Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

habillement (suite)

Quelques grands couturiers


Pierre Cardin,

couturier français (Sant’Andrea di Barbarana, prov. de Trévise, Italie, 1922). D’abord coupeur chez un tailleur pour hommes, il entre chez Paquin comme modéliste, puis chez Dior, où il dirige l’atelier manteaux-tailleurs ; il participe, ainsi, au lancement du new-look. En 1949, il quitte Dior pour ouvrir sa propre maison et il inaugure, en 1954, ses deux boutiques Adam et Ève. La présentation de sa collection à Rome et à New Delhi en 1967 sera suivie de l’ouverture de boutiques à son nom dans ces deux capitales ainsi que dans beaucoup d’autres (New York, Londres, Athènes). À la suite d’un accord avec les industriels qui produisent en grande série des modèles à sa griffe, P. Cardin s’est fait un nom dans le prêt-à-porter de luxe en diffusant à la fois des vêtements et des accessoires ; il a libéré la mode masculine de la rigueur britannique, tant par la coupe des vêtements que par le choix des matériaux, et il a marqué la mode féminine par un style fait de netteté et d’élégance. Il est très attaché à la pureté de la ligne. C’est un des rares couturiers opposés à la mode du pantalon chez la femme. L’acquisition par P. Cardin du théâtre des Ambassadeurs pour y créer l’Espace Pierre Cardin (1969) témoigne de son intérêt dans le domaine artistique (peinture, musique, design, etc.).


Gabrielle, dite Coco Chanel,

couturière française (Saumur 1883 - Paris 1971). À la veille de la Seconde Guerre mondiale, elle avait abordé la mode par la création de chapeaux et, dès 1914, elle lança à Deauville les premiers jerseys, amorce du style qui devait assurer sa célébrité durant les années 20. Elle dépouilla la femme de ses fanfreluches et de ses diamants et conçut pour la « garçonne » les vêtements d’une extrême simplicité ponctuée par la note insolite de bijoux fantaisie dont elle devait assurer le succès. La maison qu’elle ouvrit rue Cambon fut une des plus importantes de l’entre-deux-guerres (son chiffre d’affaires en 1930 atteignit alors 120 millions de l’époque), et la vogue du jersey fut telle qu’elle fut amenée à le fabriquer dans sa propre usine, ouverte en 1935. Elle lança aussi un parfum connu du monde entier, le « 5 ». Fermée pendant la Seconde Guerre mondiale, sa maison de couture rouvrit ses portes en 1954. Chanel resta fidèle à ses « petits tailleurs » qui avaient si longtemps imprégné la mode, et, dans les années 60, elle stigmatisa le style de la couture contemporaine, dont les « excentricités » étaient aux antipodes de son extrême discrétion. Son nom restera lié à l’histoire de la couture, dont elle a influencé le cours pendant de nombreuses années.


André Courrèges,

couturier français (Pau 1923). Après avoir travaillé onze ans chez Balenciaga, il ouvre sa propre maison de couture en 1961. Sa huitième collection, en 1965, fait l’effet d’une bombe : très architecturées, coupées en trapèze dans des tissus secs d’un blanc immaculé, ses robes s’arrêtant à mi-cuisses sur des bottes moulantes inaugurent l’ère des « amazones athlétiques » vêtues de la minijupe dont il fut le promoteur. Courrèges sera tellement copié qu’il est obligé de fermer sa maison trois mois plus tard. Il rouvre celle-ci en 1967 et présente une collection comportant une série de prêt-à-porter de luxe. Il perpétue un style sport où le collant s’allie au chandail à col roulé sous une robe à jupe courte, et il se montre l’adepte du costume-pantalon. Il déclara au cours d’une interview au journal Elle : « Créer, c’est apporter une solution nouvelle à un problème actuel. » C’est une façon d’affirmer son opposition à toute réminiscence.


Christian Dior,

couturier français (Granville 1905 - Montecatini, Italie, 1957). Fils d’industriel, il se destinait à la carrière diplomatique, mais, la crise de 1930 ayant ruiné sa famille, il ouvre une galerie d’art contemporain. Il devient dessinateur de mode chez Agnès, la modiste, puis chez Schiaparelli, et travaille comme modéliste chez Piguet (1938) et chez Lelong (1945). En 1947, soutenu financièrement par Marcel Boussac, il fonde sa propre maison à Paris. En réaction contre la mode que les restrictions avaient imposée pendant la guerre, il lance un style tellement imprévu qu’on le baptise « new-look » : épaules rondes, taille fine et surtout jupe ample et longue, dont le succès fut immédiat. Depuis 1957, date de sa disparition, sa maison a poursuivi son expansion, d’abord sous les auspices d’Yves Saint-Laurent, puis sous ceux de Marc Bohan, qui en dessine les collections. Parallèlement à la couture proprement dite, Dior propose des modèles de lingerie, de chaussures et divers accessoires de la toilette (bijoux, foulards), diffusés sous licence dans le monde entier. Le prêt-à-porter fabriqué dans les usines d’Orléans et de Blois est destiné non seulement à la femme, mais aussi à l’enfant et à la jeune fille (Baby Dior et Miss Dior, créés en 1967) et à l’homme (Monsieur Dior, 1970). La maison compte quatre filiales dans le monde : New York, Londres, Genève et Lausanne, et une société de parfums qui diffuse également des produits de maquillage.


Paco Rabanne,

couturier espagnol (Pasajes 1934). Architecte, il devint parurier avant de se consacrer à la mode, pour laquelle il expérimente des matières inédites : métal, plastique, papier. Ses cottes de mailles, ses tuniques à plaques de métal tenues par des rivets, ses robes mouvantes faites de sequins en Rhodoïd multicolore, ses fourrures découpées en dentelles aboutiront à un style original et sophistiqué dont le caractère insolite provient de l’alliance des réminiscences d’un passé barbare avec l’image d’un monde futur. Paco Rabanne se veut le couturier de l’an 2000 et, tant par la matière que par les formes, il cherche à rompre avec le passé. Il connaît un grand succès aux États-Unis, au Japon et en Italie. Si sa mode en France ne descend pas dans la rue, elle inspire cependant des tuniques pour le soir.


Charles Frédéric Worth,