Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Grèce (suite)

 A. Meillet, Aperçu d’une histoire de la langue grecque (Hachette, 1930). / A. Mirambel, Grammaire du grec moderne (Klincksieck, 1950) ; la Littérature grecque moderne (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1953 ; 2e éd., 1965). / B. Knös, Histoire de la littérature néo-grecque (Stockholm, 1962). / Jeune Littérature grecque, numéro spécial des Lettres nouvelles (Denoël, 1969).


L’art de la Grèce moderne

Pour donner un aperçu général de l’art néo-hellénique, il convient de remonter jusqu’à l’art byzantin*. Autour du xe s., quand l’hellénisation de l’Empire byzantin se confirme, et surtout pendant la période des Paléologues (xiii-xve s.), le territoire de l’Hellade est choisi pour la fondation de monastères et autres agglomérations fortifiées, qui constituent les foyers d’une culture et d’un art de plus en plus helléniques. Il faut citer parmi bien d’autres couvents celui de Saint-Luc (xe-xie s.), en Phocide, celui de Dhafní (Daphni) [xie-xive s.], près d’Athènes, l’ensemble de Mystrás (Mistra), au Péloponnèse, et surtout le mont Athos* (xe-xive s.), qui sauvegarde le patrimoine byzantin jusqu’à nos jours.

Après la chute de l’Empire, ces monastères préservent l’art byzantin et jouent un rôle important pour la survie de la culture et de la langue helléniques. Pendant la longue période du joug turc, l’art évolue très lentement. Étant donné que le nouveau rôle de l’Église orthodoxe, sous l’occupation turque, est celui de « conservateur » de toutes les valeurs byzantines et helléniques, il reflète également cette position fondamentale.

Vers la fin du xvie s., dans la Crète sous domination vénitienne, l’iconographie se développe, et une nouvelle école se forme. Parmi les peintres de cette école crétoise, beaucoup voyagent, vont travailler dans les monastères et les églises orthodoxes, et là, en suivant les règles de la tradition byzantine, ils ne manquent pas d’apporter un certain renouveau, tant dans l’expression picturale que dans la technique. C’est au sein de cette école que Dhomínikos Theotokópoulos (le Greco*) a pris ses premières leçons de peinture. En 1669, fuyant l’invasion turque, les peintres crétois quittent leur île, et plusieurs s’installent dans les îles Ioniennes, qui sont sous l’hégémonie vénitienne. Le voisinage avec l’Italie, son art et sa culture fait que la peinture se détache progressivement de la tradition byzantine, et, vers le xviiie s., se forme ce qu’on a appelé l’école ionienne, qui adopte les valeurs occidentales.

C’est après la révolution de 1821 contre les Turcs et la restauration de l’État grec que commence vraiment l’aventure de l’art néo-hellénique. Mais déjà les deux pôles d’attraction qui marqueront l’évolution de l’art grec sont présents : d’un côté, le besoin impératif de « conserver » toutes les valeurs helléniques du passé ; de l’autre, la nécessité de participer aux évolutions historiques de l’Occident, en réaction contre les attirances orientales qui s’exercent sur la Grèce du fait de sa position géographique.

Après l’installation des rois d’origine bavaroise, suivis de leurs cours et leurs conseillers techniques et artistiques, de profondes transformations se font jour. À Athènes, des édifices publiques (Académie, Université...) sont édifiés dans un style néo-classique, par des architectes et des ingénieurs souvent bavarois. Des artistes grecs vont faire leurs études à Munich, puis ils retournent dans leur pays pour travailler et enseigner. On peut citer les peintres Nikifóros Lýtras (1832-1904), Nikhólaos Gýzis (1842-1901), Konstandínos Volanákis (ou Volonakis, 1837-1907) et Gheórghios Iakovídhis (1858-1932), les sculpteurs Leonídhas Dhróssis (1836-1882), Gheórghios Vitális (1840-1901), Gheórghios Vroútos (1843-1909). Dhimítrios Filippótis (1839-1919) et Ghiannoúlis Khalepás (ou Halepás, 1854-1938).

À côté de cet art officiel marqué par l’académisme (dont un Khalepás se dégage à la fin de sa vie), toute l’expression de type byzantin ou oriental se réfugie dans l’art populaire. Deux peintres sortent de l’anonymat de celui-ci : Panaghiótis Zográfos, que le général I. Makryghiánnis avait engagé pour illustrer ses Mémoires, de 1836 à 1839, et Theófilos (1866-1934), figure originale d’artiste errant. L’art grec ne participe aux évolutions de la fin du xixe s. et du début du xxe que par l’intermédiaire de Munich, passant ainsi de l’art académique à un certain impressionnisme.

C’est plus tard qu’un lien s’établit entre Athènes et Paris, grâce à des peintres comme K. Maléas (1879-1928), O. Fokás (1865-1946) et surtout K. Parthénis (1878-1967), qui a enseigné à l’École des beaux-arts d’Athènes. En sculpture. K. Dhimitriádhis (ou Dimitriadès, 1881-1943), également professeur aux Beaux-Arts, pratique un modelé de Rodin. Une période de renouveau commence. Les artistes se débarrassent de l’influence de Munich, et, après bien des luttes face aux artistes académiques et à un public mal renseigné, l’art grec demeure ouvert aux courants venant de France. Les peintres G. Bouziánis (1885-1959), S. Papaloukás (1892-1957), G. Ghounarópoulos (né en 1890), N. Ghíkas (né en 1906), N. Engonópoulos (né en 1910), le sculpteur M. Tómbros (né en 1889) sont parmi ceux qui ont ouvert l’art grec aux tendances avancées. Le travail théorique de l’historien d’art Christian Zervós (1889-1970) a aidé plusieurs artistes grecs à se situer en face des problèmes plastiques nouveaux.

À cette époque, l’art du passé ainsi que toutes les formes primitives et populaires de l’art sont approchés et étudiés sous un nouvel éclairage scientifique. Plusieurs artistes pratiquent le « retour aux sources » et s’inspirent du passé grec, byzantin et populaire : ainsi les peintres F. Kóndoghlou (1897-1965), G. Tsaroúkhis (né en 1909), D. Dhiamandápoulos (né en 1909), S. Vassilíou (né en 1902) et l’architecte D. Pikiónis (1887-1967).

Si les influences occidentales n’ont pas trouvé un terrain fécond pour germer et s’épanouir en Grèce, cela est dû, mis à part l’éloignement géographique, aux conditions économiques et sociales du pays, avec toutes leurs conséquences culturelles. Alors que l’industrialisation et la technologie avaient causé des bouleversements profonds aux structures de la civilisation occidentale, l’économie de la Grèce restait fondée sur l’agriculture et le commerce. D’autre part, les vestiges de l’Antiquité et de Byzance ainsi que le climat méditerranéen ont porté la sensibilité des Grecs vers une certaine nostalgie traditionaliste.