Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Ampère (André Marie) (suite)

Proposé par Delambre, Ampère obtient en 1805 une place de répétiteur d’analyse mathématique à l’École polytechnique. Il va dès lors vivre à Paris, où il fera une brillante carrière de professeur. Il devient en 1808 inspecteur général de l’Université, reçoit en 1809 une chaire de mécanique à l’École polytechnique, enseigne en 1824 la physique au Collège de France et professe même la philosophie à la Faculté des lettres, car sa science est universelle. En 1806, il a été nommé secrétaire du Bureau consultatif des arts et métiers, et, en 1814, l’Académie des sciences l’a élu dans la section de géométrie.

La fin d’Ampère est assez misérable. Il est resté pauvre, ayant toujours consacré ses faibles ressources à la construction d’appareils. Sa fille Albine, mariée à un officier alcoolique et endetté, finit par devenir folle. Lui-même est tombé dans un demi-oubli. Au cours d’un voyage d’inspection, Ampère, âgé de soixante et un ans, usé par le travail et les soucis, tombe malade à Roanne. Il désire toutefois poursuivre sa tournée. Mais, arrivé à Marseille, il doit s’aliter. C’est alors qu’il adresse à un visiteur cette réponse admirable : « Ma santé ? Il s’agit bien de ma santé ! Il ne doit être question entre nous deux que des vérités éternelles, des choses et des hommes qui ont été funestes ou utiles à l’humanité. » Il meurt le 10 juin 1836.


Son œuvre

Les premiers travaux d’Ampère se rapportent aux mathématiques, et si cet aspect de son activité est peu connu, mentionnons pourtant qu’un juge aussi qualifié qu’Appell le comparait « aux plus illustres, aux Laplace, aux Lagrange, aux Monge, aux Hermite, aux Poincaré ». Au surplus, cette maîtrise dans l’analyse mathématique lui fournira l’outil nécessaire à ses recherches ultérieures.

Lorsqu’il est amené à enseigner la chimie, Ampère s’adonne à cette science avec la même ardeur. Il adopte immédiatement la théorie atomique, qui lui permet d’expliquer les lois des combinaisons et de les lier aux résultats nouvellement établis sur la compressibilité des gaz. Dès 1814, dans une lettre à Berthollet, il développe la célèbre hypothèse (formulée trois ans plus tôt, sans qu’il le sût, par Avogadro*) selon laquelle tous les gaz renferment, à volume égal, le même nombre de molécules.

Mais c’est en 1820 que se révèle son génie, lorsque, brusquement, il se tourne vers la physique. En quelques semaines, il va entièrement créer une science nouvelle, aux conséquences incalculables, et mériter le titre de « Newton de l’électricité », que lui conférera Maxwell.

Le Danois Œrsted* vient d’observer la déviation de l’aiguille aimantée au voisinage d’un courant électrique ; personne ne peut expliquer ce curieux résultat. Devant l’Académie des sciences, le 11 septembre 1820, Arago* réalise cette expérience, qu’il a vu faire à Genève. Aussitôt, Ampère rentre chez lui, rue des Fossés-Saint-Victor (l’actuelle rue du Cardinal-Lemoine), et se met au travail dans la modeste chambre qui lui tient lieu de laboratoire. Dans les huit jours, lui qui était absorbé la veille par l’algèbre, la chimie, la psychologie, il donne à l’Académie une note établissant la théorie du phénomène. Dès lors, pendant plusieurs semaines, l’Académie des sciences entendra, à chaque séance, les nouvelles surprenantes de ce monde inconnu où s’avance Ampère avec la plus étonnante promptitude. Celui-ci montre, dans l’électricité en mouvement, la source des actions magnétiques. Il étudie les actions réciproques des aimants et des courants, donnant la règle de cette déviation par rapport à un observateur couché dans le sens du courant. Il prouve que deux courants fermés agissent l’un sur l’autre, créant en un mot toute l’électrodynamique. Dès 1821, il émet l’hypothèse que les molécules des corps sont l’objet de « courants particulaires » et que l’aimantation peut diriger, se montrant ainsi le précurseur de la théorie électronique de la matière.

Toutes ces découvertes prennent leur aspect définitif dans son célèbre mémoire de 1827, « l’immortel ouvrage », dira Henri Poincaré : Sur la théorie mathématique des phénomènes électrodynamiques uniquement déduite de l’expérience. Ampère y crée jusqu’au vocabulaire de l’électricité, notamment les termes de courant (on disait alors conflit) et de tension.

Il comprend également quel immense domaine d’applications s’offre à ses découvertes. Il imagine le galvanomètre, invente le télégraphe électrique et, avec Arago, l’électroaimant. Enfin, en 1832, après la découverte de l’induction par Faraday*, il fait construire à Hippolyte Pixii (1808-1835) la première machine électrique à induction.

Entre-temps, il a donné une nouvelle preuve d’éclectisme avec ses Considérations philosophiques sur la détermination du système solide et du système nerveux des animaux articulés.

Sur la fin de sa vie, il entreprend une classification de toutes les connaissances humaines, l’Essai sur la philosophie des sciences, ouvrage qui restera inachevé.

Quelques mots sur Ampère

« Son esprit immense était le plus souvent comme une mer agitée ; la première vague soudaine y faisait montagne ; le liège flottant ou le grain de sable y était aisément lancé jusqu’aux cieux » (Sainte-Beuve).

« Jamais un esprit de cet ordre ne songea moins à ce qu’il y a de personnel dans la gloire. Pour ceux qui l’abordaient, c’était un puits ouvert. À toute heure, il disait tout » (Sainte-Beuve).

« Ampère, lui, toujours ardent dans ses doutes et dans ses croyances, nous fournit l’image d’une âme mystique et tourmentée, bien plus curieuse de spéculations incontrôlables que de réalités physiques, et pourtant capable d’édifier un jour une théorie physique inébranlable, d’une extraordinaire importance pratique. Les admirables travaux scientifiques d’Ampère ne semblent presque que de brefs incidents, interrompant quelques instants le cours de sa pensée métaphysique, seule perpétuellement active » (Marcel Brillouin).