Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

greffe (suite)

Immunologie des greffes

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les homogreffes et les transplantations sont devenues fréquentes. L’existence de réactions immunologiques entre receveur et greffon pose des problèmes difficiles. On peut rechercher parmi les donneurs éventuels ceux qui se rapprochent le plus du receveur sur le plan immunologique ; il faut également réduire les réactions de l’hôte contre le greffon par les traitements immunosuppresseurs.


Rejet des greffes

Le rejet des greffes cutanées est l’exemple le plus simple démontrant l’incompatibilité entre un organisme et des tissus étrangers. Le mécanisme de ce rejet est lié à la fabrication d’anticorps « antigreffon » par le receveur et à l’action nocive de ces anticorps sur le tissu étranger. Cette réaction immunologique peut être accélérée, retardée ou inhibée par les techniques expérimentales qui accélèrent, ralentissent ou bloquent la synthèse des anticorps.


Tolérance immunitaire

Elle est caractérisée par l’absence de réaction immunologique en présence d’un antigène. Elle existe normalement chez le fœtus et le nouveau-né. La possibilité de créer chez l’adulte un tel état impliquerait de grands espoirs pour l’avenir des greffes et des transplantations. En pratique, on peut induire un état de tolérance immunitaire en détruisant ou en inhibant le système immunitaire du sujet par trois moyens différents : les immunodépresseurs (substances analogues aux anticancéreux), le sérum antilymphocytaire, l’irradiation du système lymphoïde (rayons X).


Mécanisme du rejet des greffes

L’homogreffe constitue une mosaïque antigénique. Les antigènes sont contenues dans les cellules et dans leurs noyaux. Ils sont spécifiques de l’individu et non du tissu ou de l’espèce. Les phénomènes de rejet sont liés à des phénomènes cellulaires et également à la production d’anticorps circulants.

• Rôle des lymphocytes. Le rôle essentiel peut être attribué aux phénomènes cellulaires : au niveau d’une greffe en cours de rejet, il existe un infiltrant de cellules lymphocytaires et des lésions de nécrose tissulaire (de destruction) du greffon.

Si l’on place dans la cavité péritonéale d’un animal receveur une homogreffe enfermée dans une chambre millipore, cette homogreffe est tolérée et reste intacte. Les anticorps peuvent traverser la membrane millipore, pas les lymphocytes du receveur immunisé. Ceux-ci ont le rôle majeur, puisque, s’ils sont introduits à l’intérieur de la chambre millipore, la greffe est détruite.

On peut transmettre une sensibilisation à un greffon par passage de lymphocytes ou d’extraits lymphocytaires provenant d’un sujet sensibilisé, mais jamais par injection de sérum de ce sujet.

Le rôle des cellules lymphoïdes dans le rejet des greffes est encore démontré par l’hypertrophie des ganglions lymphatiques. Le temps de latence séparant la greffe des premières manifestations du rejet traduit le délai nécessaire à l’arrivée du matériel antigénique de la greffe aux centres lymphoïdes par les voies lymphatiques drainant la région intéressée.

• Rôle des anticorps. Il existe également des réactions humorales. Au cours des phénomènes de rejet apparaissent également des anticorps circulants. Ceux-ci ont un rôle dans le rejet, probablement par l’intermédiaire du rôle nocif des complexes antigène-anticorps circulants. Mais ils peuvent, dans certaines conditions, faciliter la prise de la greffe : normalement, le rejet de la greffe est lié à la fixation de « lymphocytes tueurs » sur ses sites antigéniques. Si, avant la greffe, un antigène identique à celle-ci a été injecté par voie veineuse, il apparaît des anticorps qui se fixent plus tard sur les sites antigéniques de la greffe et empêchent ainsi les « lymphocytes tueurs » de détruire le greffon. On peut envisager de préparer le receveur en lui injectant des doses faibles d’antigènes du donneur avant la greffe.

La réaction du greffon contre l’hôte est un phénomène particulier à la greffe de cellules hématopoïétiques (greffe de moelle osseuse) chez les sujets ayant une aplasie médullaire (par maladie ou après irradiation accidentelle ou thérapeutique). Il se produit une réaction immunologique traduisant l’élaboration, par les cellules du donneur, d’anticorps dirigés contre les antigènes du receveur. Ce conflit est responsable de la « maladie secondaire ».


Greffe et histocompatibilité

Le rejet de l’homogreffe correspond donc à la réponse de l’hôte contre des antigènes présents dans la greffe et absents de ses tissus. Ces antigènes sont les antigènes d’histocompatibilité. L’idéal serait l’établissement d’une carte antigénique. Mais il est possible de se contenter de respecter la compatibilité vis-à-vis des antigènes les plus puissamment antigéniques.

Il est facile d’étudier les antigènes des globules rouges définissant les groupes sanguins, mais il faut pousser cette étude au-delà des systèmes ABO et Rh. Les antigènes tissulaires leucocytaires sont les antigènes de transplantation les plus forts. Présents sur tous les tissus de l’organisme, il faut les respecter impérativement.

D’autres antigènes ne peuvent être étudiés que de manière indirecte.

On ne peut observer sur un receveur éventuel la durée de greffes cutanées provenant de différents donneurs possibles. On utilise un sujet intermédiaire. Celui-ci reçoit donc une greffe cutanée provenant du receveur. Cette greffe est rejetée, mais a immunisé le « troisième homme » intermédiaire contre les antigènes d’histocompatibilité du malade à greffer (receveur). Deux semaines plus tard, on fait à l’intermédiaire trois greffes venant de donneurs différents. La greffe rejetée la première correspond au donneur le plus proche immunologiquement du receveur, puisqu’il partage avec lui des antigènes d’histocompatibilité qui ont préimmunisé le sujet intermédiaire.

On peut étudier également l’intensité de la réaction déclenchée chez le donneur par l’injection de lymphocytes du receveur. Moins cette réaction est intense, plus la compatibilité est grande. On peut aussi juger l’importance du conflit donneur-receveur en injectant leurs lymphocytes à un hamster irradié qui n’a plus de réactions immunologiques personnelles.

L’étude de la culture des lymphocytes du receveur en présence de ceux du donneur est intéressante. Les lymphocytes cultivés se dédifférencient en lymphoblastes (ils reprennent des formes plus jeunes). Cette transformation lymphoblastique est d’autant plus grande que l’incompatibilité est plus importante.