Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

Hokkaidō

La plus septentrionale des quatre grandes îles du Japon ; 78 512 km2 ; 5 184 000 hab. Ch.-l. Sapporo*.


La densité de peuplement (66 hab. au km2) est remarquablement faible pour le Japon (280). Hokkaidō est une région originale dans l’archipel nippon. Elle se caractérise d’abord par un milieu naturel peu hospitalier. C’est le domaine du froid. De janvier à mars, aucun point de l’île ne dépasse 0 °C, et l’on observe chaque année un minimum absolu de – 40 °C à Asahigawa, ville de plaine au-dessous du 44e parallèle. La neige intéresse surtout la moitié occidentale, exposée à la mousson hivernale, mais, à l’est, la période végétative est réduite par les brumes estivales, qui marquent la limite de la riziculture japonaise. La mer d’Okhotsk gèle de janvier à mars. Hokkaidō est également un pays de montagnes ; le centre en est occupé par la calotte volcanique du Daisetsu (2 290 m), qui coiffe la rencontre des arcs du nord-est, de Sakhaline et des Kouriles. Des alignements montagneux prolongent le massif au sud (presqu’île d’Oshima), au sud-est (cap Erimo) et au nord-est (Shiretoko, amorce de la chaîne des Kouriles). Partout, les volcans marquent le paysage, notamment de lacs nombreux (Tōya, Kutcharo, Akan). La forêt donne des paysages de taïga et couvre 70 p. 100 de l’île, tandis que les montagnes renferment la moitié de la houille japonaise (3 200 Mt), 99 p. 100 du mercure, 100 p. 100 du chrome, 78 p. 100 du gaz naturel, 27 p. 100 du fer et 43 p. 100 de l’or du pays. Des plaines mal drainées entourent le Daisetsu au sud-est (Konsen), au sud (Tokachi) et surtout à l’ouest (Ishikari, 130 km de longueur et 40 km de largeur maximale). Le morcellement du relief rend partout les communications difficiles. Hokkaidō est enfin la plus tardivement occupée des îles japonaises ; elle le fut sous Meiji (1868), lorsque Tōkyō s’inquiéta de l’avance russe en Extrême-Orient. Soldats-colons, puis paysans de toutes les régions de Honshū furent appelés et encouragés financièrement à émigrer dans l’île, où les derniers Aïnous, qui en formaient le peuplement originel, furent regroupés en réserves. Sapporo fut fondée en 1871, et la terre distribuée en lots réguliers de 5 ha. En 1898, le front pionnier atteignit la mer d’Okhotsk ; il progresse toujours à grands frais, dans le sud-est (Konsen).

Une emprise originale sur le milieu caractérise encore l’île. Le peuplement est peu dense, et un pourcentage relativement élevé de ruraux émigré vers les villes, où vivent 40 p. 100 des habitants. Le froid pose ici des problèmes : la stabulation est nécessaire, et la silhouette de chaque ferme s’orne d’un silo à fourrage ; le sol ne porte qu’une récolte annuelle, et le riz est semé sous serre pour gagner du temps avant le repiquage. Blé, orge, avoine, maïs, seigle, haricots, betterave à sucre et fourrage occupent, à côté du riz, une place de plus en plus grande vers l’est. Ici (Tokachi, Konsen), de grandes compagnies laitières (Yukijirushi, Fuji) organisent la production du lait et du fromage. L’exploitation de la forêt (70 p. 100 à l’État) se fait surtout en hiver. La pêche, activité la plus ancienne de l’île, occupe 30 000 familles ; six ports (Hakodate, Otaru, Wakkanai, Kushiro, Abashiri, Mombetsu) reçoivent chacun plus de 60 000 t par an. L’extraction de la houille est importante (23 Mt, dont 18 pour la zone de Yūbari). À Muroran se trouve une grande aciérie de 8 Mt de capacité ; non loin de là, Tomakomai est la capitale du papier journal, ville étroitement spécialisée, aux mains de la société Ōji (7 000 ouvriers). Ebetsu a des fabriques de papier et de pulpe. Des industries alimentaires nombreuses complètent le panorama de ces activités.

Hokkaidō forme ainsi dans l’ensemble japonais une région bien définie et économiquement équilibrée. La pêche fait vivre 5 p. 100 de la population ; l’agriculture et l’élevage sont ici les plus développés du Japon et offrent leurs aspects les plus « occidentaux » : plaines taillées au cordeau, élevage rationnel, lait et viande. Les sources d’énergie sont nombreuses (houille, gaz, hydro-électricité, encore sous-équipée, bien que la production atteigne 7 TWh), et l’industrie se répartit harmonieusement entre le travail des produits agricoles, du bois et des ressources minières. Elle n’occupe, cependant, que 13 p. 100 de la main-d’œuvre. Un centre unique, Sapporo (1 million d’habitants ; ville au plan en damier, sœur des villes de la Prairie canadienne), y domine une hiérarchie de centres régionaux (Asahigawa, Hakodate, Kushiro, Kitami, Muroran, Obihiro) et de marchés locaux de 20 000 à 50 000 habitants, le tout bien relié par un dense réseau ferré. Hokkaidō est, en outre, nettement spécialisée parmi les régions japonaises. Les industries alimentaires (33 p. 100 de la production régionale), du bois, de la pâte à papier, du fer et du cuivre y tiennent une place plus grande que dans le reste de l’archipel et alimentent de fortes ventes. L’île achète du minerai de fer, du charbon à coke, de l’outillage, des phosphates et des textiles. Elle attire aussi des foules durant l’été à cause de sa fraîcheur relative. Le sud, très urbanisé, s’oppose au nord et à l’est ; il poursuit, après la lacune du Tōhoku septentrional, la Mégalopolis japonaise, dont Sapporo forme ainsi l’ultime jalon au nord. À une heure d’avion de Tōkyō, à deux heures d’Ōsaka, l’île sera reliée prochainement par un tunnel ferroviaire sous-marin (37 km) au nord de Honshū, et les trains rapides la gagneront, depuis Tōkyō, en six heures vers 1975.

J. P.-M.

Hokusai

Illustrateur de livres, dessinateur d’estampes et peintre japonais (Edo [auj. Tōkyō] 1760 - id. 1849).


La fin du xviiie s. marque l’apogée de l’estampe japonaise spécialisée dans les portraits d’acteurs et de jolies femmes. Grâce à Hokusai Katsushika, cet art connaît une impulsion nouvelle et un essor magnifique dans la représentation de paysages et de scènes de la vie populaire.

Hokusai est né à Edo, dans un quartier de salines et de jardins maraîchers. En contact, dès sa jeunesse, avec un monde presque campagnard, il gardera toute sa vie des goûts modestes, un amour des petites gens et de la simplicité de leurs mœurs.