Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

Héraclides ou dynastie d’Héraclius (suite)

L’importance accrue de l’Asie Mineure à la suite de la slavisation des provinces européennes imprima à la monarchie son caractère hellénique définitif : le latin, langue officielle du gouvernement, de l’administration et de l’armée, mais que les populations n’entendaient plus, fut abandonné au profit du grec, qui avait toujours été la langue de l’Église ; aux formules ronflantes de la titulature impériale fut substitué le titre de « basileus », que le peuple employait depuis longtemps.


La reconquête

Disposant d’un État rénové et de forces militaires solides, Héraclius prend en main la reconquête des territoires perdus. Il conclut la paix avec le khān des Avars (619) et, à la tête d’une forte armée, pénètre audacieusement en Arménie (622). Les Perses, vaincus, évacuent le Pont et la Cappadoce. En 623, l’empereur enlève Dwin et Nakhitchevan en Arménie ; Ganzak (auj. Tabrīz), ville sainte des Sassanides, est saccagée, mais, malgré de belles victoires, Héraclius ne parvient pas à forcer l’entrée de la Perse (624-625). Brusquement, la vie même de l’Empire est remise en question : en 626, une armée perse traverse l’Asie Mineure et campe devant Chalcédoine, cependant que le khān des Avars rassemble une masse énorme de Barbares devant les remparts de la capitale, qui est attaquée sur terre et sur mer. En l’absence de l’empereur, le patriarche Serge soutient le moral des assiégés. Cette attaque conjuguée est finalement repoussée.

Profitant de ce succès, Héraclius reprend en 627 l’offensive contre la Perse : plusieurs victoires retentissantes provoquent l’effondrement de la puissance sassanide ; Khosrô II est renversé (628), et le nouveau souverain promet de restituer à l’Empire tous les territoires qui lui avaient appartenu dans le passé (Arménie, Mésopotamie, Syrie, Palestine, Égypte).

Pour mettre le comble à son triomphe, l’empereur se rend à Jérusalem et y érige (630) la Sainte Croix recouvrée, geste symbolique, mais qui a surtout pour objectif de redorer son prestige, depuis longtemps terni par son mariage avec sa nièce Martine.

La reconquête des provinces orientales nécessita un changement de politique religieuse : l’Égypte, la Syrie et l’Arménie étaient monophysites. Depuis le vie s., les gouvernements balançaient entre le soutien de l’orthodoxie chalcédonienne, qui les rapprochait de Rome et de l’Occident, mais leur aliénait l’Orient, et la protection du monophysisme, qui produisait l’effet inverse. Dans un souci plus politique que religieux, Héraclius, avec l’appui du patriarche Serge, chercha un compromis entre les deux tendances et crut le trouver en 638 dans le monothélisme (une seule volonté dans le Christ), mais cette concession dogmatique, qui paraissait excessive aux orthodoxes et insuffisante aux monophysites, fut énergiquement combattue par les deux partis et ne fit qu’aggraver la confusion : l’agitation qui en résulta eut pour effet en Orient, depuis longtemps travaillé par des aspirations séparatistes, de favoriser la conquête arabe.


La conquête arabe

Celle-ci avait commencé aussitôt après la mort de Mahomet (632), au moment où la Perse et Byzance sortaient alanguies d’un conflit épuisant. Le calife ‘Umar Ier (634-644) tire parti de l’essoufflement de deux empires rivaux : en un temps record, il s’empare de toutes les provinces péniblement reconquises par les Byzantins ; la Syrie et la Palestine sont enlevées (636-638), la Perse, la Mésopotamie et l’Arménie sont ravagées (639-40), et la conquête de l’Égypte allait suivre. Héraclius a remporté une victoire à la Pyrrhos : en brisant l’Empire sassanide il a involontairement fait le lit de l’Empire arabe.


Après Héraclius

La mort d’Héraclius Ier, le 11 février 641, est suivie d’un fâcheux conflit dynastique : l’impératrice Martine, qui s’accrochait au trône, est destituée, et le sénat élit un petit-fils du défunt, Constant II (630-668, empereur de 641 à 668). La marée arabe ne connaît pas d’accalmie : elle déferle sur l’Égypte, la Cyrénaïque et la Tripolitaine, qui lui ouvrent l’accès de l’exarchat de Carthage (641-647). En Orient, les Arabes envahissent l’Arménie, pénètrent en Asie Mineure et s’attaquent même aux îles de la mer Égée : tous les efforts de Byzance pour leur barrer la route se soldent par des échecs. Seule la guerre civile qui secoue l’Empire arabe en 659 apporte aux Grecs quelque répit. Constant II le met à profit pour imposer son autorité aux Slaves de la Macédoine et redresser la situation dans les provinces occidentales. En 662, Constant transporte sa résidence à Syracuse, poste clé qui lui permet de surveiller l’Italie et l’Afrique du Nord, que menacent les Arabes. Il y meurt assassiné en septembre 668.

Son fils Constantin IV (654-685, empereur de 668 à 685) monte sur le trône : son règne va être marqué par une lutte décisive contre les Arabes, qui, depuis 663, ont repris le combat contre l’Empire sur terre et sur mer. De 674 à 678, ces derniers assiègent périodiquement Constantinople, mais leurs attaques échouent devant le feu grégeois dont disposent leurs adversaires : l’avance arabe en Orient est définitivement brisée, et l’autorité impériale en retire un immense prestige. La perte quasi définitive des provinces monophysites pousse l’empereur à rejeter le monothélisme, qui a perdu tout intérêt politique ; au sixième concile œcuménique (680-681), cette doctrine est condamnée, et ses défenseurs sont anathématisés : la concorde religieuse affermit le pouvoir-de l’État. Mais un nouveau danger menace au même moment le flanc occidental de l’Empire : vers 680, le peuple bulgare, sous la conduite d’Asparuh, s’installe entre le Danube et la chaîne des Balkans, défait des armées byzantines et s’assujettit les tribus slaves de Mésie : le jeune royaume bulgare sera, durant trois siècles, l’adversaire le plus redoutable de Byzance dans la péninsule balkanique.

Mort prématurément, Constantin est remplacé par son fils Justinien II (669-711, empereur de 685 à 695 et de 705 à 711), souverain doué, mais despote sans retenue. Les bons rapports que l’Empire entretient avec les Arabes permettent à Justinien de renforcer son autorité sur les Slaves de Macédoine ; celui-ci procède à des transferts massifs de population, notamment slave, dans plusieurs régions que des conflits antérieurs avaient affaiblies. En 691-92, il commet l’imprudence de rompre avec le califat et déclenche une guerre interminable. Sous son règne, la propriété paysanne libre est protégée par des lois, et le système fiscal est amélioré, mais les exactions des fonctionnaires, qui font preuve d’une rigueur impitoyable, exaspèrent la population. Mécontente du renforcement de la petite propriété foncière, l’aristocratie s’agite. Le mécontentement universel débouche sur une révolte : en 695, le stratège Léonce est proclamé empereur (695-698), et Justinien est déposé, mutilé et exilé à Cherson.