Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

Hongrie (suite)

À l’ouest, les montagnes de Transdanubie se composent de horsts primaires, recouverts de dépôts secondaires, découpés par des fossés de direction transversale, présentant des restes de surfaces d’érosion étagées dominant de beaux glacis. Les sommets, très aplanis, se dressent entre 600 et 757 m. Le Bakony est le plus étendu, formé de plateaux calcaires et dolomitiques, de pointements volcaniques, recouvert d’une forêt dense avec des bassins intérieurs et des vallées en culture. Séparé du Bakony par le bassin de Mór, le Vértes, plus bas, est précédé des monts de Velence (au sud-est), qui se dressent au-dessus d’un petit lac. On appelle Dunazug un complexe de petits massifs tranché par le Danube : Gerecse et Pilis calcaires, Visegrád truffé de pointes éruptives. Ces montagnes moyennes renferment trois types de gisements : des charbons bruns et des lignites tertiaires au fond des bassins ; du manganèse ; de la bauxite (dont les réserves s’élèvent à plus de 80 Mt).

À l’est, les massifs appelés « septentrionaux » se rattachent déjà à la zone interne des Carpates. Les altitudes moyennes y sont plus élevées ; l’érosion, plus intense, a donné des formes plus vigoureuses ; les bassins intérieurs sont plus profonds. L’altitude et la position expliquent la relative fraîcheur des étés et l’humidité du climat, qui entretient les plus belles forêts de la Hongrie. Les massifs se raccordent à la Grande Plaine par de beaux piémonts de collines disséquées, de glacis et de terrasses exposés au sud et qui portent des vergers et des vignobles, dont celui de Tokaj. Il faut distinguer deux types de montagnes : d’une part, des horsts à substratum primaire recouvert d’une épaisse série calcaire donnant de beaux karsts (Bükk et montagne de Borsod) ; d’autre part, les restes du volcanisme éogène et surtout pliocène, avec épanchements de laves issues de stratovolcans, formations de tufs, alignées de dykes démantelés par l’érosion. Ainsi s’individualisent les paysages variés du Börzsöny, du Cserhát, le Zemplén, avec ses cratères laccolitiques. Des bassins et des vallées profondes découpent les massifs : ceux de la rivière Ipoly, à la frontière slovaque ; ceux du Sajó et du Hernád, affluents de la Tisza. Ils contiennent des gisements de charbon du Tertiaire, et celui du Sajó, du minerai de fer.

Ces montagnes moyennes jouent donc un rôle majeur dans l’économie hongroise : elles fournissent le bois, les eaux, les minerais. Elles concentrent, avec le massif du Mecsek, les seuls foyers industriels capables de faire contrepoids à l’excessive centralisation de Budapest.

A. B.


L’histoire de la Hongrie


Des origines à saint Étienne

Les restes de l’homme de Vértesszőllős, pithécanthropien d’environ 450 000 années, marquent l’apparition humaine dans le bassin des Carpates.

Les premiers peuples identifiés sont ceux de l’âge du fer : Illyriens et Thraces (v. 500 av. J.-C.), suivis de Scythes et de Celtes. Au début du ier s., les Romains occupent la Transdanubie et la transforment en province sous le nom de Pannonie. Un siècle plus tard, Trajan fait de la Transylvanie le centre de la nouvelle Dacie. Les Romains abandonnent cette dernière aux Ostrogoths en 271 et quittent la Pannonie en 409. Gépides et Longobards succèdent aux Ostrogoths et sont chassés par les Huns et les Avars, qui y restent jusqu’à l’arrivée, au ixe s., des Hongrois.

Les Hongrois appartiennent à la branche ougrienne de la famille linguistique finno-ougrienne. Les Ougriens habitaient vers 1000 av. J.-C. au sud du coude de la Volga, s’occupaient d’élevage, en particulier de celui du cheval, pratiquaient la poterie, le tissage et l’agriculture à la bêche.

Au milieu du Ier millénaire av. J.-C., une branche ougrienne, détachée des autres, se trouve en étroit contact avec des tribus bulgaro-turques. Au cours d’une cohabitation de plusieurs siècles avec leurs dominateurs successifs — Huns, Avars, Onogouro-Bulgares et enfin Khazars —, les Ougriens deviennent des éleveurs nomades, organisés en tribus, vraisemblablement en fusionnant avec des tribus turques. Sept des nouvelles tribus qui appartiennent à l’association tribale onogouro-bulgare, appelée désormais tribu des « Magyars », se libèrent de l’hégémonie khazare. Au début du ixe s., elles commencent à se fixer et à pratiquer l’agriculture. Les chefs des tribus et des clans forment une aristocratie héréditaire et guerrière. Les Magyars adaptent à leur langue l’écriture turque cunéiforme.

En 889, une attaque des Pétchénègues les oblige à quitter les steppes du Pontus et à se transporter sur les terres situées entre le Don et le delta du Danube, où ils entrent en contact avec les Slaves orientaux. On les retrouve alliés au roi de Germanie, Arnoul, contre la Moravie de Svatopluk (892), puis aux côtés de Byzance contre le tsar Siméon de Bulgarie. Une nouvelle attaque pétchénègue les contraint à traverser les Carpates (896). Au nombre d’environ 400 000, ils sont conduits par Kurszán et Árpád, chefs militaires et spirituels de l’association tribale. Ils trouvent dans le bassin danubien (env. 200 000 km2) quelque 200 000 habitants, Slaves, Avars, Bulgares, et peut-être des Gépides.

L’occupation principale des Hongrois établis à l’intérieur des Carpates reste l’élevage, mais la place de l’agriculture et du travail du métal s’accroît. Les chefs militaires entreprennent des raids contre la Thuringe, la Bavière et la Saxe, puis contre l’Italie, Byzance et la Bourgogne, jusqu’à ce qu’une défaite, subie à Lechfeld devant Otton Ier* (955), et le renforcement du pouvoir byzantin les obligent à se replier.

Pendant cette période, l’organisation tribale est devenue structure géographique, les forteresses des chefs autant de centres administratifs. La famille d’Árpád († 907) a su conserver le pouvoir central. Géza, dont la prise du pouvoir en 972 coïncide avec l’arrêt complet des raids, tend à établir un pouvoir suprême sur la classe dominante féodale. Il organise une suite militaire composée essentiellement de cavaliers russes, allemands et italiens. En 973, prévenant une attaque allemande, il offre son alliance à Otton Ier et demande l’envoi de moines missionnaires ; puis, en 975, il se fait baptiser avec toute sa famille ; il marie ses enfants avec ceux des dynasties voisines. Après sa mort (997), son fils Étienne, élevé dans la religion chrétienne, se fait couronner à Noël de l’an 1000 avec une couronne envoyée par le pape.