Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

Hongrie (suite)

Son fils Louis Ier* le Grand (de 1342 à 1382) hérite d’une situation économique, financière et politique stable, et de frontières assurées vers le nord et l’ouest. Il poursuit la politique d’expansion vers le sud. Son frère, André, mari de Jeanne Ire de Naples, ayant été tué par cette dernière, Louis entreprend deux campagnes contre elle, mais, en 1352, il doit renoncer au trône de Naples. Il réalise toutefois l’union de la Hongrie, de la Croatie et de la Dalmatie, et obtient en 1370 la couronne de la Pologne. Il confirme et complète la Bulle d’Or, réglemente la succession nobiliaire, introduit l’impôt en nature pour les serfs et autorise leur liberté de mouvement.

À Louis Ier succèdent sa fille, Marie, puis le mari de celle-ci, Sigismond de Luxembourg (de 1387 à 1437). Au début de son règne, Sigismond essaie de stopper l’avance des Turcs, mais, après la défaite de Nicopolis (1396), il s’oriente vers l’ouest. En 1410-11, il obtient la couronne impériale et, en 1419, celle de la Bohême, mais il perd la Dalmatie au profit de Venise. L’oligarchie aristocratique redevient toute-puissante, acquiert de nouvelles propriétés et constitue des ligues baronales rivales. Pour compenser ses pertes, Sigismond favorise l’expansion des villes (lois de 1405). La tension sociale aboutit à un soulèvement massif des paysans de Transylvanie sous la conduite d’Antal Budai Nagy (1437).


Le brillant xve siècle et la menace turque

Après la mort de Sigismond, les factions aristocratiques mènent une guerre de succession, dont les partisans de Vladislas Ier Jagellon II (de 1440 à 1444) sortent vainqueurs. (V. Jagellons.) Le nouveau roi confirme les droits politiques de la noblesse, formant la base juridique d’une constitution féodale. Avec l’aide de l’armée, organisée par le plus grand propriétaire du pays, Jean (János) Hunyadi*, Ladislas combat les Turcs et avance jusqu’à Sofia. À Varna, il subit une défaite et périt sur le champ de bataille.

Hunyadi, élu régent pendant la minorité de Ladislas (ou Vladislas) V le Posthume (de 1444 à 1457), reprend la guerre contre les Turcs et réussit à les arrêter même après la conquête de Constantinople, notamment à Belgrade en 1456.

Mais Hunyadi meurt de l’épidémie qui suit la bataille. Deux ans plus tard, son deuxième fils, Mathias, est élu roi.

Au cours de la seconde moitié du xve s., la Hongrie connaît un remarquable développement économique, politique et culturel. Sa population atteint 4 millions d’habitants. L’agriculture, l’élevage et l’exploitation des mines progressent. Les exportations de cuivre, de bétail et de vin sont très importantes. Mais l’essentiel des importations est échangé contre de l’or : deux à trois cent mille florins d’or quittent annuellement le pays en échange de produits manufacturés. Toutefois, le commerce international est entre les mains de la bourgeoisie des villes de l’Allemagne du Sud, dont les capitaux ont pénétré dans le pays. L’afflux des produits importés freine l’évolution industrielle des villes au niveau de l’artisanat corporatif, concurrencé, d’autre part, par les artisans des bourgs agraires. Ces derniers se détachent de plus en plus des villages et, en devenant les centres de la production et de la commercialisation agricoles, ils constituent une forme particulière de la différenciation progressive de la paysannerie.

Mathias* Hunyadi (1458 à 1490), appelé aussi Corvin, affermit très rapidement sa position. Il s’appuie politiquement sur la petite noblesse, et économiquement sur les villes. Il crée une armée professionnelle de mercenaires, indépendante de l’armée féodale des barons, confie l’organisation juridique et financière de la Couronne à des juristes d’origine noble ou bourgeoise et centralise la direction du pays dans sa capitale. Les privilèges économiques des villes sont accompagnés de droits politiques. Ayant arrêté les Turcs, Corvin conquiert successivement la Bohême, la Moravie et la Silésie. Après une guerre contre l’empereur Frédéric II, il occupe en 1485 Vienne et y transfère son siège — en vue d’obtenir la couronne impériale — tout en maintenant à Buda et à Visegrád la splendeur de sa Cour, qui depuis son mariage avec Béatrice d’Aragon est le premier centre humaniste et artistique en dehors de l’Italie.

Après sa mort, le pouvoir central s’écroule. Son successeur, Vladislas II Jagellon III (de 1490 à 1516), tombe rapidement sous la dépendance des oligarchies, son armée, non payée, s’effrite, les villes régressent, les paysans, qui ont supporté les charges financières des guerres de Mathias, voient leur condition se dégrader. Lorsque l’archevêque Tamás Bakócz organise, avec l’accord du pape, une croisade contre les Turcs, les paysans réunis dans son armée tournent leurs armes contre les seigneurs (1514). L’armée paysanne, dirigée par György Dózsa (v. 1474-1514), obtient d’abord des succès, mais elle est défaite à Temesvár : ses chefs sont exécutés, et les paysans sont désormais privés de leur liberté de mouvement. Le pays, affaibli, ne peut résister à l’attaque des Turcs, qui, en 1526, détruisent l’armée nobiliaire à Mohács.

Le roi Louis II (de 1516 à 1526) ayant péri sans descendance, sa succession divise le pays en deux. L’une des factions élit Ferdinand de Habsbourg (frère de Charles Quint), qui ne pourra régner (de 1526 à 1564) que sur les parties nord et ouest du royaume, avec Pozsony (Presbourg) comme capitale. Le parti « national » choisit le plus puissant des oligarques, Jean Zápolya (de 1526 à 1540), qui conserve le Centre et l’Est. Après la mort de ce dernier, le Sultan, prétextant la protection du nouveau-né Jean-Sigismond, occupe Buda ainsi que le centre de la plaine danubienne et ne laisse au petit prince que la Transylvanie, laquelle devient en 1556 principauté indépendante, mais payant tribut à la Sublime Porte. La Hongrie restera divisée pendant plus d’un siècle.

L’offensive turque en direction de Vienne (1552) est freinée par la résistance acharnée des villes fortifiées. Soliman II échoue devant Eger et meurt à Szigetvár (1566). Son successeur se résigne au statu quo par la paix d’Andrinople (1568). L’expansion turque ne reprendra plus avant longtemps.