Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Amérique précolombienne (suite)

L’art des Aztèques reflète ces caractères. Beaucoup de ses témoignages ont été détruits au moment de la conquête, soit comme preuves de l’idolâtrie des Indiens, soit à cause du goût de lucre des conquérants. La ville même de Tenochtitlán fut rasée sur l’ordre de Cortés, si bien que l’architecture nous est mal connue. La statuaire l’est mieux : images étranges de divinités à la fois humaines et animales, où la « beauté » cède le pas à l’étrangeté et souvent à l’horreur religieuse. Si la céramique semble avoir marqué une certaine régression par rapport à celle de leurs prédécesseurs ou de leurs voisins (Mixtèques par exemple), les Aztèques excellèrent néanmoins dans tous les artisanats d’art : orfèvrerie, plumasserie, travail des pierres dures, etc.


Les Mayas*

Parmi les peuples qui avaient résisté le plus longtemps à la domination aztèque, il faut citer les Mayas, qui ne représentaient plus une véritable puissance au moment de l’arrivée des Espagnols, mais qui, dans le passé, avaient créé la culture la plus achevée, l’art le plus brillant. Bien que le monde méso-américain fût le théâtre d’un brassage continuel, la civilisation maya est néanmoins originale. On peut, à l’époque classique, la définir par certains traits constants : la présence d’inscriptions hiéroglyphiques, l’érection de stèles commémoratives, l’importance donnée au calendrier à « compte long », certains types céramiques ou architecturaux comme la fausse voûte, ou voûte en encorbellement.

Historiquement, il semble que l’évolution des Mayas ait été différente de celle des peuples des hauts plateaux. Ici, au lieu de « grands empires » à dispositions guerrières, une poussière de cités luttant entre elles pour l’hégémonie, mais sœurs par la langue et la culture. Certains centres religieux, comme Tikal ou Copán, atteignent des proportions très considérables, mais, contrairement à Teotihuacán par exemple, ils semblent n’avoir été que cela : métropoles religieuses — et non villes — supportées par une population rurale vivant aux alentours dans ses chaumières. La religion devait être assez ésotérique, et le gouvernement aristocratique. Il suffit de voir l’incroyable richesse des prêtres ou des chefs, que nous montrent les fresques de Bonampak par exemple ou que nous révèle le contenu du tombeau de la pyramide des inscriptions de Palenque. Les sanctuaires eux-mêmes sont minuscules par rapport à la masse architecturale. Il semble qu’il y ait eu à cela des raisons techniques, mais peut-être aussi des raisons religieuses, les cultes pratiqués dans ces sanctuaires n’étant réservés qu’à une élite, alors que les paysans adoraient des dieux plus humbles. Le panthéon maya nous reste encore très obscur. Quelques figures s’en dégagent : le dieu de la Mort, les dieux des Jours du calendrier, l’omniprésent dieu de la Pluie, nommé ici Chac, et, plus tard, le Quetzalcóatl des peuples du Nord, qui arrive en zone maya sous le nom de Kukulkán.

L’histoire des peuples mayas, comme de ceux des hauts plateaux, nous est connue par les témoignages de leur art, par ce qu’ils ont écrit ou gravé dans la pierre ou le stuc, mais aussi par leurs livres, dont bien peu nous sont parvenus après le grand autodafé qu’en ordonna l’évêque Diego de Landa. Comme toutes les autres civilisations de l’époque classique, celle des Mayas, qui avait de multiples centres, dont certains non encore restitués par la jungle, devait connaître un déclin brutal vers l’an 900. Nous ignorons encore quelle en lut l’origine : épidémie, invasion, conditions économiques particulières, peut-être rébellion d’une paysannerie accablée sous les charges que lui imposait un gouvernement trop aristocratique. Il est possible que les élites aient émigré, allant vers l’est chercher une nouvelle fortune. Quant au petit peuple, rendu à sa vie relativement difficile, il ne viendra plus dans les temples jadis somptueux que pour poursuivre son humble culte. Les Lacandons, tribu maya qui vit encore d’une vie « sauvage » dans l’État actuel de Chiapas, illustrent peut-être ce retour à la forêt des bâtisseurs de Palenque ou de Bonampak. Ils ont oublié leur histoire, ne lisent plus leur calendrier, mais la fumée de leurs encensoirs, où figure un dieu à grand nez, s’élève sans doute vers les mêmes divinités...

Cependant, les Mayas, émergeant de cette sorte de « Moyen Âge », devaient connaître une renaissance étonnante à l’époque postclassique, quand des éléments toltèques parvinrent au Yucatán. Nous avons vu Quetzalcóatl quitter sa Tula légendaire et partir vers l’est. Au Yucatán, il va redonner vie à Chichén Itzá, fonder Uxmal, etc. Sur le plan artistique, nous assistons à une véritable renaissance, à la création d’un nouveau style, où se mélangent et s’harmonisent des éléments toltèques et des éléments traditionnellement mayas. L’architecture n’est plus fondée sur les hautes pyramides gravies par un escalier escarpé, trait d’union entre l’homme et la divinité. Elle s’agrandit, s’ouvre. Les mille colonnes du temple des guerriers de Chichén Itzá déterminent (comme à Tula) un vaste espace et une nouvelle conception des rapports avec : le divin. Les façades deviennent plus géométriques et s’ornent d’une floraison de motifs où revient souvent la trompe de Chac, le dieu de la Pluie. Les cultes se démocratisent, mais deviennent sanglants, et la rivalité entre cités se réveille. L’histoire n’est plus alors qu’une longue lutte entre petites suzerainetés, une série de guerres et d’alliances qui se termine par la fondation de la ligue de Mayapán et son échec. Dès 1461, la puissance maya est morte, si la nation maya ne l’est pas. Les Espagnols ne trouveront en face d’eux aucune force organisée, mais, par contre, un peuple extrêmement rebelle à toute influence étrangère.


L’Amérique centrale

Plus au sud, l’Amérique centrale (Guatemala, Honduras, Nicaragua, Salvador, Costa Rica et Panama) a le grand intérêt historique de présenter une zone de passage où, selon une répartition encore incomplètement précisée, se mêlent les influences : celle de la Méso-Amérique au nord, celle des civilisations andines remontant du sud, auxquelles il faut ajouter l’influence de certains noyaux incontestablement d’origine uto-aztèque, mais émigrés dès le xiie s., comme les Pipils de la côte pacifique du Guatemala. L’archéologie de cette zone est presque débutante, mais dès maintenant apparaissent certains caractères communs à ses différents peuples : il s’agit d’agriculteurs qui cultivent sur brûlis, comme leurs voisins du Nord, les haricots, les courges, les piments, le cacao, mais aussi le manioc, la patate douce, le coton et le tabac. Ils sont sédentaires et vivent, apparemment, en villages, sous l’autorité d’un cacique. La société devait être assez hiérarchisée et spécialisée pour permettre aux artisans de se livrer à leur art : la céramique compte parmi les plus belles d’Amérique, et le travail de l’or ou des pierres dures atteint la perfection.