Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

héros littéraire (le) (suite)

Le héros romanesque est un sujet autonome qui n’appartient ni à une totalité humaine indifférenciée ni à un ordre divin. Il est l’individu soumis à sa liberté. Ainsi séparé de toute organisation qui puisse le définir a priori, son identité se confond avec sa situation spatiale et temporelle, et ses souvenirs. Son statut est inséparable du réalisme, c’est-à-dire de l’examen des realia, de la vie quotidienne, sans aucun présupposé général théologique ou métaphysique. En l’absence de toute détermination globale, le sujet doit inventer ses fins et se donner une raison d’être. Panurge, vagabond dégagé de tous liens sociaux et familiaux, et de tous biens, est notre premier héros de roman. Une telle conception du personnage est inséparable de la Réforme, de l’égalitarisme propre au protestantisme, de la morale catholique, qui attache une importance particulière aux œuvres des philosophes tels que Descartes, Hume, Hobbes, qui définissent la nature de l’expérience individuelle. Les notions d’action et de nécessité disparaissent au profit de celle d’aventure biographique : le héros n’est plus un type littéraire ou historique hérité de la tradition, il doit être original. Novel, l’équivalent anglais du mot roman, signifie « nouveau ». Au-delà des détails des arguments et des actes, le personnage romanesque confronte l’unité de sa propre conscience à l’étendue du monde, et cherche constamment une adéquation du sujet et de l’objet. Sa conscience est à la fois trop petite et trop vaste : elle est incapable, à partir de sa perception singulière, d’échapper à la multiplicité du réel, qui devient peu à peu le symptôme de l’absorption du sujet par ce qui lui est étranger, mais, suivant les termes de Hermann Broch, elle aspire toujours à un ordre suprasocial qui organise la vie quotidienne et dépasse la disparité. L’être connaîtra la plénitude lorsqu’il aura réalisé l’accord avec sa société, qui est celui de l’unité subjective et de la totalité du réel. Cette dualité, qu’il tente de réduire au cœur de l’existence quotidienne, permet au héros romanesque de définir une perspective critique : ce qui est ne peut se séparer d’un devoir être. Tout cadre divin ou théologique effacé, l’aventure du sujet est celle de ses contacts avec la société ; il n’agit que lorsqu’il existe un rapport de réciprocité entre le moi et le réel. Que ce rapport disparaisse, l’identité est condamnée à se défaire, le personnage voit la réalité comme son propre reflet ou il a l’impression d’être possédé par ce qui lui est étranger. Telle est l’origine de l’anti-héros : l’égocentrisme propre au héros romanesque (on fit la remarque à propos de Robinson Crusoe, au xviiie s.), signe de l’émergence à la conscience individuelle, conduit à la dissolution du moi. Aussi le personnage peut-il être celui de la parole anonyme, comme chez Maurice Blanchot, celui de la confusion des consciences, comme chez Marguerite Duras, l’Homme invisible (Invisible Man), suivant le titre de Ralph Ellison. Pour racheter cette disparité, le mythique reste toujours proche du romanesque, il est le moyen formel de conserver un statut au héros. L’influence de The Golden Bough (le Rameau d’or), ouvrage d’anthropologie religieuse de James Frazer, sur les écrivains anglais et américains après la Première Guerre mondiale, les références contemporaines à la légende d’Œdipe la confirment. Contraint de vivre dans le quotidien, le héros romanesque tente de dominer la disparité des jours par un ordre répétitif. Lointain successeur du personnage épique, il éprouve que le sujet, éveillé à lui-même par l’histoire, ne peut se suffire dans l’histoire. Il partage avec le héros tragique l’expérience de l’absence apparente de toute rationalité. Comme le suggère le titre du roman de Carlo Levi Cristo si è fermato a Eboli (Le Christ s’est arrêté à Eboli), le héros littéraire vient à l’existence lorsque tout garant de la stabilité des êtres et des choses a disparu ; il lui appartient de traiter avec le désordre immémorial, celui de nos cités ou de notre humanité.

J. B.

➙ Littérature.

 G. Lukács, Die Theorie des Romans (Berlin, 1920 ; nouv. éd., 1963 ; trad. fr. la Théorie du roman, Gonthier, 1963). / N. Frye, Anatomy of Criticism (Princeton, 1957 ; trad. fr. Anatomie de la critique, Gallimard, 1969). / J. B. Vickery (sous la dir. de), Myth and Literature. Contemporary Theory and Practice (Reno, 1966).

herpès

Nom médical du « bouton de fièvre », l’une des plus fréquentes des dermatoses virales.


L’herpès cutané consiste en un bouquet de petites vésicules reposant sur une base érythémateuse (rouge). Leur confluence produit une phlyctène (une ampoule), de contour fait de petits cercles juxtaposés (polycyclique). Leur rupture aboutit après dessèchement à la formation de minces croûtes brunâtres. Le ganglion lymphatique de la région peut être augmenté de volume pendant quelques jours. Le siège de prédilection est la face, l’atteinte des doigts est plus rare.

Les conditions d’apparition sont diverses : maladies infectieuses, choc hormonal (menstruation), traumatismes, vaccinations. L’herpès est parfois récidivant. L’herpès cataménial (apparaissant aux règles) se reproduit parfois des années. L’herpès peut siéger aux muqueuses : lèvres, vulve, muqueuse balano-préputiale, anus. Chez la femme, l’herpès vulvaire profus est fait d’ulcérations confluentes accompagnées d’œdème ; il est très douloureux.

L’urétrite herpétique est exceptionnelle, et sa nature virale le plus souvent méconnue. L’herpès pharyngé (angine herpétique) débute brusquement avec des frissons, une fièvre élevée. Les érosions sont multiples, confluentes, douloureuses et causent une forte gêne pour avaler. L’intensité des signes généraux doit faire rechercher la possibilité d’une maladie infectieuse qui extériorise l’herpès.

L’herpès de la cornée (kératite herpétique) est tantôt bénin, tantôt grave, infiltrant, capable de léser définitivement la cornée (donc la vue).