Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

Hegel (Georg Wilhelm Friedrich) (suite)

La logique est la science de l’idée, et, comme l’idée est la réalité suprême, la logique tient lieu de ce qu’on désignait traditionnellement comme métaphysique. Elle se divise en deux parties : d’une part, la logique objective, qui se subdivise à son tour en logique du concept en tant qu’être (ontologie) et logique du concept en tant qu’essence (où l’être ne se borne plus à simplement être, mais apparaît, sans toutefois encore s’apparaître à soi-même) ; d’autre part, la logique subjective, ou logique du concept en tant que concept, c’est-à-dire en tant que sujet.

Le développement de la logique commence avec l’être pur : l’être qui n’est qu’être et rien d’autre, ne recevant aucune détermination supplémentaire. L’être n’est donc pur qu’à la condition de n’être rien, en quoi il s’identifie à son contraire, le rien ou néant. Toutefois cette identité reste indéterminée tant que n’a pas été posée, avec le devenir, la différence des termes en question. C’est donc le devenir qui permet à l’être de se déterminer en une existence particulière comme être-là (Dasein), de recevoir une qualité qui le définit et le limite. Mais cette limite est en même temps position d’un autre être-là, d’un autre côté de la limite, d’une infinitude... Ainsi se poursuit (jusqu’à la mesure qui l’achève) la théorie de l’être.

L’essence est le produit des opérations de l’entendement sur l’être par la médiation desquelles l’existence trouve un fondement qui permettra à l’essence d’apparaître, cette apparence (phénomène) ne s’opposant pas à l’essence, mais au contraire en constituant la réalisation.

Immédiateté de l’être et médiateté de l’essence sont reprises et conciliées dans le concept, qui est en soi et pour soi : concept subjectif, il correspond à la logique traditionnelle (concept, jugement, syllogisme) ; concept objectif, il étudie le mécanisme (action externe des objets les uns sur les autres), le chimisme et la téléologie (où la détermination externe est remplacée par l’autodétermination : les objets réalisent le concept dont ils sont porteurs) ; idée, enfin (ou vérité en et pour soi), il est d’abord vie (idée objective et immédiate), puis connaissance (idée subjective), enfin idée absolue sur laquelle se referme le cercle de la logique, car on est revenu à l’être, mais développé dans la totalité de ses moments en une science systématique : la logique elle-même. Science il est vrai qui n’est encore que celle du concept en et pour soi (du concept « divin », dit Hegel), dont la philosophie de la nature développera l’aliénation dans l’extériorité du monde, et la philosophie de l’esprit son retour en soi avec la réalisation de l’esprit absolu par l’humanité.

Remarque : le système hégélien n’a pas été développé intégralement. Des cinq livres publiés par Hegel, le premier (Phénoménologie) en est l’introduction, les deuxième et quatrième (Propédeutique et Encyclopédie [Philosophische Propädeutik et Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften im Grundrisse]) de simples résumés scolaires, les troisième et cinquième (Logique et Philosophie du droit) n’en développant que des secteurs particuliers.

• Les Principes de la philosophie du droit (Grundlinien der Philosophie des Rechts). Ils développent, dans la philosophie de l’esprit, la section consacrée à l’esprit objectif, et se situent donc entre l’esprit subjectif et l’esprit absolu.

Le développement de la philosophie de la nature s’était achevé avec la vie animale, qui fait apparaître une intériorité au sein de l’extériorité naturelle elle-même (la nature est l’aliénation de l’idée dans l’extériorité matérielle). Ainsi s’effectue le passage à l’esprit qui, dans son premier moment : l’esprit subjectif (qui n’existe que pour soi), se définit successivement comme âme, conscience, puis sujet spirituel. L’âme est l’esprit immédiat soumis aux déterminations naturelles (géographiques, raciales, etc.). L’esprit immédiat est le « sommeil de l’esprit » dont la phénoménologie décrit le réveil à travers les différentes structures de la conscience, alors que la psychologie étudie les activités du sujet qui culminent et s’unifient avec la volonté libre. L’esprit objectif (qui est en soi) apparaît à ce point.

La préface des Principes soutient que le droit est le lieu où se réalise l’être en soi objectif de l’esprit, et que c’est donc là qu’il faut le rechercher si on désire le connaître au lieu de le dépasser en rêvant un état aussi irréel que subjectif.

L’esprit objectif se divise en trois moments : droit abstrait, Moralität ou moralité subjective, Sittlichkeit ou moralité objective incarnée dans les coutumes et les pratiques d’un peuple.

Le droit abstrait correspond à un formalisme juridique comparable à ce que les théoriciens de l’Aufklärung avaient développé sous le titre du droit naturel. C’est le droit de la personne définie par ses propriétés, donc par ce qui n’est pas elle, ces propriétés elles-mêmes étant garanties par un contrat, par la transformation d’une volonté particulière en volonté commune. Mais la volonté particulière reste dans sa nature différente de la volonté commune, alors même que, dans le contrat, elles coïncident, et, leur coïncidence dépendant de la seule volonté individuelle, la possibilité de l’injustice (de leur non-coïncidence) est une implication originelle du formalisme juridique.

La moralité subjective est celle du sujet qui ne reconnaît d’autre droit que celui dont il est l’origine. Mais, pour réaliser ses projets, il doit les exposer à des interférences étrangères qui l’amèneront, n’y retrouvant plus ses intentions, à refuser la responsabilité de leurs conséquences. Elle est conduite de la sorte aux antinomies de l’intention et de l’action, des fins et des moyens. Antinomies qui ont leur source dans le caractère abstrait et vide de la certitude morale, à la seule autorité subjective de laquelle elle se confie.