Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

histoire (suite)

Cette branche du savoir historique s’est développée grâce à l’étude des registres paroissiaux, à l’absence desquels le médiéviste supplée pour sa période en recourant à des documents fiscaux, à des listes de bouches à nourrir, etc. L’étude démographique permet de mieux comprendre le comportement des sociétés, dont elle révèle les pratiques contraceptives, l’attachement à l’endogamie, les rythmes simples mais fondamentaux de la vie tout entière, encadrée entre l’âge du mariage et la mort.

Par la médiation de la démographie, l’histoire économique débouche donc sur l’histoire des mentalités, qui se nourrit des apports de la sociologie, de l’ethnologie, de la psychologie collective, avec l’aide desquelles elle tente de recueillir les moindres signes d’acculturation des masses et de leur comportement religieux, qui se révèle notamment par l’étude minutieuse des signatures et des croix apposées au bas des actes qui marquent la vie du chrétien (mariages, décès), par celle des inventaires après décès, qui précisent la composition et la valeur du mobilier et qui se révèlent particulièrement précieux lorsqu’ils détaillent le contenu d’une bibliothèque et permettent, par conséquent, de déceler les centres d’intérêt du défunt.

Longtemps fille privilégiée de l’histoire événementielle, l’histoire politique et institutionnelle ne reste pas insensible à l’évolution générale des sciences historiques. Avec Bernard Guerée, elle se mue, en effet, en une « histoire de l’État », dont la puissance administrative, financière et militaire apparaît désormais comme directement déterminée par les ressources économiques du pays qui les supporte et par l’adhésion des différents membres du corps social qui le composent. Et si nous ajoutons que l’histoire diplomatique elle-même se transforme sous la direction de Pierre Renouvin en une histoire des relations internationales qui tient compte aussi bien des facteurs économiques que des facteurs psychologiques pour expliquer la politique étrangère des gouvernements, nous saisirons mieux l’importance des transformations de l’histoire depuis un demi-siècle. Ces dernières marquent incontestablement le triomphe de l’esprit des Annales ou de quelques puissantes individualités qui lui sont en partie extérieures, comme Georges Lefebvre (1874-1959), mais qui, comme ses chefs, ont subi l’influence au moins diffuse du marxisme*, qui les a amenés à privilégier l’économie parmi les facteurs explicatifs de l’évolution des sociétés, sans pour autant adhérer au principe de la lutte des classes.

En fait, l’heure où les « Combats pour l’histoire » semblent perdre leur raison d’être, faute d’adversaires convaincus, l’adhésion d’un nombre de plus en plus importants de jeunes historiens aux thèses du matérialisme historique ouvre un nouveau conflit entre ceux pour lesquels la société de l’Ancien Régime est une société à ordres et ceux pour lesquels elle est une société de classes. Commencée en fait dès les années 50, ce débat fondamental, qui oppose notamment Roland Mousnier à B. F. Porchnev, ne semble pas devoir bientôt s’apaiser.

Qu’importe au fond si, à sa faveur, peut être maintenue, entre les serviteurs de Clio, cette compétition dont le but est de mieux comprendre l’objet fondamental de l’histoire vivante : l’homme enfin appréhendé dans la totalité de ses dimensions et dans la diversité de ses comportements.

P. T.

 C. V. Langlois et C. Seignobos, Introduction aux études historiques (Hachette, 1897). / C. Seignobos, la Méthode historique appliquée aux sciences sociales (Alcan, 1901 ; 2e éd., 1909). / B. Croce, Teoria e storia della storiografia (Bari, 1917, 8e éd., 1963 ; trad. fr. Théorie et histoire de l’historiographie, Droz, Genève, 1968). / E. Collingwood, The Idea of History (Londres, 1932). / H. Berr, l’Histoire traditionnelle et la synthèse historique (Alcan, 1935). / F. Meinecke, Die Entstehung des Historismus (Berlin, 1936 ; 2e éd., 1946). / R. Aron, Introduction à la philosophie de l’histoire (Gallimard, 1948) ; la Philosophie critique de l’histoire. Essai sur une théorie allemande de l’histoire (Vrin, 1951 ; nouv. éd., 1969) ; Dimensions de la conscience historique (Plon, 1961). / L. Halphen, Introduction à l’histoire (P. U. F., 1948). / C. Morazé, Trois Essais sur histoire et culture (A. Colin, 1948). / M. Bloch, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien (A. Colin, 1949 ; 5e éd., 1964). / L. Febvre, Combats pour l’histoire (A. Colin, 1953 ; 2e éd., 1965) ; Au cœur religieux du xvie siècle (Droz, Genève, et S. E. V. P. E. N., 1957) ; Pour une histoire à part entière (Droz, Genève, et S. E. V. P. E. N., 1962). / P. Ariès, le Temps de l’histoire (Éd. du Rocher, Monaco, 1954). / H. I. Marrou, De la connaissance historique (Éd. du Seuil, 1959 ; 4e éd., 1960) ; Théologie de l’histoire (Éd. du Seuil, 1968). / C. Samaran (sous la dir. de), l’Histoire et ses méthodes (Gallimard, « Encyclopédie de la Pléiade », 1961). / J. Ehrard et G. Palmade, l’Histoire (A. Colin, coll. « U », 1964). / L. E. Halkin, Initiation à la critique historique (A. Colin, 1964). / L. Althusser, Pour Marx (Maspéro, 1965). / J. Glenisson et coll., la Recherche historique en France, de 1940 à 1965 (C. N. R. S., 1965). / J. Marczewski, Introduction à l’histoire quantitative (Droz, Genève, et Minard, 1965). / J. Lhomme, Économie et histoire (Droz, Genève, et Minard, 1967). / H. Van Effenterre, l’Histoire en Grèce (A. Colin, coll. « U 2 », 1967). / J. Bouvier, Histoire économique et histoire sociale. Recherches sur le capitalisme contemporain (Droz, Genève, et Minard, 1968)./ F. Braudel, Écrits sur l’histoire (Flammarion, 1969). / R. Delort, Introduction aux sciences auxiliaires de l’histoire (A. Colin, coll. « U », 1969). / G. Lefebvre, la Naissance de l’historiographie (Flammarion, 1971). / H. Lefebvre, la Fin de l’histoire. Epilégomènes (Éd. de Minuit, 1971). / P. Veyne, Comment on écrit l’histoire, essai d’épistémologie (Éd. du Seuil, 1971). / Histoire et structures, numéro spécial de la revue Annales (A. Colin, 1971).