contrainte de 1950 à 1953 ne tient pas compte des conditions géographiques et sociologiques des petites exploitations, réunies de force en coopératives. Au milieu de 1953, les trois quarts des terres cultivées sont groupées dans le secteur d’État et le secteur socialiste. Ce mouvement entraîne une diminution sensible de la production agricole, à tel point qu’un premier mouvement de décollectivisation s’amorce dès la fin de 1953.

En même temps, le rythme trop élevé de la croissance de l’industrie lourde s’accompagne d’une hausse des coûts de production, de ruptures dans les approvisionnements, d’une pénurie de biens de consommation et d’une baisse du pouvoir d’achat. Des orientations contradictoires (notamment les deux années de la « nouvelle politique économique » en 1953-54) ne parviennent pas à redresser une situation dont le caractère catastrophique provoque l’émeute de 1956.

La seconde période ouvre l’ère de la « réforme économique » ou du « nouveau mécanisme ». La moitié des surfaces cultivées et les deux tiers des coopératives retournent au secteur privé jusqu’en 1957-58. Une nouvelle phase de collectivisation permet le regroupement en coopératives plus souples, bénéficiant d’avantages de l’État, laissant une grande liberté aux propriétaires de lopins individuels, aux exploitants spécialisés dans l’élevage, la vigne, les cultures fruitières et maraîchères. Les plans, triennal de 1958 à 1960, puis quinquennaux de 1961 à 1965 et de 1966 à 1970, font une place plus grande aux industries de consommation, au bâtiment et aux transports, au niveau de vie de la population. Ils s’accompagnent d’une plus grande liberté de gestion laissée aux entreprises, de formules d’intéressement des salariés à la production des entreprises, d’une réforme des prix, d’une élévation de la productivité et d’une croissance rapide des secteurs modernes de l’industrie : ainsi, le niveau de la production pharmaceutique en 1966 était déjà 14 fois supérieur à celui de 1958. La Hongrie a entrepris pour la première fois en 1964 la fabrication de textiles et de caoutchouc synthétiques et de matières plastiques.

Cette nouvelle politique suppose une plus large ouverture à l’extérieur, et à l’intérieur un effort de décentralisation et d’aménagement régional. La Hongrie offre dans les pays du Comecon un modèle de spécialisation régionale de la production agricole, et une partie du développement de la Grande Plaine est fondée sur l’aménagement rationnel des exploitations. La réduction de la population agricole autrefois dispersée en tanyas, la construction de villages-centres, la création de périmètres d’irrigation à partir du Grand Canal de l’Est, issu du barrage de Tiszalök, et la création de fermes expérimentales ont permis la constitution de régions agricoles définies par les systèmes de culture et d’élevage et les coûts de production. Les grosses villes à population rurale s’industrialisent par un double effet : la transformation sur place des produits agricoles et l’implantation d’une raffinerie et de la pétrochimie dans le bassin de Szeged.

L’agglomération de Budapest a ralenti son expansion industrielle et démographique. La politique d’aménagement du territoire s’efforce de reconvertir les régions industrielles traditionnelles fondées sur le charbon (Pécs et Kömló au sud, Miskolc au nord ; le Bakony en Transdanubie) et d’implanter des industries modernes dans les villes de province. Ainsi, Székesfehérvár est un gros centre d’électronique ; Győr, de fabrication de matériel roulant ; une centrale nucléaire est projetée sur le Danube. À la ville créée de toutes pièces mais déjà ancienne de Dunaújváros, centre sidérurgique, s’ajoutent des villes nouvelles fondées sur des activités plus variées : ainsi Leninváros, ville de la chimie et du textile. Les plans tiennent compte du retard pris par les régions de collines du Sud-Ouest, les régions de sable et de marais de Transdanubie, du vieillissement de l’industrie charbonnière, des perspectives offertes par l’aménagement du Danube et des communications, des nouveaux rapports commerciaux, de la spécialisation de la Hongrie dans les industries légères, dans le cadre de la « division internationale » du travail.


La répartition des productions

En l’absence ou l’insuffisance d’énergie et de matières premières, la Hongrie s’est orientée vers des productions de large consommation, très diversifiées et réparties de façon harmonieuse sur l’ensemble de son territoire.


Le déficit énergétique