Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

Heath (Edward)

Homme d’État britannique (Broadstairs, Kent, 1916).


L’ascension politique d’Edward Heath correspond, par-delà une remarquable réussite personnelle, à l’émergence de courants nouveaux dans le parti conservateur britannique. L’homme est d’origine modeste : son père était un petit entrepreneur dans une station balnéaire du Kent ; lui-même fit ses études à l’école secondaire locale et n’accéda à l’université d’Oxford que grâce à une bourse.

Mobilisé en 1939 dans l’artillerie, Heath se distingue dans la campagne de France et d’Allemagne. À la fin des hostilités, il est lieutenant-colonel, après avoir été cité et décoré. Il entre alors dans l’administration au ministère de l’Aviation, puis travaille dans une banque d’affaires. En même temps, il est choisi comme candidat conservateur dans une circonscription de la banlieue londonienne : Bexley. Il est élu député aux élections de 1950 (et sera constamment réélu à Bexley depuis).

Le parti conservateur est alors à la recherche d’éléments dynamiques capables de lui insuffler un sang neuf. Le jeune parlementaire, remarqué pour son intelligence, son sérieux, sa pugnacité, s’élève vite dans la hiérarchie. Dès 1951, il fait partie du ministère Churchill* comme lord commissioner du Trésor. De 1955 à 1959, Heath est chargé d’un poste clef dans l’appareil : devenu whip, il a à faire régner la discipline dans le parti aux Communes (en fait, c’est le responsable du groupe parlementaire conservateur). En 1959, Harold Macmillan* le prend comme ministre du Travail, puis en 1960 il lui confie les délicates fonctions, comme lord du sceau privé, de négociateur avec les institutions européennes.

Heath, Européen convaincu, négocie à Bruxelles la première tentative d’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun, mais il se heurte au veto du général de Gaulle (1963). Après la défaite électorale de 1964, il succède à Alexander F. Douglas-Home comme chef du parti conservateur ; il est donc pendant six ans leader de l’opposition. Il lui faut s’imposer aux militants et aux cadres de son parti ainsi qu’à l’opinion. À force de patience et d’obstination, sans dissimuler ses origines ni céder au snobisme des cercles conservateurs, il y parvient, dominant sa timidité, apprenant à parler, à plaire, bien que par tempérament il préfère les actes aux paroles. Travailleur méthodique, politicien appliqué et sincère, il profite aux élections de 1970 de la lassitude de l’opinion à l’égard des travaillistes et l’emporte sur Harold Wilson, son rival trop sûr de lui. Il devient ainsi Premier ministre.

Depuis que Heath a pris la direction des affaires britanniques (juin 1970), un tournant important s’est produit dans l’évolution du pays à un triple point de vue. D’abord, c’est la première fois qu’à la tête du parti conservateur est porté un représentant de la petite bourgeoisie. Le contraste est saisissant avec tous les prédécesseurs, issus soit des grandes familles aristocratiques (Douglas-Home, Churchill), soit de la haute bourgeoisie d’affaires (Macmillan, N. Chamberlain*), soit des notables de province (A. Eden*, S. Baldwin). Symbole d’un glissement social, sinon d’une démocratisation du pays, Heath le plébéien succède au patricien Douglas-Home. Il incarne un nouveau type de chef conservateur à l’image des classes moyennes. En second lieu, dans sa politique économique et sociale, Heath, qui croit aux vertus de l’économie de marché, de la libre entreprise et de la concurrence, a voulu relancer la production, restreindre la protection et les subventions de l’État, éliminer les pratiques restrictives des syndicats. En remettant ainsi en cause le Welfare State (l’État-Providence) bâti par les travaillistes de 1945 à 1950 et soigneusement gardé par les gouvernements conservateurs de 1951 à 1964, il s’est acquis une réputation de néo-conservateur de combat auprès d’une partie de l’opinion. Enfin, en politique extérieure, grâce à un rapprochement spectaculaire entre la France et la Grande-Bretagne, Heath a pu faire aboutir ses projets européens. Les négociations ouvertes pour l’entrée de l’Angleterre dans le Marché commun au cours de l’année 1971 ont débouché sur un accord, approuvé par le Parlement à l’automne, et abouti à la signature en janvier 1972 du traité d’adhésion à la Communauté économique européenne : couronnement de dix ans d’efforts, l’Angleterre est désormais amarrée à l’Europe.

Cependant, les graves problèmes posés par les émeutes sanglantes d’Irlande* du Nord et par la crise économique et sociale (grève des mineurs) qui sévit depuis 1972 réduisent la marge de manœuvre du Premier ministre.

F. B.

➙ Conservateur (parti) / Grande-Bretagne.

 G. Hutchinson, Edward Heath : a Personal and Political Biography (Londres, 1970). / M. Laing, Edward Heath Prime Minister : a Biography (Londres, 1972). / A. Roth, Heath and the Heathmen (Londres, 1972).

Hébert (Jacques)

Révolutionnaire français (Alençon 1757 - Paris 1794).


En 1790, le Père Duchesne paraît pour la première fois ; très vite, il va devenir un des journaux les plus lus parmi les masses populaires. Il sera, en 1793, après la mort de Marat*, le principal organe de la presse révolutionnaire. S’il atteint cette notoriété, c’est qu’il exprime le mieux les aspirations des sans-culottes.

La feuille doit cette qualité à l’unique rédacteur : Hébert. Ce publiciste, bientôt doublé d’un homme politique, sort des milieux qui firent la Révolution française. Par sa famille, il touche à la moyenne bourgeoisie, qui fournira la plupart de ses cadres à la sans-culotterie. Une obscure affaire l’ayant contraint à s’éloigner d’Alençon, il partage à partir de 1780 la vie des humbles, c’est-à-dire de ceux qui, à Paris, seront en l’an II les militants des sections.