Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

Haoussas ou Hausas (suite)

La colonisation britannique, tout en transformant l’ensemble des conditions sociales et économiques du Nigeria, a conservé et utilisé les superstructures politiques et idéologiques du pays haoussa. La faible scolarisation (à cause de l’islām) a eu comme conséquence une position subordonnée des Haoussas dans la configuration des forces administratives et économiques du Nigeria indépendant. Cette situation était évidemment en contradiction avec le poids démographique et économique de l’ethnie et avec la position plus assurée d’ethnies moins favorisées sous ce dernier rapport. Ces contradictions expliquent en partie la position des Haoussas dans l’histoire récente de leur pays.

L’histoire des Haoussas

Agriculteurs, artisans et commerçants, les Haoussas constituèrent une série de « cités-États » encore florissants au xixe s. Leur origine est mal connue ; la tradition rattache la création, avant le xie s., des sept premiers royaumes (Daoura, Kano, Zaria, Gober, Katsina, Rano et Biram) à une reine noire et à un héros berbère ; plus tard, sept autres États « haoussas » auraient été fondés.

Sous l’influence du Mali* au xive s., les cités profitèrent des relations du grand empire avec le monde arabe et de leur situation de carrefour des pistes du nord (Tripolitaine, Hoggar, Aïr), de l’est (Bornou) et de l’ouest (Tombouctou). Marchands et lettrés musulmans affluèrent, et certains souverains se convertirent superficiellement dès le xive s.

Bien que puissantes au xvie s., Katsina et surtout Kano ne purent unifier leurs rivales et durent accepter la tutelle du Bornou et du Songhaï. Aux xviie et xviiie s., après l’écroulement de l’Empire songhaï, les pays haoussas, indépendants, s’entredéchirèrent. À la fin du xviiie s., le Gober paraissait l’emporter, lorsque les éleveurs peuls, infiltrés depuis longtemps, prirent l’initiative ; profitant de l’élan que leur donnait leur conversion à un islām intransigeant, ceux-ci renversèrent les monarchies haoussas, affaiblies (1804-1810).

La domination peule n’entraîna pas la décadence des villes marchandes et artisanales. En 1854, Heinrich Barth (1821-1865) considère Kano comme la première cité du Soudan central avec 30 000 habitants permanents, dont, il est vrai, une partie seulement sont haoussas. Centre d’échange du sel, du cuivre, des marchandises arabes et européennes venues à travers le Sahara contre le kola et les esclaves, Kano était aussi le principal centre de diffusion au Soudan des cotonnades et des articles de cuir locaux.

Transformées au xixe s. en émirats peuls, les monarchies haoussas étaient auparavant des principautés centralisées autour de villes-capitales puissamment murées où résidaient le souverain (sarki) et sa cour. Titres et fonctions constituaient un appareil d’État complexe, où se distinguaient l’héritier présomptif (chiroma), la reine mère et le chef de la cavalerie. Le sarki tirait ses ressources des taxes sur les récoltes, le bétail, l’artisanat et les marchés ainsi que de la guerre, pourvoyeuse d’esclaves.

Au xixe s., le destin politique des Haoussas se trouva lié à celui des émirats peuls, passés sous protectorat anglais entre 1899 et 1903. Grâce au gouvernement indirect des Anglais, les Haoussas conservèrent leur originalité, et, grâce à leur vocation marchande, leur langue tend à devenir lingua franca de l’Afrique nigériane.

M. M.

J. C.

➙ Niger / Nigeria.

 H. Clapperton, Journal of a Second Expedition into the Interior of Africa (Londres, 1829). / H. Barth, Travels and Discoveries in North and Central Africa, 1849-1855 (Londres, 1857-58 ; 5 vol.). / Y. Urvoy, Histoire des populations du Soudan central (Larose, 1936). / M. G. Smith, Government in Zazzau. A Study of Government in the Hausa Chiefdom of Zaria in Northern Nigeria from 1800 to 1950 (Londres, 1960). / M. F. Smith, Baba of Karo : a Woman of the Muslim Hausa (Londres et New York, 1964 ; trad. fr. Baba de Karo, Plon, 1969). / M. Last, The Sokoto Caliphate (New York, 1967).

happening

Cette forme de spectacle s’inscrit dans le processus de désintégration du style évident à tous les niveaux de l’art moderne. Elle constitue la suite logique des procédés innovés au théâtre par Alfred Jarry, Eric Satie et Antonin Artaud, est issue du surréalisme comme du dadaïsme et proclame l’absurde.


Il s’agit toujours de traumatiser le spectateur par des effets de choc, de cruauté et d’insolite afin de mettre en branle sa libre imagination, mais le happening va plus loin en renonçant à toute idée, à tout message pour devenir la simple intégration des acteurs aux spectateurs. Cela vise à permettre au groupe ainsi constitué un défoulement au sens le plus freudien du terme, et ainsi le happening s’apparente au psychodrame. L’abolition des concepts traditionnels de scène, acteurs, spectateurs, intrigue et message, doit bouleverser la relation sujet-objet et, par là, donner naissance à une forme unique : « Réaliser un happening, c’est créer une situation qui ne peut pas se reproduire deux fois » (Salvador Dali). On élimine si bien les frontières entre l’art et la vie que certains groupes ont « joué » des happenings sans se soucier de prévenir le public.

Les experts distinguent soigneusement l’événement, isolé par définition (un monsieur en tenue de soirée et portant un cor de chasse arrive sur la scène. Il s’incline pour saluer, et l’instrument, qui était rempli de billes, se vide), du happening, constitué par « une série alogique d’événements » (Michael Kirby). Le terme « happening » trouva son acception en 1959 dans le titre d’Allan Kaprow 18 Happenings in 6 Parts. Ensuite, Ben Vautier affirme avoir initié les Français en 1962 avec Publik (première manifestation à Paris, « le Théâtre total »), joué (sic) deux ans plus tard à Paris : Ben restait sur la scène assis, immobile et silencieux, avec derrière lui un écriteau où on lisait : « Regardez-moi, cela suffit. »