Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Grande-Bretagne (suite)

Le style dit perpendicular apparaît vers le milieu du xive s. C’est l’expression la plus insulaire de l’art gothique anglais. Il doit son nom au quadrillage mince que forment les fenestrages, si vastes, surtout celui du chevet rectiligne, qu’ils font de l’édifice une sorte de cage vitrée. Le goût de la complexité prend sa revanche dans le tracé des voûtes. Les nervures multipliées perdent leur rôle porteur pour ne plus former qu’un réseau décoratif, surtout dans le cas des fan vaults, ces voûtes en pavillon de trompette dont le cloître de Gloucester offre un exemple précoce et particulièrement beau. Rares sont les grands édifices de construction aussi homogène que l’abbatiale de Bath. Il s’agit plus souvent de transformations ou d’adjonctions, ainsi à Winchester (la nef), Norwich (les voûtes), York (le chœur, les trois tours). On élève aussi d’innombrables églises paroissiales, d’une architecture un peu monotone, mais embellies par des ouvrages de bois sculpté : clôtures, charpentes apparentes. C’est après 1450 que le style perpendicular donne toute sa mesure dans trois grandes chapelles de fondation royale, celles de Windsor, de King’s College à Cambridge et d’Henri VII à Westminster (v. Londres), ainsi qu’à Oxford, dans les bâtiments de plusieurs collèges.

À l’âge gothique, la statuaire monumentale joue un rôle assez effacé, sauf dans les niches des façades-écrans (Wells, Exeter). On trouve en revanche de nombreux tombeaux, en pierre, en marbre noir, en bronze, ou sous la forme simplifiée de plaques de cuivre gravé. Typiquement anglais sont les tombeaux d’albâtre, ainsi ceux de Westminster ou de Canterbury. L’albâtre était aussi travaillé pour la production en série de panneaux, souvent exportés vers le continent, où on les retrouve en grand nombre.

Après avoir subi l’influence française au xiiie s., l’école britannique d’enluminure affirme son caractère national dans un style nerveux et parfois pathétique (psautier Arundel, British Museum). De la peinture sur panneaux, peu de témoins subsistent ; le plus précieux est le diptyque Wilton (National Gallery), peint sans doute par une main française, vers 1377, et représentant le roi Richard II à genoux devant la Vierge. Quant à l’art de la broderie, il a été particulièrement à l’honneur dans l’Angleterre gothique.

De nombreux châteaux datent de la période gothique, surtout du xive s. Beaucoup gardent l’aspect de la forteresse féodale, avec une enceinte flanquée de tours, mais les locaux habitables ont pris de l’importance. En Angleterre, on peut citer les enceintes de Windsor et de Kenilworth, Warwick, Dunster (Somerset) ; en pays de Galles, Caernarvon, Beaumaris ; en Écosse, le château d’Édimbourg, Linlithgow, Glamis ; les uns et les autres plus ou moins remaniés, mais gardant leur appellation de castle. Celle de manor désigne un autre type, conçu vers cette époque pour l’usage de la petite noblesse, et peu fortifié. C’est un ensemble de locaux dont le principal est le hall, grande salle très haute et couverte d’une charpente apparente. Stokesay (Shropshire) figure parmi les plus anciens manoirs, suivi d’autres qui ont subi beaucoup d’amplifications : Haddon hall (Derbyshire), Penshurst place (Kent), Knole (Kent), etc. Le manoir est l’ancêtre des grandes demeures de la campagne britannique que désignent les noms de hall, house, court, voire park, etc.


La période Tudor. La renaissance

Au xvie s., la Réforme porta un coup fatal à l’art religieux, laissant fleurir l’art profane. L’ouverture à l’esprit de la Renaissance et à l’italianisme fut d’abord une affaire de mécénat royal. C’est ainsi qu’Henri VIII fit construire et décorer le palais de Nonsuch, équivalent anglais (disparu) de Fontainebleau. Il favorisa l’art désormais national du portrait, alors confié à des étrangers dont le plus illustre, Holbein*, séjourna à Londres entre 1526 et 1543.

Hampton Court reste la plus vaste demeure de la première moitié du xvie s. Ses bâtiments de brique à l’aspect mouvementé comprennent un hall et une chapelle aux magnifiques charpentes. Ils définissent assez bien le style dit Tudor, dont témoignent aussi des maisons élevées par des seigneurs campagnards ou par la nouvelle classe des bourgeois anoblis, souvent sur des terres confisquées à des communautés religieuses. La tradition gothique s’y allie à un souci de régularité, de clarté et de confort. Les fenêtres s’élargissent, décrivant parfois sur la façade l’avancée dite bow-window. Les toits sont souvent dissimulés par un parapet rectiligne d’où émergent de hautes cheminées. À l’intérieur, le hall garde sa suprématie, mais l’on voit aussi apparaître la galerie de l’étage supérieur, dite long gallery ; les parois s’habillent de boiseries aux dessins géométriques. Dans l’architecture comme dans le mobilier, les ornements s’inspirent tantôt de survivances gothiques, tantôt d’un italianisme transmis le plus souvent par les traductions bâtardes des artistes flamands et allemands. Des grandes demeures privées de cette époque, Compton Wynyates (Warwickshire) est la plus typique et la plus séduisante. Mais l’on élève aussi de nombreux manoirs aux dimensions modestes, d’allure accueillante ; les uns en pierre, les autres en maçonnerie à armature de bois, surtout dans le Cheshire et le Lancashire, où les colombages peints en noir sur fond blanc dessinent des motifs variés.

L’époque élisabéthaine, glorieuse à bien des points de vue, fut favorable à l’architecture et aux arts du décor de la vie. L’initiative n’en revient pas à la souveraine, mais à ses principaux sujets. Ils élevèrent des résidences vastes et luxueuses, où se reflète l’esprit ostentatoire et romanesque du temps. Les plans sont réguliers, les volumes rectilignes, avec de larges percées. Les ornements sculptés, d’origine italo-flamande, sont répandus à profusion. L’aménagement intérieur continue, avec plus de faste, la tradition Tudor. Les grands courtisans se donnent de véritables palais : Longleat House (Wiltshire), particulièrement homogène et assez sobre ; l’énorme Burghley House (Northamptonshire), capricieux et opulent ; Wollaton hall (Nottinghamshire), encore plus exubérant avec ses pavillons d’angles, ses frontons mouvementés de goût flamand ; Hardwick hall (Derbyshire), ajouré d’immenses fenêtres et conservant à l’intérieur son magnifique décor.