Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

hématopoïèse (suite)

Dans l’ensemble, le temps qui s’écoule entre l’élaboration de la cellule souche différenciée et le lancement dans la circulation de l’élément adulte est de trois à cinq jours. La durée de vie des cellules sanguines périphériques étant limitée, l’hématopoïèse est un phénomène continu. Si l’on admet que notre corps contient 4,5 litres de sang, dont de 1,5 à 1,8 litre de globules rouges, il s’élabore en fonction de la durée de vie de ces éléments environ 20 cm3 de globules rouges chaque jour. Ainsi, 1/20 de nos hématies sont produites et détruites quotidiennement. Le phénomène qui préside à la régularité de l’émission des nouvelles cellules sanguines circulantes en leur assurant un taux quasi constant dans le sang est des plus remarquables. Son mécanisme est encore mal connu. Il est possible qu’un facteur humoral hématopoïétique soit à l’origine de la régulation de l’érythropoïèse et que son titre dépende non seulement du nombre d’hématies circulantes, mais encore du taux d’oxyhémoglobine circulant. Pour la leucopoïèse, les facteurs humoraux classiquement allégués (leucopoïétine) semblent plus hypothétiques que certains. Quoi qu’il en soit dans ce domaine, des données supplémentaires ont été apportées par les méthodes d’explorations isotopiques, techniques modernes permettant d’étudier la dynamique des cellules sanguines marquées par des dérivés radio-actifs (tels que le chrome 51).

D’un point de vue pratique, l’hématopoièse constitue l’une des questions fondamentales de l’hématologie* moderne. Qu’il suffise, sans entrer dans les détails morphologiques de chaque élément intermédiaire, ni dans les anciennes querelles développées à partir de théories unicistes de la même cellule souche, d’évoquer les facteurs nécessaires à une hématopoïèse harmonieuse : protéines, vitamines, éléments minéraux, plus particulièrement fer et cuivre, sans lesquels le retentissement sur l’élaboration des cellules sanguines peut être lourd de conséquence. En pathologie, l’un des grands troubles de l’hématopoïèse est la panmyélophtisie, qui se traduit par une sidération complète de la moelle osseuse, entraînant la disparition des globules rouges et de tous les leucocytes granuleux ou polynucléaires.

M. R.

➙ Hématie / Leucocyte / Sang.

Hemingway (Ernest Miller)

Écrivain américain (Oak Park, Illinois, 1899 - Ketchum, Idaho, 1961).


Le soleil se lève aussi (1926), puis l’Adieu aux armes (1929) font rapidement de Hemingway le romancier américain le plus représentatif de la génération d’après la Première Guerre mondiale, la « génération perdue ». Plus tard, Pour qui sonne le glas (1940) reflète les problèmes politiques et la violence engendrés par la montée du fascisme. En 1954, le prix Nobel de littérature, en couronnant le Vieil Homme et la mer (1952), consacre la portée d’une œuvre qui, sous une inspiration cosmopolite et réaliste, des allures de roman d’aventures et un style de reporter, cache un esthétisme subtil et une méditation morale, de nature stoïque, sur la condition humaine.

Un parti pris d’anti-intellectualisme et un certain exhibitionnisme de virilité ont malheureusement enfermé l’œuvre et la personnalité de Hemingway dans une légende qui lui nuit. Hemingway a mis les techniques d’un art raffiné, très travaillé sous des allures simplistes, au service d’une conception qu’il voulait exagérément sommaire, brutale, voire primitive de la vie. Ses héros, qui, dans cette œuvre qui forme une longue chronique autobiographique, sont toujours lui-même, peuvent paraître stéréotypés. Laconique, individualiste, blasé, mais actif et viril, le héros de Hemingway est un être blessé, hanté par la mort, mais stoïque et qui cherche une évasion, presque un divertissement au sens pascalien, dans l’alcool, l’amour, la chasse et la pêche du gros. Ses romans d’action cachent une quête, une méditation morale presque obsessive.

Cette ambiguïté se retrouve dans l’homme. Entre l’homme et l’écrivain, entre la légende à la Buffalo Bill et le style à la Flaubert, il y a malentendu. D’un côté il y a Hemingway boxeur, chasseur de fauves, pêcheur de thon, soldat : un homme de six pieds de haut qui pesait cent kilos, chaussait du 45 et le faisait savoir. De l’autre il y a un clerc à lunettes qui calligraphiait au crayon cinq cents mots par jour au maximum et récrivait trente-neuf fois la fin de l’Adieu aux armes. On a beaucoup décrit le voyageur, l’amant, l’afficionado, le soldat en battle-dress pas très réglementaire. Mais il y a aussi Hemingway artiste, qui veut « écrire une prose si pure qu’elle ne se corrompe pas ». Il travaille debout, dans un capharnaüm de livres, écrivant au crayon sur une planche à dessin, dès l’aube. « J’écris, dit-il, jusqu’à ce que j’arrive au point où j’ai encore du jus et où je commence à avoir une idée de la suite. Alors je m’arrête et j’essaie de vivre jusqu’au lendemain. C’est l’attente jusqu’au lendemain qui est dure à passer. »

Hemingway est né dans un milieu petit-bourgeois du Middle-West, dans une atmosphère de rigorisme puritain. Son père, médecin, qui finit par se suicider, cherchait dans la chasse et l’alcool une évasion à son mariage avec une femme austère et castratrice. « Les hommes sentimentaux sont si souvent trahis », écrit Hemingway dans la nouvelle « Père et Fils ». Lui sera dur. Très tôt, il préfère la compagnie des braconniers, des boxeurs, des casse-cou des rodéos à celle des instituteurs de Oak Park School. Dans les nouvelles de Cinquante Mille Dollars (In our Time, 1924), il a romancé son enfance. Nick Adams, péchant et chassant dans les forêts du Michigan, initié à l’amour par une Indienne, assistant avec son père à un accouchement, c’est Hemingway enfant, proche du Huck Finn de Mark Twain*. Au sortir du collège, renonçant à l’université, Hemingway entre comme reporter au Star de Kansas City. Journaliste, il apprend à « écrire des phrases claires, éviter les adjectifs passe-partout, faire des récits intéressants, des phrases courtes dans un anglais vigoureux et souple ». C’est donc dans le journalisme qu’il apprend ce style sec, rigoureux, ce laconisme de procès-verbal et cet art de regarder. Ernest Hemingway n’abandonnera jamais le journalisme : il sera reporter en Europe, en Asie et en Orient. Trente-cinq ans de journalisme nourrissent son œuvre. Réunis par William White dans Hemingway en ligne (By-line, 1967), ses reportages sur Pampelune, Mussolini, la guerre d’Espagne, le débarquement de Normandie, etc., révèlent les liens entre le journalisme et son œuvre.