Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

Grèce (suite)

Quelles qu’en soient les modalités, l’évolution de toute la Vieille Grèce est directement commandée par la croissance incontrôlée d’Athènes*. La capitale, peuplée de villageois et de citadins venus de tout l’État, a depuis longtemps débordé son site primitif, qui associe le rocher de l’Acropole (lieu de culte, position défensive) et le versant de Pláka (carrefour d’artisanat et de commerce) ; grandie à l’écart du littoral, mais fonctionnellement associée au port du Pirée, la ville s’est étalée dans toute la plaine d’Attique, dont elle a absorbé les anciens villages agricoles. Sa première crise de croissance a été provoquée par l’installation des réfugiés grecs de Turquie ; la seconde, liée à l’exode rural, a commencé à la fin de la Seconde Guerre mondiale et n’est pas terminée. L’espace bâti de l’agglomération déborde vers Éleusis et Salamine à l’ouest, vers la Mésogée et le long du littoral à l’est. Au-delà de ce périmètre, l’essaimage des entrepôts et des usines ainsi que l’intensification des flux migratoires quotidiens esquissent une vaste région urbaine qui s’appuie à la périphérie sur plusieurs villes satellisées : Lávrion, Thèbes, Khálkis, Corinthe. Cette incorporation d’une partie de la Vieille Grèce à l’espace athénien immédiat témoigne du dynamisme de cette agglomération, qui est à la fois le principal centre de production et le premier foyer de consommation de Grèce ; sa puissance est multipliée par le fait que s’y trouvent réunis, au point de contact avec le monde extérieur (Marché commun européen, aide américaine et internationale), tous les organismes de gestion et de décision d’un État fortement centralisé. Mais son énorme croissance fait ressortir les effets négatifs que ce complexe dominateur exerce sur l’ensemble de l’État et de l’économie grecs ; l’espace utile se contracte, les secteurs périphériques s’étiolent, et l’hypertrophie du centre réduit les possibilités d’un développement équilibré sur l’ensemble du territoire ; dans un tel contexte, la promotion administrative de Kavála, de Thessalonique, de Ioánnina, de Lárissa, de Patras et d’Iráklion au rang de capitales régionales ne peut suffire à empêcher que la Grèce entière ne devienne une vaste banlieue d’Athènes.


Le développement économique

La lente élévation des indices de production et du revenu moyen par habitant (920 dollars) suffit à classer la Grèce parmi les quelques pays pauvres dont le développement est en marche. Pourtant le plein emploi n’est pas assuré, et de redoutables faiblesses apparaissent à travers l’examen sectoriel de l’économie.

Près de la moitié de la population active (3 800 000 personnes au total) est employée dans l’agriculture, contre un demi-million dans les industries manufacturières et plus d’un million dans les services, les transports, etc. Mais la production agricole ne représente que le cinquième du produit intérieur brut : son accroissement, rapide au cours des années 50, s’est ensuite ralenti ; la mécanisation, la diffusion des techniques nouvelles, l’irrigation même de plus d’un demi-million d’hectares ne peuvent compenser l’obstacle créé par la fragmentation d’exploitations dont la surface moyenne est de 4 ha. Cependant, la composition de la production agricole a évolué, faisant plus de place aux espèces destinées aux marchés extérieurs ou capables de réduire les importations. Les cultures méditerranéennes classiques, blé, olivier et vigne, gardent beaucoup d’importance. Le prix élevé du blé fait que celui-ci reste cultivé, malgré la médiocrité des conditions naturelles, sur plus de 1 200 000 ha, dont plus de la moitié en Grèce du Nord, qui assure l’essentiel de la récolte. Le vieillissement de l’olivaie retient la production d’huile au voisinage de 200 000 t par an ; la viticulture souffre de l’étroitesse du marché : la production de raisins secs stagne vers 180 000 t, et celle de raisins de table à un niveau voisin (ce qui équivaut au neuvième de la production totale de fruits frais). Une exploitation agricole sur dix plante du tabac, de parfum oriental le plus souvent : la cote internationale de cette espèce est en baisse, et la production est retombée à moins de 100 000 t. Le coton, diffusé beaucoup plus tard et sur les terres irriguées, suit une courbe inverse, qui l’élève à 110 000 t par an. La plus grande réussite dans le domaine des cultures industrielles est celle de la betterave à sucre, qui essaime en Grèce du Nord autour des quatre raffineries de l’État : avec une production de 1,3 Mt, une grande partie des besoins en sucre est couverte. Si les céréales secondaires (maïs, orge de brasserie) et le riz ne progressent guère, l’arboriculture fruitière a désormais plus d’importance que les cultures industrielles ou l’oléiculture ; mais son extension se heurte, aussi bien pour les agrumes que pour les pêches et les pommes, à la difficulté de découvrir, de gagner et de conserver des marchés en Europe centrale et en Europe occidentale. La progression la plus rapide intéresse les légumes (tomates notamment), dont la production a augmenté des deux tiers de 1965 à 1970. Tout ce secteur est lié à l’essor des industries de la conserve.

Quant à l’élevage, la lente croissance du cheptel bovin (plus d’un million de têtes) ne suffit pas à couvrir la demande nationale de viande et de lait, tandis que le troupeau de chèvres et de brebis (11 millions au total) diminue régulièrement. La croissance de la consommation de protéines animales, l’essor des productions fourragères (maïs, vesce, luzerne) et la création d’un réseau de laiteries modernes soutiennent, en plaine surtout, les améliorations de cette activité. La part des industries dans le produit intérieur brut équivaut à celle de l’agriculture ; mais à la relative stagnation de celle-ci s’opposent les profondes transformations enregistrées par celle-là : alors que disparaissaient de nombreuses entreprises traditionnelles (cuir, textile, alimentation), souvent réparties dans tout le réseau des petites villes, se sont développées diverses industries modernes, dont les établissements se tiennent le plus souvent dans quelques gros centres urbains, où ils contribuent à attirer la main-d’œuvre. La nouvelle répartition des industries démontre, comme l’évolution agricole, la contraction de l’espace économique utile ; l’industrie est polarisée par les grandes villes et s’oriente suivant les axes de communication les mieux équipés. Mais la croissance industrielle transparaît à travers l’augmentation de la part des produits finis et semi-finis destinés aux exportations.