Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Amérique précolombienne (suite)

La frontière entre influences américaine et andine est difficile à tracer. Comme méso-américains, c’est-à-dire connaissant un calendrier savant, consignant leur passé sur des livres, observant un rituel compliqué, il faut citer le Salvador, l’ouest, le centre et le sud du Honduras, l’ouest du Costa Rica. Ici, la présence humaine est attestée très tôt, bien que les indices en soient encore peu nombreux : quelques pointes de flèches, datées par comparaison de 10000 av. J.-C., quelques traces de pas dans de la lave, datées avec certitude de 5000 av. J.-C. Il semble que l’agriculture et la céramique, avec comme corollaire la sédentarisation, puissent être datées du début du Ier millénaire av. J.-C. L’évolution est ensuite comparable à celle du Mexique. Dans une première période, qui prend fin vers 200 av. J.-C., le pays connaît l’influence olmèque. Ensuite, de 200 av. J.-C. à 550 apr. J.-C., s’étend une longue période de relative stabilité culturelle. La transition entre le préclassique et le classique se fait sans heurt, sans « révolution ». L’influence maya ne semble pas se manifester encore. Les témoignages artistiques que nous possédons rappellent le préclassique des hauts plateaux : petites figurines de céramique, généralement féminines. La partie sud de cette zone connaît une céramique déjà plus raffinée, bichrome ou trichrome. La vie matérielle des populations étant fondée sur l’agriculture, celles-ci nous ont laissé de nombreux metates (pierres à moudre) merveilleusement sculptés, caractéristiques de cette région. Plus tard, à l’époque classique récente, l’influence maya se fait sentir. La céramique est parfaite dès le début, comme si elle avait été importée du nord ou imitée. Néanmoins, l’ensemble de la civilisation présente des traits marginaux, un peu « paysans ». L’architecture ne connaît pas la fausse voûte maya et reste médiocre ; l’écriture n’est pas attestée.

Maintenant, les peuples de cette région vont connaître à leur tour l’invasion des Barbares du Nord. Ils voient arriver des groupes d’envahisseurs de langue nahua, chassés eux-mêmes du Mexique central par de nouvelles vagues, et qui introduisent des cultes nouveaux : ceux, par exemple, de Quetzalcóatl ou du dieu de l’Écorchement et de la Végétation, Xipe Totec. Mais ces nouveaux venus n’enfanteront pas ici une renaissance aussi brillante que dans le Yucatán.

La zone sud de l’Amérique centrale nous intéresse moins ici : elle relève nettement de l’influence sud-américaine. Ainsi, la céramique semble être apparue plus tôt dans cette zone qu’au nord, conformément à sa précocité en Amérique du Sud. Elle y atteint un grand degré de perfection : les céramiques de Nicoya ou de Coclé sont justement célèbres. Le travail des métaux, de l’or en particulier, qui est certainement d’origine sud-américaine, semble également avoir commencé ici bien plus tôt que dans la zone nord. Dès 500 apr. J.-C., on trouve des tombes recelant des offrandes d’or et les corps de serviteurs sacrifiés, preuves d’une hiérarchie déjà forte et de la croyance en un au-delà. C’est dans la période suivante, qui correspond grosso modo au postclassique des hautes terres, que le travail de l’or atteint la perfection, les orfèvres Codé, Chiriquí ou Veraguas maîtrisant les procédés les plus difficiles.


L’aire circumcaraïbe

Il reste à dire quelques mots d’une zone encore plus mal connue que la précédente : les Antilles, ou ce que l’on nomme l’« aire circumcaraïbe ». Elle a revêtu une importance particulière, parce que c’est là que se heurtèrent pour la première fois les deux mondes. Quand Rodrigo de Triana cria « Terre ! », c’était les Antilles que Colomb venait de découvrir. Nulle part le choc entre deux cultures ne devait être aussi brutal qu’ici. Les marins entraînés par Colomb dans la fabuleuse aventure voulaient de l’or, cherchaient de prodigieux trésors : les indigènes réalisaient leurs plus belles œuvres en bois... Colomb fut contraint de créer le système des « encomiendas » qui partageait le sol et ses habitants entre les conquérants — en moins de vingt ans toute la population fut décimée, détruite sans appel.

Ces îles avaient connu au cours de leur histoire bien des combats brutaux et bien des invasions, venues pour la plupart du continent sud-américain, du Venezuela en particulier. Il semble que le premier noyau du peuplement ait été constitué par des Ciboneys, dont l’origine géographique reste matière à controverse (Floride ou Amérique du Sud). C’est dans l’île de Cuba que l’on trouve le plus de témoignages de leur culture, culture très fruste, ignorant la céramique, accordant une grande importance au travail des coquillages. Les gisements sont en général au bord de la côte, près des rivières, dans des abris-sous-roche ou des grottes. L’industrie lithique elle-même est très rudimentaire.

Cette première culture devait être détruite, sans doute brutalement, par une nouvelle vague d’immigrants, les Arawaks, qui arrivèrent par la Trinité et les Petites Antilles jusqu’à Cuba et Haïti. On désigne leur culture sous le nom de taïno. Elle nous a laissé d’étranges témoignages : de très belles pièces en bois, en particulier des sièges zoomorphes comme ceux qui furent offerts à Christophe Colomb, une céramique qui paraissait jusqu’à maintenant peu évoluée, assez proche de celle du Venezuela, mais que les découvertes récentes révèlent comme très belle. Nous savons peu de chose de ces Taïnos. Ils connaissaient sans doute une forme d’écriture, car on retrouve un grand nombre de pétroglyphes difficiles à interpréter. Leurs dieux et leurs cultes nous sont inconnus ; nous possédons un certain nombre de curieuses pierres à trois pointes, généralement anthropomorphes, que l’on désigne sous le nom de zemi... mais quel dieu ou ancêtre représentent-elles ? Enfin, l’un des types d’objets les plus étranges et les plus caractéristiques de cette civilisation consiste en de lourds colliers de pierre, fermés, qui évoquent un peu les « jougs » mexicains. Les Antilles subirent-elles une influence mésoaméricaine ? Les batey, l’un des rares témoignages architecturaux que nous possédons des Taïnos, ont été interprétés comme des terrains de jeu de pelote.