Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Amérique latine (suite)

Le travail réalisé par les organismes de financement du marché commun est spectaculaire. La Banque d’intégration, fondée en 1960, siège à Tegucigalpa. Elle finance les projets qui contribuent au développement équilibré du marché commun. Depuis 1961, elle a prêté 50 millions de dollars au fonds d’intégration et à des industries nouvelles, 10 millions à la réalisation de logements populaires. Le Fonds d’intégration depuis 1965 finance les projets d’infrastructure (transport, industrie, agriculture et colonisation). La Chambre de compensation, fondée en 1961, a réussi en partie à remplacer l’usage du dollar par celui des monnaies nationales, dont elle assure la stabilité et la convertibilité. Un effort tout spécial a été apporté à la promotion industrielle par le traité sur le régime d’industries d’intégration signé, en 1958, à Tegucigalpa. Ces industries bénéficient de prêts spéciaux et sont protégées par des tarifs douaniers artificiellement élevés qui leur assurent le monopole de la production.

Un bilan positif, mais limité

L’activité économique, mesurée par le P. I. B., s’est accrue de 6 p. 100 par an, soit de 2,8 p. 100 par tête (compte tenu de l’accroissement démographique). La progression est due au gonflement des exportations intrazonales traditionnelles. Si le développement du commerce a stimulé le développement industriel, le déséquilibre de la balance des paiements s’accroît en raison de la supériorité des importations et de la dette extérieure. Aussi le marché commun risque-t-il de s’étouffer dans ses propres limites, trop étroites, faute d’avoir pu retenir l’épargne privée et créer des entreprises industrielles de grande envergure.

C. B.

M. R.

 J. Beaujeu-Garnier, l’Économie de l’Amérique latine (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1949 ; 6e éd., 1970). / J. Gottmann, l’Amérique (Hachette, 1949 ; 3e éd., 1960). / J. L. Tamayo, Geografia de América (Mexico, 1952). / O. Schmieder, Die neue Welt, t. I : Mittel- und Südamerika (Heidelberg, Munich, 1962). / P. Cunill, l’Amérique andine (P. U. F., coll. « Magellan », 1966). / M. Rochefort, Géographie de l’Amérique du Sud (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1966, 2e éd., 1969). / P. Léon, Économie et sociétés de l’Amérique latine (Sedes, 1969). / D. C. Lambert et J. M. Martin, Amérique latine. Économie et sociétés (A. Colin, coll. « U », 1971).


Les littératures de langue espagnole et de langue portugaise de l’Amérique latine

V. Brésil et hispano-américaines (littératures).


Les arts de l’Amérique latine

V. Amérique précolombienne, Argentine, baroque, Bolivie, Brésil, Buenos Aires, Caracas, Colombie, Cuba, Cuzco, Équateur, Guatemala, Lima, Mexico, Mexique, Ouro Prêto, Recife, Salvador.


La musique de l’Amérique latine

La musique de l’Amérique latine ne peut être comprise que si l’on tient compte des couches ethniques successives, dont l’apport inégal donne un caractère particulier à chaque pays du continent.


Les différents apports

Il y a d’abord le fonds autochtone précolombien, qui était loin d’être uniforme. L’Empire mexicain dominait au nord diverses populations indigènes, qui exercèrent à leur tour une forte influence culturelle sur le peuple conquérant. Le rayonnement des Aztèques s’étendit jusqu’à la partie nord de l’Amérique centrale, là où commençait l’influence de l’autre grand empire, celui des Incas du Pérou, dont la domination atteignait le Chili ainsi que la région centre et ouest de l’Argentine. Chaque culture possédait, bien entendu, ses instruments propres, mais toutes les deux se rattachent, d’une manière générale, à ce que Curt Sachs a dénommé la musique de l’océan Pacifique. En effet, les instruments à vent (flûtes droites ou flûtes de Pan, trompettes) et à percussion (tambours à membrane et tambours de bois, idiophones) sont assez nombreux et variés, mais les cordophones y font défaut, et les systèmes musicaux — d’après ce que les survivances nous permettent d’apprécier — ne sont pas diatoniques, mais pentatoniques, et dépourvus d’intervalles plus petits que le ton entier. (Certains musicologues contemporains ont prétendu que ces musiques utilisaient des intervalles chromatiques, mais rien n’est moins sûr : le diatonisme, lorsqu’il existe, provient de l’influence européenne, espagnole en premier lieu.) En dehors de ces deux foyers de culture musicale, les aborigènes n’ont rien de très intéressant à offrir au musicien, saut, peut-être, d’anciens vestiges de manifestations antérieures aux Incas (mélodies sur les trois notes de l’accord parfait majeur, en Bolivie et au nord de l’Argentine), et aussi quelques curieuses pratiques sonores des aborigènes du Brésil, dont Villa-Lobos, par exemple, a su tirer parti.

Sur ce fonds premier, l’influence de la musique espagnole est venue établir la première floraison artistique américaine ; elle non plus ne s’est pas exercée de façon identique sur tout le continent. Les contrées les plus peuplées et les plus riches ont vu se succéder et se superposer les deux cultures ; les cathédrales espagnoles ont pris l’emplacement des temples anciens, et les chapelles ont remplacé à partir du xvie s. les collèges de musiciens et de danseurs païens. Certains pays ont développé une activité musicale jusqu’alors inconnue, tel le Paraguay, où les jésuites apprirent aux Indiens à construire et à jouer toute sorte d’instruments européens, et où la harpe est restée jusqu’à nos jours un instrument populaire et doué de caractéristiques spéciales. D’autres régions (le Río de La Plata, le Chili) n’ont pas tiré de grands avantages du point de vue artistique : c’étaient des régions pauvres, et dont les autochtones comptaient parmi les plus arriérés du continent. Ils sont loin d’offrir la richesse architecturale et musicale du Pérou, du Mexique ou de l’Amérique centrale.

L’introduction des esclaves noirs eut pour conséquence l’apparition d’un élément nouveau dans la musique des colonies espagnoles ; il va sans dire que cette nouvelle couche ne se répandit pas non plus de façon homogène : elle a donné une couleur spéciale à la musique des Antilles et à celle du Brésil ; ailleurs, elle a légèrement teinté certaines manifestations musicales (au Venezuela, par exemple), et elle a été aussi l’un des éléments constitutifs du tango argentin, une des danses américaines qui ont conquis le monde au commencement du xxe s.