Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Hongrie (suite)

Saint Étienne Ier* (de 1000 à 1038) parachève l’œuvre de son père. Il détruit l’organisation tribale et réprime les révoltes « païennes ». Il organise au centre et au nord du pays 46 megye (comitats), dont les terres et la population libre, semi-libre et en esclavage passent au moins pour les deux tiers sous le pouvoir royal. Il nomme aux évêchés et appelle de nouveaux missionnaires. Ses lois obligent la population à construire des églises, à fréquenter la messe et à subvenir aux besoins du clergé par une dîme obligatoire. Il assure ainsi l’expansion de la civilisation de l’Europe occidentale.


Le Moyen Âge (xie-xive s.)

Tout en consolidant le nouveau système social et politique, Étienne Ier défend l’indépendance de son État : il repousse en 1030 l’attaque de l’empereur Conrad II. Après sa mort, les guerres de succession affaiblissent le pays, et l’un de ses successeurs éphémères, Pierre, rend hommage en 1044 à l’empereur Henri III. Toutefois, son rival, André Ier (de 1047 à 1060), après avoir écrasé la révolte « païenne » de Vata, se libère de l’emprise impériale. Saint Ladislas Ier (de 1077 à 1095) défait et repousse les attaques des Pétchénègues et des Coumanes, et conquiert la Slavonie, la Croatie et les villes dalmates. Son successeur, Coloman (de 1095 à 1116), poursuit sa politique d’expansion dans les Balkans.

Lorsque le petit-fils de saint Ladislas, Manuel Ier Comnène, monte sur le trône de Byzance (1143), il essaie d’étendre son influence sur la Hongrie. Géza II (de 1141 à 1162), pour se défendre, s’allie à Frédéric II Barberousse, mais Manuel Ier réussit à faire monter sur le trône hongrois son neveu, Béla, élevé à la cour de Constantinople, et à annexer les villes dalmates. Toutefois, Béla III (de 1172 à 1196), ne pouvant accéder au trône de Byzance, se tourne vers l’ouest ; il gagne l’appui du pape, du clergé romain et de l’aristocratie hongroise, dont il liquide les rivalités intérieures, reprend la Dalmatie après la mort de Manuel (1180), repousse les attaques de Venise et conquiert même la Galicie. C’est sous son règne que le royaume hongrois atteint son premier apogée.

La population du pays augmente et atteint environ 2 000 000 d’âmes ; l’agriculture, tout en restant peu productive, gagne du terrain, grâce, notamment, aux bonifications des marais entreprises avec l’aide de moines français cisterciens et de prémontrés, ainsi que de paysans étrangers (wallons, italiens), qui participent également à la diffusion de la viticulture. L’artisanat paysan sert de base à l’artisanat urbain dans les cités royales ou épiscopales et dans les chefs-lieux des comitats. La structure de la Cour se différencie ; le Conseil royal institué par Coloman devient stable ; le comes palatinus (à l’origine l’intendant des propriétés royales) s’affirme comme le remplaçant juridique et militaire du souverain. L’administration, dont les règlements sont codifiés, est dirigée par la Chancellerie royale. Lorsque le roi se remarie avec Marguerite Capet, la sœur de Philippe Auguste, il est l’un des souverains les plus riches d’Europe.

Le pouvoir royal perd toutefois du terrain, car l’aristocratie, bénéficiaire de nombreuses donations, affirme son indépendance. Le xiiie s. voit grandir l’anarchie féodale. En 1213, à l’occasion d’une campagne du roi André II (de 1205 à 1235), l’une des factions aristocratiques organise un complot et assassine la reine Gertrude. Les impôts extraordinaires, le fermage de la monnaie, des impôts, des douanes, des mines suscitent un mécontentement général. Le roi doit concéder une charte, la Bulle d’Or (1222), par laquelle il exonère la petite noblesse des impôts, se reconnaît le devoir de la protéger contre l’aristocratie, admet la restriction des privilèges royaux et même le droit de résistance au souverain en cas de parjure de celui-ci.

Béla IV (de 1235 à 1270) s’efforce de rétablir le pouvoir royal, mais son action est interrompue par l’invasion des Mongols (1241-42) au cours de laquelle périt la moitié de la population et disparaît la quasi-totalité des villes de l’intérieur. La Cour est obligée de se réfugier en Dalmatie. Lorsque les Mongols se retirent, le souverain, pour reconstruire la défense du pays, doit concéder de nouvelles donations à l’aristocratie, avec obligation de construire des châteaux forts, ce qui contribue à l’accroissement du pouvoir économique et militaire des féodaux. Contre ceux-ci, le roi s’appuie sur la petite noblesse, organisée dans le cadre des comitats, qui envoient deux ou trois délégués aux assemblées législatives royales. À la fin du xiiie s. se forment la classe des serfs et, dans les villes, celle de la bourgeoisie citadine, réunissant chacune des éléments disparates à l’origine : serviteurs et agriculteurs semi-libres, hospes (étrangers invités) et Hongrois établis autour des forts seigneuriaux.

Au cours des règnes des derniers rois de la famille d’Árpád, et en particulier pendant les guerres de succession qui suivent la mort d’André III (1301) le morcellement féodal s’accentue. Certains seigneurs constituent des provinces autonomes, avec leurs propres armées et leur monnaie ; ils s’allient avec des souverains étrangers.

Charles Robert (de 1308 à 1342), de la dynastie des Anjou de Naples, soutenu par les branches pauvres des grandes familles baronales, raffermit le pouvoir central. Il compte moins sur la propriété des terres que sur les impôts directs et indirects prélevés sur le commerce, encouragé par des privilèges accordés à des marchands étrangers et par une réforme des douanes. La découverte de nouvelles mines d’or et la politique de Charles Robert font du florin d’or hongrois l’une des monnaies les plus solides d’Europe. Le roi assure ses frontières orientales en conquérant la Bosnie (1328), et ses frontières occidentales en réalisant une association tchéco-polono-hongroise (Visegrád, 1335), dirigée contre l’expansion des Habsbourg.