Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Grenade (suite)

Grenade sous les Almoravides

La ville passe alors sous le contrôle des Almoravides*, qui vont présider à sa destinée de 1090 à 1156. Cette période est marquée par des troubles et des guerres inaugurées par la mort de Yūsuf ibn Tāchifīn en 1106. À partir de Marrakech, les souverains almoravides contrôlent mal la ville de Grenade et parviennent difficilement à soutenir les guerres répétées contre les princes chrétiens. Aussi sont-ils amenés à changer fréquemment les gouverneurs de Grenade et à renforcer la défense de la ville. Pour s’assurer la fidélité des gouverneurs, ils les choisissent de plus en plus parmi les membres de leur propre famille. C’est ainsi qu’‘Alī ibn Yūsuf désigne tour à tour son cousin Mazdalī ibn Sulankān, son neveu Abū ‘Umar Īnālū et même ses deux fils Abū Ḥafṣ ‘Umar et Tāchfīn. Ces gouverneurs, s’ils ne sont pas destitués, terminent tragiquement leur carrière. Tel est le cas de Mazdalī, qui, après avoir remporté en 1113 et en 1114 diverses victoires contre les princes chrétiens, est battu et tué en mars 1115. Tel est également le cas d’‘Alī ibn Abī Bakr, autre neveu d’‘Alī ibn Yūsuf, qui trouve la mort au cours du soulèvement dirigé par Ibn Aḍḥā.

Celui-ci s’empare de Grenade et la remet à Sayf al-Dawla (Zafadola), dernier descendant des Banū Hūd de Saragosse, soumis au prince chrétien Alphonse VII. Mais, aidés par la population, les Almoravides parviennent à libérer la ville et à contrôler la situation. Il n’en reste pas moins qu’ils sortent épuisés de ces guerres sans répit. Au demeurant, coupés du Maghreb depuis 1148, se sentant isolés en Espagne, ils écrivent à Marrakech pour demander la paix à leurs adversaires almohades et leur offrir la reddition de Grenade. En 1156, les Almohades occupent sans coup férir la ville, qui restera jusqu’en 1232 sous la domination de cette dynastie.


Grenade sous les Almohades

Sous les Almohades*, Grenade connaît les mêmes difficultés que sous les Almoravides. Les gouverneurs almohades doivent, eux aussi, soutenir des guerres contre les princes musulmans et chrétiens. Le premier de ces gouverneurs s’engage dans une lutte contre les Castillans et parvient même à leur enlever pour un temps la ville d’Almería. Grenade ne connaît de répit qu’en 1157, à la suite de la mort d’Alphonse VII, roi de Castille et de León, et champion des croisades. Mais, en 1162, la ville est assaillie par surprise par Ibn Hamuchk, qui, agissant de connivence avec les juifs et les mozarabes grenadins, est soutenu par Ibn Mardanīch et des mercenaires chrétiens.

Abū Sa‘īd ‘Uthmān, gouverneur de Grenade, se trouvant alors à Marrakech, rentre très vite en Espagne en vue de sauver la situation. Vaincu à 4 milles de la ville, il s’enfuit à Málaga. Le souverain almohade ‘Abd al-Mu’min dépêche alors une armée d’élite qui parvient à libérer Grenade et à soumettre sa population. En 1168, le gouverneur almohade bat un détachement de mercenaires chrétiens au service d’Ibn Mardanīch.

Ces victoires renforcent la position des Almohades à Grenade. En 1172, le calife Abū Ya‘qūb Yūsuf confie le gouvernement de la ville à son frère Abū Sa‘īd ‘Uthmān. Sous ce gouvernement, comme sous ses successeurs, Grenade connaît une période de calme avant de tomber sous Ibn Hūd, qui soulève les musulmans d’Espagne contre les Almohades.

Devenu maître de toute l’Andalousie, Ibn Hūd reçoit à Grenade, en 1232, l’ambassadeur du calife ‘abbāsside venu l’investir du titre d’émir al-Andalus. Mais, cinq ans plus tard, il est assassiné par Ibn al-Aḥmar, qui occupe Grenade en 1238 et y constitue la dynastie des Naṣrides.


Grenade sous les Naṣrides

Le premier souci du nouveau maître de Grenade est d’assurer la défense de la ville en la fortifiant. En 1242, à la mort du calife almohade al-Rachīd, Ibn al-Aḥmar reconnaît l’émir ḥafṣide de Tunis, Abū Zakariyyā’, qui l’assure de son soutien financier pour défendre le royaume de Grenade contre les chrétiens. Les Naṣrides, désormais, s’useront dans la lutte contre les princes chrétiens.

Le royaume de Grenade reste, en effet, après la chute de Cordoue (1236), de Valence (1238) et de Séville (1248), le seul survivant de la puissance musulmane en Europe. En dépit de cet isolement, il survit, à force d’adresse et de diplomatie, jusqu’en 1492, date de son occupation par les chrétiens. Durant ces deux siècles, la civilisation musulmane atteint pourtant à Grenade des merveilles de raffinement se manifestant dans la musique, la littérature et surtout l’architecture.

M. A.

➙ Almohades / Almoravides / Andalousie / Espagne.


Grenade ville d’art


L’art islamique

Il reste peu de vestiges des premières constructions islamiques à Grenade : la puissante enceinte du xie s., avec ses tours barlongues ou demi-circulaires, ses deux portes et son arc enjambant la rivière (pont du Cadi), la citerne du palais zīride, un bain (le Bañuelo), parfaite illustration du ḥammām hispano-mauresque hérité de l’Antiquité, et quelques fragments recueillis par les archéologues.

Sans l’Alhambra et le Généralife, nous ne connaîtrions guère mieux la Grenade naṣride, si ce n’est par les textes. Il faut chercher dans les églises les traces, souvent peu perceptibles, de ses mosquées (église San Salvador ou clocher de l’église San Juan de los Reyes, ancien minaret indigent d’un oratoire de quartier, du xiiie s.). On ne conserve de la madrasa de 1349 que la salle de prière, au reste défigurée, et de l’hôpital que son plan. L’Ermita de San Sebastián (xve s.) est le seul témoin des monuments funéraires. Des bains publics multiples, un seul subsiste (dans la calle Reale) ; des fondouks (hôtellerie-bazar), prototypes de ceux de Fès, il ne reste que celui du Corral del Carbón, au plan très pur, aux belles proportions et au sobre décor de plâtre sculpté. Cinq fragments de maisons plus ou moins remaniées (Casa de los Girones, xiiie s.) montrent, par leur structure, leur décor riche et luxueux, un reflet fidèle de l’art de la cour.