Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

Hittites (suite)

Faute de bien connaître la société, nous ne savons pas quelle était l’importance respective des différentes branches de l’économie. Les artisans de l’Empire hittite devaient, comme leurs prédécesseurs en ces lieux, se consacrer en grand nombre à l’extraction et au travail des minerais, mais les textes citent seulement ceux qui, au Kizzouwatna, fabriquaient, à peu près seuls de leur temps, du fer aciéré, un produit précieux dont on tirait des armes, que les rois hittites du xiiie s. envoyaient en cadeaux aux autres grands souverains. Le Code mentionne des marchands du Hatti circulant dans les divers pays fédérés, mais leur activité devait être limitée, car on constate que l’Empire hittite n’a pratiquement rien reçu des Mycéniens, dont les comptoirs étaient cependant nombreux sur les côtes de l’Anatolie et dont les vases arrivaient alors par milliers à Chypre et dans le domaine syrien de l’Égypte. Sans doute, l’économie de l’Anatolie centrale est-elle, à l’époque hittite, fondée essentiellement sur l’agriculture pratiquée dans les vallées profondes, à l’abri des vents qui balaient le plateau ; plus que le commerce, ce sont le butin et le tribut qui sont chargés de faire affluer les richesses dans les différentes villes du Hatti.


La disparition de l’Empire hittite

Déjà, le fils aîné et successeur de Toudhaliya IV, Arnouwanda III (v. 1235 - v. 1210), rencontre des difficultés croissantes dans l’ouest de son empire, où ses ennemis se liguent avec Attarsiya et soulèvent l’Arzawa. Déjà, la première vague des Peuples de la mer, ces envahisseurs venus de la zone de l’Égée et comprenant, outre des Achéens, des populations anatoliennes, est venue se briser devant les défenseurs du Nil (v. 1231). Le règne de Souppilouliouma II (v. 1210 - v. 1191), frère cadet du roi précédent, est mal connu ; il vient de reconquérir Alashiya lorsque se produit la catastrophe, qui n’est connue que par une allusion des textes égyptiens et par le niveau de destruction à Hattousa et dans les autres villes hittites. Une seconde vague de Peuples de la mer, comprenant toute une série d’ethnies anatoliennes, jusque-là sujettes ou ennemies contenues de l’Empire hittite, fait brusquement disparaître cet État (v. 1191), avant de s’attaquer à la Syrie et à l’Égypte.

De l’œuvre des Hittites, il ne survit que des éléments de culture, que l’on retrouve, parfois jusqu’au viie s. av. J.-C., dans de petits royaumes d’Anatolie centrale, de Syrie septentrionale et de haute Mésopotamie. Les Assyriens ayant attribué à certains d’entre eux le nom de Hatti, les Modernes ont donné à ces héritiers partiels et indirects de la civilisation hittite le nom de Néo-Hittites, qui est, en fait, fort inexact.

On peut donc constater que l’empire de Hattousa est le seul grand État irrémédiablement détruit par l’invasion des Peuples de la mer. Cette fin tragique révèle une faiblesse liée à ses structures fédérales et à son esprit d’expansion illimitée. Le peuple hittite s’est épuisé à vouloir dominer une région trop vaste pour ses propres effectifs et s’est dilué au milieu de ses conquêtes inachevées. Sa construction fédérale n’a pas duré deux siècles ; il n’a pas eu le temps non plus de terminer la synthèse des cultures qui se rencontraient sur le territoire de son empire ; mais les Hittites ont tout de même laissé leur marque dans l’histoire de l’Orient. S’il est peu scientifique de leur attribuer, comme on le fait souvent, une profonde originalité mentale et une certaine mansuétude parce qu’ils étaient des Indo-Européens (par leur langue), il faut reconnaître que le peuple du Hatti et ses souverains ont des traits d’humanité et d’objectivité qui sont bien plus rares dans les autres États de l’Orient.

G. L.

➙ Anatolie / Assyrie / Babylone / Égypte / Mitanni / Syrie.

 O. R. Gurney, The Hittites (Londres, 1954 ; nouv. éd., 1962) ; Anatolia, 1750-1600 B. C. (Londres, 1962) ; Anatolia, 1600-1380 B. C. (Londres, 1966). / A. Goeze, The Struggle for the Domination of Syria. Anatolia from Shuppiluliumash to the Egyptian War of Murvatallish. The Hittites and Syria, 1300-1200 B. C. (Londres, 1965). / P. Garelli, le Proche-Orient asiatique, des origines aux invasions des Peuples de la mer (P. U. F., coll. « Nouvelle Clio », 1969).

Hjelmslev (Louis Trolle)

Linguiste danois (Copenhague 1899 - id. 1965).


L. Hjelmslev, fils d’un mathématicien professeur puis recteur de l’université de Copenhague, obtient à seize ans un prix pour un mémoire sur les mots composés. Son entrée à l’université de Copenhague en 1916, avec sa première inscription aux conférences de philologie comparative données par H. Pedersen (1867-1953), marque les débuts d’une recherche consacrée entièrement à l’étude linguistique. Formé dans la tradition néo-grammairienne, Hjelmslev s’intéresse tout particulièrement à l’œuvre du grand maître danois R. Rask (1787-1832), l’un des fondateurs de la grammaire comparée, dont il publiera de nombreux manuscrits encore inédits ; l’œuvre de Rask sera continuée et approfondie par V. Thomsen, (1842-1927), puis par O. Jespersen*, qui marque à la fois l’achèvement d’une certaine manière d’envisager les questions linguistiques et l’aperception de formulations nouvelles. C’est dans la perspective de la linguistique historique traditionnelle que s’inscrivent les premières recherches de Hjelmslev sur la phonétique lituanienne (voyages d’études en Lituanie en 1921). Elles constituent le sujet de son mémoire (1923), puis de sa thèse : Études baltiques (1932). Mais les quelques mois qu’il passa à Paris en contact étroit avec J. Vendryes (1875-1960) et A. Meillet*, au cours des années 1926 et 1927, furent pour Hjelmslev une introduction aux concepts saussuriens, source d’une longue réflexion critique sur les fondements théoriques de la linguistique générale ; de là naîtra un des principaux courants du structuralisme.