Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

hafnium

Corps simple métallique.



Découverte

Cet élément ne fut découvert qu’en 1923 par le Danois D. Coster et par le Hongrois G. Hevesy en étudiant des minerais de zirconium. L’application de la loi de Moseley reliant le numéro atomique aux fréquences des raies X de la case 72 de la classification périodique laissée encore vide permit enfin le remplissage de cette case par cet élément. Il avait été soupçonné en 1922 par A. Dauvillier et G. Urbain dans une fraction de produits issus des terres yttriques et appelé par ce dernier « celtium ».


État naturel

Le hafnium se trouve associé au zirconium dans ses minerais selon une proportion généralement voisine de 1 p. 1 000 et constitue donc un élément rare, puisque la lithosphère ne contient déjà que 2,5.10–2 p. 100 de zirconium.


Atome

Il appartient au groupe IV-A de la classification périodique, avec le numéro atomique 72, et se trouve ainsi dans la même colonne que le titane et le zirconium ; il appartient à la troisième série de métaux de transition. Il a pour l’état fondamental de son atome la structure électronique suivante : 1s2, 2s2, 2p6, 3s2, 3p6, 3d10, 4s2, 4p6, 4d10, 4f 14, 5s2, 5p6, 5d2, 6s2. Les énergies d’ionisation successives sont respectivement 5,5 eV, 14,8 eV, 24,00 eV et 33,8 eV. L’atome a un rayon de 1,45 Å, et le cation Hf4+ 0,74 Å. Il a une section efficace élevée de capture des neutrons, d’où l’intérêt de le séparer du zirconium en vue d’un usage nucléaire. Le hafnium sert à faire des barres de contrôle dans la marche des piles atomiques.


Corps simple

C’est un métal de densité 13,07, qui fond à 2 200 °C. Il a des propriétés très voisines de celles du zirconium.


Dérivés

Les dérivés étant très analogues à leurs homologues du zirconium, l’extraction du hafnium contenu dans un dérivé du zirconium commercial se trouve être difficile, et les procédés de séparation sont divers : on peut utiliser à cet effet une séparation chromatographique de certains composés tels que des complexes hexafluorés, des oxychlorures ou des oxalates. La séparation sur gel de silice des chlorures dissous dans le méthanol ou l’extraction sélective par solvant d’une solution acide de thiocyanate sont encore des techniques efficaces de séparation du hafnium et du zirconium.

H. B.

Ḥafṣides

Dynastie musulmane d’Afrique du Nord.



Les origines des Ḥafṣides

Les Ḥafṣides tirent leur nom du cheikh Abū Ḥafṣ‘Umar, compagnon du mahdī ibn Tūmart, père de la dynastie almohade. En 1229, un petit-fils d’Abū Ḥafṣ, Abū Zakariyyā’ Yaḥyā, gouverneur d’Ifrīqiya, rejette l’obédience de Marrakech. Sans rompre avec la doctrine almohade, dont il prétend défendre la pureté, il constitue une dynastie indépendante qui va, jusqu’en 1574, présider à la destinée de la Berbérie orientale. Profitant de l’affaiblissement des Almohades, l’émir ḥafṣide occupe en 1230 Constantine et Bougie et soumet l’année suivante la ville d’Alger et la vallée du Chélif. En 1242, Abū Zakariyyā’ s’empare de Tlemcen, dont l’émir Yarhmurāsan ibn Zayyān s’est également détaché de Marrakech pour fonder en 1235 la dynastie indépendante des ‘Abdalwādides. Pour récupérer leur capitale, ces derniers reconnaissent la suzeraineté de l’émir ḥafṣide. Celui-ci constitue au Maghreb central d’autres petits États vassaux en investissant les chefs de certaines tribus du commandement de leur territoire respectif. À sa mort, en 1249, sa souveraineté s’étend jusqu’au Maroc septentrional, et la suzeraineté des Ḥafṣides est acceptée par les Wasrides de Grenade et même par les Marīnides, autre dynastie berbère qui supplante les Almohades au Maroc.


L’essor des Ḥafṣides

Cette politique favorise le développement économique de l’Ifrīqiya. Les échanges s’intensifient avec les États européens. Des traités sont conclus avec la Provence, le Languedoc, les républiques italiennes, la Sicile et l’Aragon. La plupart de ces contrées entretiennent des colonies marchandes dans les ports, et notamment à Tunis. Des consuls européens chargés de protéger les intérêts de leurs nationaux s’installent dans la capitale ḥafṣide. L’Ifrīqiya connaît aussi au début du xiiie s. l’immigration de nombreux Andalous et profite de leurs traditions, notamment en matière artisanale et littéraire. Ainsi, à l’avènement d’Abū ‘Abd Allāh (1249-1277), fils d’Abū Zakariyyā’, le pays paraît au faîte de sa puissance. Abū ‘Abd Allāh, qui prend en 1253 le titre califien d’amīr al-mu’minīn et le surnom d’al-Mustanṣir bi-llāh, sous lequel il est connu, maintient, malgré quelques difficultés, le prestige de la dynastie. Sous son règne, l’Ifrīqiya est attaquée par les croisés, et ses rapports avec la chrétienté sont pour un temps détériorés. Mais la mort de Saint Louis, chef de la croisade, survenue à Carthage le 25 août 1270, facilite la conclusion d’un traité avec les chrétiens et l’amélioration des relations avec les États européens.


La crise de la dynastie ḥafṣide

Al-Mustanṣir laisse donc un empire assez puissant à son fils al-Wāthiq, qui lui succède en 1277. Celui-ci inaugure alors une période de troubles et de scissions qui se prolonge jusqu’en 1318. En 1279, deux ans après son avènement, al-Wāthiq est détrôné au profit de son oncle Abū Isḥāq (1279-1283). Déjà rebelle en 1253, Abū Isḥāq réussit à grouper autour de lui, après la mort d’al-Mustanṣir, tous les mécontents d’Ifrīqiya. Il jouit aussi de la complicité des Naṣrides de Grenade, des ‘Abdalwādides de Tlemcen et surtout de l’appui militaire du roi d’Aragon Pierre III (1276-1285), désireux d’inféoder l’État ḥafṣide pour satisfaire ses ambitions méditerranéennes et ses visées sur la Sicile angevine. Maître de Bougie en avril 1279, Abū Isḥāq occupe Tunis au mois d’août et y prend le pouvoir.

Mais le nouveau souverain ne tarde pas à trahir les espoirs de son protecteur Pierre III. Au mois de juin 1282, celui-ci soutient militairement la rébellion du gouverneur de Constantine, qui se proclame indépendant vis-à-vis de Tunis. Ce soutien ne donne pas les résultats escomptés, le roi d’Aragon devant débarquer en Sicile pour profiter des difficultés connues alors par les Angevins et satisfaire ses ambitions méditerranéennes.