Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

Haïti (république d’) (suite)

• Haïti possède un climat tropical maritime pluvieux. La température s’abaisse avec l’altitude ; vers 1 500 m, les moyennes annuelles sont tempérées. De décembre à mars, des coups de vent frais peuvent se produire dans la région du Nord et être sensibles jusque dans les montagnes du Sud. Dans les régions basses, les plaines abritées sont beaucoup plus chaudes que les côtes exposées à l’alizé.

La géographie des pluies est étroitement liée à l’orientation des reliefs. Les régions montagneuses humides alternent avec les dépressions sèches, parfois arides. Les montagnes reçoivent en général plus de 1,5 m d’eau par an, sauf sur leur flanc orienté à l’ouest, à l’abri des alizés (cas de la chaîne des Matheux, du littoral du plateau de Bombardopolis). Les côtes du Sud et du Nord sont aussi bien arrosées. Cependant, à l’approche de la frontière, la plaine du Nord est plus sèche, un phénomène d’abri intervenant à cause de la relative proximité de la chaîne septentrionale de la république Dominicaine. Dans ces régions, le minimum pluviométrique du carême (saison sèche) est beaucoup moins marqué que dans les fossés et les plaines abrités, où les hauteurs d’eau descendent souvent au-dessous de 1 000 mm. La vallée de l’Artibonite, la région déprimée de l’étang Saumâtre ont un climat sec. La plaine autour de Port-au-Prince, avec 1 200 mm d’eau par an, est moins sèche, ainsi que celle de Léogane ; toutes deux bénéficient des condensations qui se produisent au contact de la montagne de la Selle.

Les pluies connaissent des variations interannuelles considérables qui aggravent certaines années les conditions moyennes qui règnent dans les régions les moins arrosées. Sur les reliefs eux-mêmes, la nature fréquemment calcaire des roches ainsi que la vigueur des pentes, entraînant la disparition rapide des eaux en surface, peuvent provoquer une véritable sécheresse des sols, défavorable à la végétation. Les régions les mieux douées pour l’agriculture, par le relief, connaissent souvent des conditions climatiques sévères. Des travaux d’hydraulique agricole deviennent indispensables. Faute de capitaux et des moyens techniques nécessaires, l’agriculture n’a eu d’autre ressource que de s’installer sur les pentes humides, avec tous les inconvénients que cela présente. Il faut enfin signaler qu’Haïti est durement frappé par les cyclones.

• À l’état naturel, Haïti était recouvert de forêts. Le pays a été entièrement déboisé pour l’agriculture et pour le charbonnage. Le déboisement des montagnes, provoquant l’accélération de l’érosion et la disparition des sols, a pris l’allure d’une véritable catastrophe nationale.

J.-C. G.


L’histoire


Les débuts

Haïti, c’était le nom indien de la grande île vers laquelle cingla Christophe Colomb après avoir touché pour la première fois terre. Rebaptisée Hispaniola par les Espagnols, la grande île leur servit de base pour la conquête du continent et elle fut la première terre américaine à souffrir du choc biologique, social et économique entre les deux mondes, le pot de terre contre le pot de fer, selon la fable d’Ésope reprise par un ecclésiastique espagnol. En vingt ans, la population tombait d’un million (estimation basse) à 60 000 habitants. Les microbes venus d’Europe, la désorganisation du système indigène, le travail forcé étaient responsables de l’hécatombe qui provoquait chez Las Casas* la prise de conscience que l’on sait. C’est à sa suggestion que Charles Quint permit l’importation d’esclaves africains, pour sauver les Indiens de la destruction.

La colonie espagnole, fondée par Colomb dans le sud-est de l’île, végéta jusqu’au xviiie s., tandis que l’ouest de Saint-Domingue passait sous la domination française. À l’origine de cette partition, il y a l’étonnante et turbulente fraternité des boucaniers et des pirates, les célèbres frères de la côte qui, depuis leur île de la Tortue, mettaient au pillage les Caraïbes.

En 1697, le traité de Ryswick, passé entre la France et l’Espagne, reconnaissait à la première la possession de la partie occidentale de l’île. Les frères de la côte avaient déjà commencé à cultiver le cacao, l’indigo, le coton et la canne à sucre et avaient introduit le travail servile, en razziant la Jamaïque et en y raflant des milliers d’esclaves noirs. Au xviiie s., la Saint-Domingue française connaissait un prodigieux essor grâce à la fertilité de la terre et à l’importance du marché métropolitain. Le manque de main-d’œuvre accélérait la traite des Noirs, dans le cadre du fameux commerce triangulaire (France-Afrique-Antilles-France) qui fit la prospérité des ports atlantiques français. En plus des Noirs, les colons firent travailler les Blancs, les « engagés », qui pouvaient se libérer au terme d’un contrat de plusieurs années passées sur les plantations de sucre et de café.

Les dernières années du xviiie s. furent celles d’une folle prospérité ; entre 1783 et 1789, la production de sucre et de café doublait ; en 1786, on importait 27 000 esclaves et, en 1787, plus de 40 000. En 1789, plus des deux tiers des 500 000 esclaves étaient nés en Afrique. La situation des esclaves est bien connue, ainsi que la non-application des Codes noirs, institués par le roi pour les protéger de la brutalité de leurs maîtres. À la veille de la Révolution, l’affaire du planteur Le Jeune, meurtrier de plusieurs de ses esclaves, jetait une lumière crue sur la condition servile.


1789-1804. Les Jacobins noirs

Société de castes, puisque l’on trouvait, au-dessus de la masse des esclaves noirs, le petit groupe des affranchis, celui des mulâtres, puis les petits Blancs et enfin l’aristocratie créole, la société de Saint-Domingue éclata sous le choc de la Révolution française. Les premiers à bouger furent les 40 000 Blancs et les 30 000 mulâtres : les planteurs, mécontents du système commercial qui les mettait à la merci de la bourgeoisie bordelaise et nantaise (en 1789, ils étaient endettés de façon considérable), se précipitèrent dans la Révolution de 1789, arborant la cocarde rouge et formant la garde nationale. Les mulâtres, pour se défendre contre les petits Blancs et les révolutionnaires, soutinrent l’administration royale. La révolution à Saint-Domingue fut à la fois la lutte des petits Blancs contre les mulâtres, l’alliance des mulâtres et des aristocrates, la révolte des créoles contre la France, et, au terme de cette lutte de factions, de ces révolutions en chaîne qui s’accélérèrent de 1789 à 1791, il y eut le soulèvement des esclaves et une guerre inexpiable de quinze ans qui détruisit ce qui avait été le « jardin des Indes occidentales ».