Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Amérique latine (suite)

Un certain nombre de grandes propriétés, cependant, sont exploitées selon des méthodes modernes et rationnelles qui visent à préserver les sols et à assurer des rendements intensifs : rotation des cultures, utilisation d’engrais et de machines agricoles très modernes. Souvent s’incorpore à l’exploitation une usine de traitement des produits cultivés. C’est le cas des plantations de canne à sucre dans le Nordeste brésilien, détenues par de puissantes sociétés ; celles-ci ont fait de leur exploitation de véritables entreprises industrielles. Dans la région cacaoyère du Brésil, à côté de la petite plantation, on trouve également la grande exploitation, qui intègre une usine de traitement des gousses de cacao.

Les plantations de fruits tropicaux, de développement récent, entrent dans cette catégorie de grande propriété moderne, où s’associent culture et traitement industriel. L’exemple le plus typique est fourni par la société nord-américaine United Fruit Company, qui contrôle la plus grande partie de la production de fruits tropicaux et détient d’immenses domaines en Amérique centrale, aux Antilles et dans les plaines littorales de Colombie ; chaque exploitation est équipée pour le conditionnement et la conservation des fruits.

La grande propriété reste également le cadre des activités pastorales. L’élevage conserve un caractère traditionnel et extensif dans les immenses domaines du Nordeste, du Paraguay et des plateaux péruviens. Au contraire, les grandes fermes modernes de l’Argentine, de l’Uruguay et du nord du Mexique ainsi que certaines haciendas péruviennes pratiquent un élevage intensif et rationnel, en procédant à la rotation des pâturages clôturés, à la culture de fourrages artificiels, à une soigneuse sélection des bêtes.

2. Une polyculture vivrière d’autosubsistance dans le cadre de la petite propriété. Les deux éléments essentiels de la structure foncière, la très grande et la très petite propriété, sont présents simultanément dans le paysage. En effet, la grande exploitation repose sur l’existence d’une masse de travailleurs dont l’essentiel des ressources réside dans une maigre culture vivrière pratiquée sur de minuscules lopins en marge des grands domaines, parfois même à l’intérieur des plantations de café ou de coton, entre les pieds des arbustes.

Qu’elle ait pour origine la cession de parcelles aux travailleurs des plantations ou le partage des terres collectives des communautés indiennes, la petite propriété présente les mêmes caractères fondamentaux : un emplacement toujours défavorable, sur les terres les moins rentables, délaissées par la grande propriété ; une exiguïté initiale, encore aggravée par les partages de successions, qui rendent impossible une exploitation rentable. Par ailleurs, la misère et l’ignorance des paysans sont la cause d’une mise en valeur primitive, aux rendements bas. Les petites propriétés atteignent rarement 5 ha et sont généralement inférieures à 1 ha.

Analphabètes dans leur grande majorité et privés de moyens financiers, les paysans sont dans l’incapacité d’améliorer leur technique de mise en valeur, qui se fait au moyen d’outils archaïques : la taccla, sorte de pioche, ou la houe. Ils ignorent l’utilisation d’engrais. Aussi, les rendements restent-ils très médiocres : de 3 à 4 t de pommes de terre et de 6 à 8 q de blé à l’hectare. Les récoltes ne sont pas capables d’assurer une consommation familiale suffisante.

Pour s’assurer quelques ressources en numéraire, les paysans prélèvent souvent sur leur maigre ration un excédent commercialisable, qu’ils vont vendre sur les marchés. Dans les régions proches des grandes villes, cette agriculture traditionnelle d’autosubsistance prend des formes plus complexes ; c’est le cas de la région de Recife, où l’ampleur du marché urbain a orienté la petite propriété familiale vers la production des fruits et des légumes. Mais les paysans, contraints, dans ce cas, de passer par des circuits commerciaux établis, sont victimes des intermédiaires, qui ne leur offrent parfois pour leurs produits qu’un cinquième de leur valeur marchande au lieu de consommation. Aussi, les ressources complémentaires fournies par ces cultures restent-elles très précaires. Ni la culture des fruits et des légumes de la région de Recife, ni celle du tabac dans l’État de Bahia, ni celle du café et des bananes dans les Antilles n’assurent aux petits exploitants un niveau de vie décent et stable.

3. La moyenne propriété dans les zones de colonisation récente. Dans ce cadre, les propriétaires, aidés d’un petit nombre d’ouvriers agricoles, exploitent directement leur propriété. Ils disposent d’un matériel moderne et pratiquent une culture intensive avec assolement et emploi d’engrais : ainsi, dans la Pampa argentine, les céréales sont associées à la luzerne et à l’élevage. Le secteur de colonisation allemande pratique une polyculture où alternent céréales, légumes et fourrages artificiels. Dans le sud du Brésil et au Chili, on retrouve cette combinaison, à laquelle s’ajoutent les fruits et en particulier la vigne.

Cette polyculture de plantes vivrières est essentiellement destinée à l’approvisionnement des grandes villes, plus rarement à l’exportation.

• Les problèmes de la réforme agraire. Le malaise agraire se présente partout avec une acuité qui a contraint les gouvernements à mettre le problème de la réforme agraire à l’ordre du jour. Les difficultés que rencontre la réalisation d’une telle réforme résultent de l’imbrication des problèmes en cause. L’application d’une réforme agraire efficace déborde en effet largement le cadre strictement agraire ; elle passe nécessairement par un remaniement radical des structures foncières, impossible sans la remise en cause de la base même des structures sociales.

Une réforme agraire visant à l’élévation du niveau de vie des masses rurales implique une politique agricole nouvelle qui diversifie la production en fonction des besoins intérieurs et relâche les liens actuels de dépendance vis-à-vis du marché international. Elle suppose aussi que l’État mette à la disposition des paysans les moyens financiers nécessaires à une mise en valeur rationnelle des terres nouvellement réparties.

À Cuba, la réforme agraire a été radicale. Elle doit l’être également au Chili avec l’avènement du marxiste S. Allende. Ailleurs, les tentatives de réforme ont été entravées par des obstacles politiques, techniques ou sociaux.