Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Grande-Bretagne (suite)

• 1830 : Guillaume IV roi d’Angleterre. Le début du règne est marqué par une agitation croissante en faveur de la réforme parlementaire dont les whigs, que l’on commence à appeler les « libéraux », se sont faits les propagandistes. Ils sont d’ailleurs renforcés par l’absorption du groupe des anciens amis de Canning qui ont quitté le parti tory (« conservateur »), et le succès des mouvements de 1830 en Europe trouve là un écho favorable en Angleterre. Les élections amènent une majorité réformiste, et Charles Grey (1764-1845) forme un cabinet libéral.

• 1831-32 : après s’être un moment retirés, les libéraux obtiennent le vote de la réforme. La situation de 143 sièges est entièrement transformée. Les conditions nécessaires pour faire partie de l’électorat sont uniformisées et liées plus nettement qu’auparavant à la possession d’une certaine fortune. Il reste certes de nombreux abus, mais ces modestes changements suffisent à amener au pouvoir le parti libéral : l’aristocratie foncière laisse la place aux classes moyennes. Toute une série de réformes va suivre, œuvre des ministères dominés par Grey, William Lamb (1779-1848), vicomte Melbourne, et Henry Temple (1784-1865), vicomte Palmerston.

• 1833 : réduction des revenus de l’Église irlandaise. Abolition de l’esclavage. Premières lois sur le travail des femmes et des enfants.

• 1834 : nouvelle loi des pauvres. Bref ministère Peel. Malgré le développement des idées socialistes, sous l’influence de Robert Owen*, le premier essai syndicaliste d’envergure (Grand National Consolidated Trades Union) échoue.

• 1835 : ministère libéral (Melbourne). Réforme municipale.

• 1836 : réforme de la dîme en Angleterre. Début des grandes constructions de voies ferrées.

• 1837 : début de l’exploitation du télégraphe. Mort de Guillaume IV et règne de Victoria Ire.

Les débuts du règne de Victoria Ire*

• 1838 : loi des pauvres et réforme électorale. Mais la rédaction par Feargus Edward O’Connor (1794-1855) de la « Charte du peuple », qui réclame en particulier le suffrage universel, donne un regain de vigueur aux revendications ouvrières en les faisant passer sur le plan politique. Les années 1838-39 sont ainsi marquées par une violente agitation.

• 1839 : dépôt de la pétition nationale des chartistes aux Communes ; bien que celle-ci ait recueilli plus d’un million de signatures, les députés n’en tiennent pas compte.

• 1840 : Palmerston forme la « Quadruple-Alliance » (avec la Russie, l’Autriche, la Prusse et la Turquie), ce qui lui permet d’intervenir en Turquie. Mariage de Victoria et d’Albert de Saxe-Cobourg-Gotha.

• 1841 : ministère conservateur de Peel.

• 1842 : traité d’Ashburton, qui règle les différends frontaliers entre le Canada et les États-Unis. Naissance du mouvement de la Jeune Irlande. Interdiction du travail des enfants et des femmes dans les mines. Fin de la guerre de l’opium.

• 1844 : loi de fabrique pour améliorer la condition ouvrière. Difficultés avec la France (arrestation par les Français du consul anglais à Tahiti : ils sont obligés de le relâcher). La commission Devon enquête sur la situation des paysans en Irlande. Arrestation du leader irlandais Daniel O’Connell*. Instauration de l’impôt sur le revenu.

• 1845-1847 : famine de la pomme de terre en Irlande.

• 1846 : l’abolition de la loi sur les blés, réclamée à la fois par le peuple, écœuré des prix exorbitants du pain, et par les industriels favorables au libre-échange (tel Richard Cobden*), est enfin obtenue. Dès lors, l’Angleterre s’engage dans une voie nettement libre-échangiste. Mais le parti conservateur est divisé en protectionnistes et libre-échangistes, et le ministère Peel tombe sur la question d’Irlande. Il est remplacé par un ministère dirigé par John Russell (1792-1878), où se retrouvent aussi Palmerston, Henry Grey (1802-1894) et l’historien Thomas Babington Macaulay (1800-1859).

• 1847 : loi de dix heures, qui réduit le travail ouvrier. Grave crise du commerce britannique.

• 1848-49 : le « chartisme » s’essouffle et perd bientôt toute importance.

• 1850 : la hiérarchie catholique est reconstituée en Angleterre. Avec le mouvement d’Oxford (John Henry Newman, Nicholas Patrick Wiseman), le catholicisme connaît une nouvelle fortune en Angleterre.

• 1851 : l’Amalgamated Society of Engineers marque le nouveau départ du syndicalisme en Angleterre ; il s’agit avant tout d’un syndicalisme d’ouvriers qualifiés. Chute de Palmerston, remplacé par George Leveson-Gower (1815-1891), comte Granville.

• 1852 : chute du ministère Russell. Après un essai des conservateurs (Edward Stanley [1799-1869], 14e comte de Derby, Benjamin Disraeli*), c’est un ministère de coalition où se retrouvent les libéraux (Russell, Henry Petty [1780-18631, marquis de Lansdowne, Palmerston) et les conservateurs libre-échangistes, les « peelites » (George Gordon [1784-1860], comte d’Aberdeen, William Gladstone*).

• 1853 : loi de fabrique.

• 1854-55 : guerre de Crimée, qui révèle la scandaleuse incurie de l’état-major britannique.

• 1854-1856 : réforme des universités d’Oxford et de Cambridge.

• 1855-1858 : Palmerston est chargé de mettre sur pied un ministère de guerre et prend des mesures énergiques pour réorganiser l’armée.

• 1857-1860 : guerre contre la Chine.

• 1858-59 : nouveau ministère Derby-Disraeli.

• 1859 : second ministère Palmerston ; les « peelites » sont désormais considérés comme de véritables libéraux.

• 1860 : les syndicats londoniens se regroupent dans le London Trades Council.

• 1865 : mort de Palmerston. Ministère Russell.

• 1866-1868 : troisième ministère Derby-Disraeli. Il fait passer au Parlement une seconde réforme électorale en 1867. La répartition des sièges est une nouvelle fois modifiée. Mais, surtout, il accorde le droit de vote à tous les citoyens mâles, chefs de famille, à condition qu’ils occupent une maison entière. Près d’un million de nouveaux électeurs votent désormais, seuls restant exclus les ouvriers non qualifiés (mineurs, manœuvres, dockers...).

• 1868 : ministère Gladstone. C’est aussi le premier congrès des trade-unions, qui démontrent ainsi leur force.

• 1869 : séparation de l’Église et de l’État en Irlande.

• 1870 : Elementary Education Act, qui crée l’école élémentaire obligatoire. Premier Land Act en Irlande.

• 1871 : reconnaissance par le Trade Union Act de l’existence des syndicats. Des mesures sont toutefois prises pour s’opposer à la grève.

• 1872 : réforme de l’armée par E. Cardwell.

• 1873 : réforme du système judiciaire (« Judicature Act » de R. Selborne).

• 1873-74 : malgré l’importance des réformes qu’il a réalisées, le ministère Gladstone a subi des échecs sérieux (en Irlande et dans ses relations avec les États-Unis). Les élections de 1874 donnent la majorité aux conservateurs, rompant la longue domination libérale et ouvrant l’ère de l’alternance.