Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

Hongrie (suite)

La vie sociale et politique est caractérisée d’abord par l’opposition entre les partisans des aspirations de 1848 et ceux du Compromis de 1867. Kossuth condamne ce dernier, car il estime que le pays lie son sort à une Autriche décadente. Les partisans du Compromis voient leur nombre diminuer dans la noblesse ; par contre, les députés hostiles au Compromis créent une importante organisation de masse dans la Grande Plaine sous la forme des cercles démocrates. Lorsque ceux-ci lancent des appels en faveur de la distribution des terres aux paysans, le gouvernement les interdit.

Le parti libéral, né en 1875 de la fusion du parti de Ferenc Deák (1803-1876) et du parti de centre gauche de Kálmán Tisza (1830-1902), assure pendant trente ans la direction du pays. Tisza lui-même reste président du Conseil de 1875 à 1890. Il doit faire face à la crise agraire due à la concurrence des céréales extra-européennes et à la naissance d’une opposition aristocratique qui critique la politique agraire du gouvernement et qui, pour obtenir des conditions douanières favorables à ses intérêts mais contraires aux capitaux autrichiens, exige le desserrement des liens avec Vienne.

La même crise agraire aggrave la situation des paysans, en particulier celle des ouvriers agricoles. Leurs mouvements rencontrent ceux des ouvriers. Dès 1868 se forme une Association ouvrière générale, qui organise en 1871 des manifestations de soutien à la Commune* de Paris et subit des persécutions policières. Le parti social-démocrate, fondé en 1890, ranime les luttes salariales et influence l’organisation des paysans. Pour les propriétaires terriens, les mouvements agraires sont les plus dangereux. La répression est donc très puissante, et l’importante émigration qui mène en Amérique environ un million et demi d’hommes provient dans sa majorité des milieux ruraux.

Les élections de 1905 sont gagnées par une coalition des partis d’opposition aux slogans nationaux. La Cour nomme d’abord un gouvernement de fonctionnaires, qui, pour gagner l’appui du parti social-démocrate, promet le suffrage universel. La coalition, effrayée par cette perspective, renonce à son programme d’indépendance et fait accepter par la Cour un gouvernement qui se donne pour tâche d’étouffer les mouvements des ouvriers, industriels et agricoles, ainsi que des nationalités. Quatre ans après, sa place est prise, en 1910, par le Parti national du travail — nouvelle version du parti libéral — dirigé par István Tisza (1861-1918). Le but principal du nouveau gouvernement est le renforcement de l’armée. La loi présentée à cet effet se heurte à l’obstruction de l’opposition et à une action extra-parlementaire animée par les députés de gauche et par de jeunes intellectuels radicaux alliés avec le parti social-démocrate.

La grève générale du 23 mai 1912 mobilise une centaine de milliers d’ouvriers pour une marche sur le Parlement, dont Tisza vient d’être élu président. Celui-ci brise l’obstruction grâce à l’intervention de la garde et de la police, qui affrontent les ouvriers dans une lutte de barricades. Au moment critique de l’extension du conflit, le parti social-démocrate se décide à la retraite. Tisza, qui voit venir la guerre, fait rapidement voter une loi militaire et une loi d’exception.

Après l’attentat de Sarajevo (28 juin 1914), l’état-major et les ministres des Affaires communes se prononcent pour une guerre punitive contre la Serbie. La déclaration de guerre est retardée par Tisza (devenu président du Conseil en juin 1913), qui juge défavorable le rapport des forces. La décision est emportée par le gouvernement allemand ; le nationalisme l’emporte sur les mouvements antimilitaristes ; même après la déclaration de guerre, le parti social-démocrate justifiera la lutte.


La Hongrie de 1918 à 1945

Dès la deuxième année de la guerre, les besoins militaires et la détérioration des conditions de production provoquent une crise de l’approvisionnement de la population, aggravée par le marché noir et la spéculation, que ni l’organisation d’une économie de guerre ni la réquisition des produits agraires ne peuvent stopper. Les conditions de vie étant devenues précaires, les ouvriers, les paysans et les classes moyennes manifestent de plus en plus ouvertement leur mécontentement.

En été 1918, l’écroulement de la double monarchie apparaît inévitable et prochain. Les mouvements à la fois sociaux et nationaux des divers peuples de l’Empire austro-hongrois accélèrent le processus. Les défaites de l’automne 1918 donnent le signal. Le 23 octobre, les partis de l’Indépendance, social-démocrate et radical, constituent un Conseil national, et des officiers sympathisant avec le parti de l’Indépendance forment un Conseil militaire. Malgré la manifestation de masse du 28 octobre, l’archiduc Joseph, représentant du roi Charles, refuse de confier le gouvernement au chef de l’opposition, le comte Mihály Károlyi (1875-1955). De nombreuses institutions et organisations, la majorité des forces militaires et policières acceptent comme gouvernement le Conseil national, qui prend le pouvoir la nuit du 30 au 31 octobre. La république est proclamée le 16 novembre, après l’accord conclu à Belgrade entre Károlyi et le général Franchet* d’Esperey. Cet accord prescrit l’occupation des régions situées au sud de la Drave et au sud de la Transylvanie par les armées serbes et roumaines. Au cours du mois de novembre, les troupes tchèques occupent la Slovaquie.

La deuxième République hongroise se trouve dans une situation difficile. L’absence de matières premières arrête la production industrielle, les ouvriers se trouvent au chômage, les militaires refluant des fronts ne réussissent pas à se réintégrer dans la vie civile. Le mécontentement social s’exprime à travers le parti communiste hongrois, formé le 24 novembre 1918. Le gouvernement est pris entre la pression politique des masses mécontentes et l’activité renaissante des forces conservatrices. Le 20 février 1919, une manifestation ouvrière dirigée contre le journal du parti social-démocrate se transforme en une bataille sanglante. Le gouvernement interdit le parti communiste et arrête ses dirigeants. Le 20 mars, le lieutenant-colonel Vyx, représentant des forces de l’Entente à Budapest, notifie au gouvernement que la ligne de démarcation en vigueur doit être considérée comme frontière définitive. Le gouvernement, ne voulant pas accepter les responsabilités de la situation, démissionne, et Károlyi remet le pouvoir aux deux partis ouvriers, social-démocrate et communiste, qui fusionnent.