Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Grèce (suite)

À côté de la grande plastique, les arts du métal occupent une grande place dans l’art archaïque. Les bronziers ioniens et péloponnésiens rivalisent pour produire des vases dont la forme est d’une grande hardiesse technique et qui, à l’origine, sont décorés de têtes de griffon, de sphinx ou de taureau. Le décor va en s’enrichissant, comme en témoigne vers 525 le célèbre cratère de Vix (musée de Châtillon-sur-Seine). Les très nombreuses statuettes de bronze qui étaient indépendantes ou qui pouvaient être un élément d’un miroir ou d’un autre objet suivent avec plus de liberté et de fantaisie révolution de la grande sculpture. Le sanctuaire d’Olympie*, notamment, a rendu d’admirables satyres et banqueteurs archaïques.

La monnaie, pour sa part, apparaît en Lydie vers 650-630 et se répand en Grèce à partir de 600. Les graveurs créent d’emblée des chefs-d’œuvre inégalés en utilisant des motifs et un relief parfaitement adaptés au cadre limité dont ils disposent.


Architecture : apparition des ordres

L’architecture est de beaucoup l’art le plus dépendant des traditions grecques. Le sanctuaire — car c’est surtout d’architecture religieuse qu’il s’agit — se développe en des lieux consacrés par la légende et par des siècles de piété. La demeure du dieu présente des analogies avec le mégaron mycénien, auquel les exigences du culte font parfois ajouter des éléments nouveaux, comme le mystérieux adyton (lieu où il est interdit de pénétrer), dans lequel la Pythie prophétisait à Delphes. À l’extérieur du temple, le plus souvent face à l’entrée principale, à l’est, s’élève l’autel, où le prêtre sacrifiait bœufs et autres victimes. Tout autour, au moins dans les sanctuaires panhelléniques, se dressaient des portiques, grandes salles ouvertes sur un des longs côtés, et des trésors, petites chapelles dédiées par une cité qui y rassemblait des offrandes.

Au viie s., désireux peut-être de rivaliser avec les imposants temples orientaux et égyptiens, et plus sûrs de leurs techniques, les Grecs commencent à édifier de grands temples. Les colonnes, qui, jusque-là, étaient disposées à l’intérieur du temple et servaient à soutenir le toit, enveloppent désormais le bâtiment ; jusque-là en bois, elles sont taillées dans la pierre. Les murs sont, dorénavant, faits de beaux moellons réguliers, et les maçons mettent leur orgueil à sculpter véritablement les blocs des murs (v. appareil) : le mur polygonal, élevé à Delphes après 548 pour soutenir la terrasse du temple, dessine par l’assemblage de ses pierres aux lignes courbes une composition aussi harmonieuse que puissante. Enfin, le temple s’habille d’un décor somptueux, en terre cuite, puis en pierre ou en marbre. Vers la fin du siècle se constituent les deux ordres* entre lesquels vont se répartir les temples grecs. L’ordre ionique, qui règne dans les très grands temples d’Artémis à Éphèse, d’Héra à Samos, dans l’Olympieion inachevé d’Athènes, mais que l’on trouve aussi à Marseille, colonie de Phocée, est élancé, élégant. La colonne, aux cannelures profondes, est posée sur une base. Le chapiteau, encadré de deux volutes, est bien caractéristique. L’architrave, poutre de bois ou de pierre qui rétablit un mur continu au-dessus de la colonnade, est surmontée d’une frise, bandeau continu souvent sculpté. L’ordre ionique aime à souligner les articulations du bâtiment par des moulures très élégantes, ornées d’oves, de perles et pirouettes ou de motifs floraux. Par opposition, l’ordre dorique, que l’on trouve au temple d’Héra à Olympie, au premier temple d’Apollon à Delphes, au temple d’Apollon à Corinthe et aux temples d’Agrigente, de Sélinonte et de Paestum*, en Italie et en Sicile, est plus trapu, plus dépouillé, plus rigoureux aussi. La colonne, aux cannelures moins nombreuses et moins profondes, ne comporte pas de base. Le chapiteau, composé d’un coussinet et d’une abaque rectangulaire, est strictement fonctionnel. La frise est faite d’une alternance de triglyphes (blocs décorés de trois rainures verticales) et de métopes (plaques rectangulaires insérées entre les triglyphes et portant un décor peint ou en relief). Dans les deux ordres, le fronton peut être orné de reliefs, comme le fronton à la Gorgone de Corfou, ou de statues en pied, comme sur un des frontons d’Athènes où est représenté le combat entre les Dieux et les Géants. Rien n’illustre mieux l’opposition des deux ordres que les frises de deux monuments de Delphes. Vers 560, le tyran de Sicyone fit construire un petit bâtiment d’ordre dorique. Un épisode d’un mythe était sculpté sur chaque métope : ainsi Europe sur le dos du taureau en qui Zeus s’était métamorphosé ou le sanglier de Calydon attaqué par les chiens et faisant front ; les chasseurs étaient sur les métopes de part et d’autre. Le récit est donc morcelé en une série de petits tableaux. Le trésor ionique que les Siphniens dédièrent à Apollon en 526-552 est particulièrement bien conservé. La frise est décrit un épisode de la guerre de Troie. Elle comprend deux scènes justaposées : l’assemblée des dieux au sommet de l’Olympe, dans laquelle les dieux alliés des Troyens sont tournés vers la droite, le côté favorable, et le combat sur terre, dans la plaine de Troie, où les Troyens l’emportent. Le récit atteint ici à une plus grande ampleur.


L’art classique


L’épanouissement de l’architecture

L’itinéraire qui conduit des vastes temples doriques de la Sicile et de la Grèce d’Occident archaïques au Parthénon comprend deux étapes encore : celles que marquent le temple d’Athéna Aphaia à Égine, dont les colonnes, plus légères, plus élancées, et les proportions, plus équilibrées (le nombre des colonnes est ramené à 12 dans la longueur contre 15 ou même 17 au vie s.), annoncent déjà un canon nouveau, et surtout le temple de Zeus à Olympie. C’est dans cet édifice que se manifeste pour la première fois la recherche d’un volume intérieur et que l’architecte et le sculpteur s’efforcent d’obtenir des effets esthétiques en conjuguant les pierres de diverses sortes. C’est à Olympie aussi que des lignes, droites jusqu’alors, semblent avoir été incurvées pour le plaisir de l’œil. De subtiles corrections dans le stylobate et l’implantation des colonnes visaient, en effet, à atténuer la sécheresse d’une construction jugée trop géométrique.