Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

Grande-Bretagne (suite)

Les comtés étaient donc des circonscriptions plus normales que les bourgs : mais, dans huit cas sur neuf, le candidat élu n’avait aucun concurrent par suite d’un accord préalable entre les quelques personnes influentes de la région. C’étaient encore les bourgs qui offraient le plus de facilité pour les manœuvres de corruption. On comprend que, vers 1760, Newcastle ait eu à sa disposition onze sièges, et James Lowther (futur duc de Lonsdale) huit. En outre, le groupe au pouvoir puisait largement dans la trésorerie pour s’assurer quelques sièges à bon compte.

Dans ces conditions, on s’aperçoit que le système politique anglais, quel que soit l’intérêt réel de ses principes et de ses mécanismes, ne sert au xviiie s. qu’à assurer le pouvoir de l’aristocratie.

De 1734 à 1832, le quart des députés appartiennent eux-mêmes à l’aristocratie, et la moitié des députés sont des propriétaires fonciers. Il y a là une contradiction évidente avec l’évolution de la société anglaise, où, du fait de la révolution industrielle, toute une partie de la classe moyenne acquiert progressivement une situation éminente. C’est précisément le passage, dans le courant du xixe s., à un véritable régime parlementaire qui permettra de résoudre cette contradiction. Il n’en reste pas moins que, avec 200 députés environ qui devaient réellement leur élection aux électeurs de leur circonscription, l’Angleterre était alors très en avance sur les autres pays d’Europe, y compris la France.

La révolution industrielle

L’Angleterre du xviiie s. a été le théâtre d’un événement d’une portée capitale pour l’histoire universelle et qui conditionne encore, dans une large mesure, le monde où nous vivons : la révolution industrielle*, qu’elle a été, et de loin, le premier pays à connaître.

Les moyens de la révolution industrielle

Un capital humain.
La population anglaise a très rapidement augmenté au xviiie s., passant de 5 millions d’habitants en 1700 à 6 millions en 1750 et à 9 millions en 1801 (date du premier recensement). Londres, la plus grande ville du monde, avait 350 000 habitants en 1650, 550 000 en 1700, 900 000 en 1800. Cependant, il faut admettre que l’on trouve une augmentation comparable dans toute l’Europe continentale. L’augmentation de la population, d’ailleurs favorisée par les améliorations de l’hygiène apportées par la révolution industrielle, est certes l’une des causes nécessaires de ce phénomène (une vaste main-d’œuvre est disponible), mais ce n’est pas une cause suffisante.

Un capital commercial et financier.
Depuis la fin du xviie s., les innombrables traités qui ont conclu les guerres européennes de l’Angleterre ont eu pour effet de concentrer tout le commerce mondial entre les mains des Anglais. Ils en ont retiré des profits énormes, qui ont permis une accumulation du capital nécessaire à de gros investissements, si bien que le coût — relativement élevé — des changements techniques, pour ne citer que ce seul exemple, n’effraye plus. En outre, les classes moyennes, qui ont ainsi pu amasser un capital (soit qu’elles participent directement au commerce, soit qu’elles bénéficient de la stimulation du marché qu’elles provoquent), ont réinvesti les profits avec régularité : le journal de Samuel Walker, un métallurgiste de Rotherham, montre que cet ancien instituteur, lorsqu’il était à la tête d’une entreprise qui avait une valeur de 400 livres sterling, s’octroyait le modeste salaire de 10 sous par semaine... Il ne perçut un dividende — très faible — sur les profits qu’en 1757, alors que la valeur de l’entreprise était estimée à 7 500 livres. En 1812, on estimait à 300 000 livres la valeur de la firme Walker... L’austérité des classes moyennes n’a pas tout fait : essentielle aussi est l’existence des banques (fondamentales pour le crédit à court terme) et d’une dette publique importante (qui, depuis la réforme de Pelham, rapporte 3 %). L’argent est dans ces conditions relativement facile à trouver, et peu cher. Londres est d’ailleurs la première place financière du monde.

Un capital technique.
Le haut niveau (relatif) d’éducation des classes moyennes, l’existence d’un capital suffisant ont favorisé l’essor des inventions.

• 1705 : « pompe à feu » (embryon de la machine à vapeur) de Thomas Newcomen ;

• 1709-1713 : Abraham Darby met au point le procédé de la fonte au coke ;

• 1760 : la fonte au coke est utilisée dans de grandes usines (forges de Carron dans le Stirlingshire, construites par John Roebuck) ;

• v. 1765 : poteries de Josiah Wedgwood ;

• 1769 : machine à vapeur de James Watt ; water frame de Richard Arkwright ;

• 1770 : spinning jenny de James Hargreaves ;

• 1776 : mise au point des rails en fonte pour les chariots des mines ;

• 1779 : mule jenny de Samuel Crompton ;

• 1785 : power loom de Edmund Cartivright ; la machine à vapeur fournit l’énergie d’usines de coton ;

• 1803-1821 : invention de la locomotive et débuts des transports par voie ferrée (Richard Trevithick, William Hedley, George Stephenson).

En même temps, les transports sont améliorés : de 1760 à 1774, 452 Actes du Parlement concernent l’amélioration des routes ; de 1738 à 1803, 165 concernent les canaux (construction du Grand Trunk par une compagnie dirigée par Francis Egerton, duc de Bridgewater).

Le déroulement de la révolution industrielle

L’augmentation de la production.
Les progrès techniques ont permis d’améliorer les rendements. La production a augmenté dans des proportions considérables : de 1700 à 1790, on peut estimer que l’ensemble de la production industrielle a triplé. Dans le secteur textile, la production des filés de coton a triplé de 1783 à 1803 ; les importations de matière première ont été multipliées par soixante au cours du siècle... On est passé de 10 Mt de charbon en 1789 à 20 Mt en 1815 ; pour le fer, on est passé de 20 000 t (1710) à 250 000 t (1806).