Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Henri IV (suite)

Le pouvoir propage le traité d’agronomie d’un gentilhomme du Vivarais, Olivier de Serres (1539-1619). Son Théâtre d’agriculture et mesnage des champs (1600), qui a cinq éditions en quelques années, s’adresse aux nobles et aux propriétaires exploitants, mais, grâce à leur influence sur leurs fermiers, cet enseignement pénètre lentement dans les couches inférieures de la paysannerie.

L’assèchement des terres marécageuses constitue une entreprise originale. Henri IV en charge un Hollandais de Bergen op Zoom, Humphrey Bradley, nommé maître des Digues en 1599. C’est un technicien, mais aussi un riche capitaliste, qui peut avancer l’argent grâce à de petites communautés d’ouvriers hollandais ; il va assécher le marais poitevin, la Limagne, le marais Vernier, à l’embouchure de la Seine, la Gascogne.

Les résultats de ces efforts ne sont pas douteux, mais, s’ils ont permis d’augmenter le nombre des paysans aisés, la propriété paysanne demeure réduite et la grande masse des habitants des campagnes reste misérable. Le but recherché par le pouvoir n’est d’ailleurs pas là ; celui-ci vise avant tout la fixation d’une solide noblesse rurale, mais ce sera un échec, car, dès cette époque, c’est surtout la bourgeoisie qui acquiert les terres.


La politique mercantiliste

L’industrie n’est pas non plus négligée. En ce domaine, l’influence qui s’impose est celle de Barthélemy de Laffemas (1545 - v. 1612), un petit noble du Dauphiné. Il prône un mercantilisme national : c’est, avec un demi-siècle d’avance, le système qu’adoptera Colbert*. Laffemas veut empêcher la fuite des métaux précieux, permettre à la France de se suffire à elle-même et de donner du travail à tous ses habitants. En conséquence, on fait la chasse à l’oisiveté, on lutte contre le vagabondage.

Henri IV tempère dans la pratique ce que ce programme avait de trop rigide pour l’époque. Pour rendre nationale l’industrie de la soie, qui occasionnait de grosses sorties de numéraire, il fait planter des mûriers pour le développement des vers à soie ; c’était là une des idées émises par Olivier de Serres. La soierie italienne, tissée à Lyon, périclite à l’avantage de la soierie nationale, produite à Tours.

Des manufactures, pour lesquelles on fait appel à des ouvriers étrangers, sont installées dans toute la France (dentelles à Senlis, cuir dans le Poitou, tapisseries aux Gobelins). On souhaite également donner des règlements à toutes les corporations.

En 1601, un bureau de commerce, véritable office des inventions, est créé. En même temps, une commission s’emploie à rendre les rivières navigables et à construire des canaux latéraux ou de jonction, principalement entre Loire et Seine (canal de Briare), Loire et Saône, Saône et Meuse, Aude et Garonne (canal des Deux-Mers). Des ponts sont construits ; les routes sont améliorées par des plantations d’arbres sur leurs bordures et même par des pavages en certains endroits.

Henri IV, malgré Sully, qui y était opposé, soutient au Canada* les efforts de Champlain* et de Pierre de Gua, sieur Des Monts, qui envisagent une nouvelle formule de colonisation, fondée non sur l’or, mais sur l’agriculture et l’élevage. Des paysans manceaux, angevins et normands commencent à émigrer vers le Canada.

Le prestige de la monarchie se trouve renforcé par des constructions tant à Paris qu’en province. Dans la capitale, le Pont-Neuf est édifié, le Louvre est prolongé par une galerie qui le joint aux Tuileries, la place Royale s’élève, l’hôpital Saint-Louis est fondé. La Bibliothèque royale est transportée de Fontainebleau à Paris, augmentée des manuscrits grecs des Médicis et ouverte au public. On construit le château de Saint-Germain-en-Laye, le collège de La Flèche et on embellit Fontainebleau.

Dans le domaine religieux, Henri IV se montre fervent catholique et favorable à l’adoption des décrets du concile de Trente, mais l’opposition des gallicans et du parlement empêche cette mesure. Le roi nomme néanmoins d’excellents prélats, comme Jean-Pierre Camus (1582-1652) à Belley ou Sébastien Zamet (1588-1655) à Langres. Il favorise Bérulle*, essaie d’attirer saint François* de Sales et protège les Jésuites.

En 1610, les rouages de l’absolutisme sont en place, et l’économie est prospère. L’absence d’une marine, la misère des campagnes sont les lacunes principales de cette œuvre de redressement, mais celle-ci est fonction d’une forte autorité à la tête du pouvoir ; qu’un gouvernement faible comme une régence s’y installe, et tout peut être remis en cause.

C’est ce qui arrive lorsque Henri IV, le 14 mai 1610, tombe sous le couteau de Ravaillac. Crime d’un fanatique isolé ou manœuvré par les Habsbourg, alors menacés par la France d’une intervention militaire, complicité dans l’entourage de la reine ? La question n’a pas été élucidée.

Toujours est-il que le meurtre du roi, en laissant le pouvoir à l’incapable Marie de Médicis (qu’il a épousée en 1600), va compromettre sérieusement l’œuvre d’Henri IV, causer de nouvelles ruines jusqu’à la magistrale reprise en main des rênes du gouvernement par Richelieu*.

P. P. et P. R.

➙ Bourbons / France / Marie de Médicis / Religion (guerres de) / Valois.

 P. de Vaissière, Henri IV (Fayard, 1928). / M. Reinhard, Henri IV ou la France sauvée (Hachette, 1943). / R. Mousnier, la Vénalité des offices sous Henri IV et Louis XIII (Maugard, Rouen, 1946 ; 2e éd., P. U. F., 1971) ; l’Assassinat d’Henri IV. 14 mai 1610 (Gallimard, 1964). / M. Andrieux, Henri IV dans ses années pacifiques (Plon, 1954). / F. Gébelin, l’Époque d’Henri IV et de Louis XIII (P. U. F., 1969). / R. de Castries, Henri IV, roi de cœur, roi de France (Larousse, 1970).