Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

Gounod (Charles) (suite)

 C. Gounod, Autobiographie (Londres, 1875) ; le Don Juan de Mozart (Ollendorff, 1890) ; Mémoires d’un artiste (C. Lévy, 1896). J. G. Prod’homme et A. Dandelot, Gounod (Delagrave, 1911 ; 2 vol.). / A. Soubies et H. de Curzon, Documents inédits sur le « Faust » de Gounod (Fischbacher, 1912). / P. Landormy, Gounod (Gallimard, 1942) ; le « Faust » de Gounod (Mellottée, 1944). / H. Busser, Charles Gounod (Éd. et impressions du Sud-Est, Lyon, 1961).

Gouraud (Henri Eugène)

Général français (Paris 1867 - id. 1946).


Issu d’une famille de médecins originaires de la Vendée, Gouraud entre à Saint-Cyr en 1888 après de brillantes études au collège Stanislas à Paris. Il sert d’abord dans les chasseurs à pied, puis, en 1894, gagne cette Afrique qui l’attire et où il passera vingt ans. C’est au Soudan, à Kita et à Tombouctou, puis dans la région des sources du Sénégal qu’il découvre un pays alors infesté de pillards et razzié par les marchands d’esclaves. Le 29 septembre 1898, à la tête de 200 tirailleurs, il réussit à s’emparer par surprise, sans tirer un coup de feu, de l’Almani Samory Touré.

Chef de bataillon à trente-deux ans, il organise de 1900 à 1903 la région de Zinder, commande de 1904 à 1907 le Tchad, puis la Mauritanie, qu’il pacifie en conquérant l’Adrar (1909) et en occupant Atar. Après un an au Centre des hautes études militaires à Paris, il est nommé général et repart pour le Maroc (1911), où Lyautey* lui confie le commandement des troupes du Maroc oriental, avec lesquelles il effectue au printemps de 1914 la première jonction, près de Taza, avec les forces françaises d’Algérie.

En août 1914, la guerre met un terme à cette carrière africaine. Blessé à la tête de la 10e D. I. en Argonne, Gouraud commande en 1915 le corps d’armée colonial dans le secteur de Massiges, quand il est nommé chef du corps expéditionnaire français aux Dardanelles. Six semaines après son arrivée, il est grièvement blessé et amputé du bras droit. Aussitôt guéri, il prend en décembre 1915 le commandement de la IVe armée en Champagne : il ne le quittera plus jusqu’à la victoire, sauf pour un bref séjour à Rabat, où il remplacera Lyautey comme résident général (déc. 1916 - juin 1917). C’est avec sa IVe armée qu’il affirme dans cette terrible guerre ses dons de conducteur d’hommes. Nourri de son expérience, éclairé par une profonde foi chrétienne, il sait particulièrement comprendre les combattants. Le 15 juillet 1918, appliquant magistralement les directives de Pétain, il brise la dernière offensive allemande à l’est de Reims. Le 15 août, il célèbre cette victoire au cours d’un mémorable banquet où sont conviés, avec Clemenceau, de simples soldats représentant tous les régiments de la IVe armée. Le 26 septembre, il conduit brillamment l’offensive en direction de la Meuse de Sedan. Le 22 novembre, il entre victorieux à Strasbourg, qui lui réserve un accueil enthousiaste.

Haut-commissaire en Syrie de 1919 à 1923, il réussit à pacifier le pays, alors menacé par les troupes de Fayṣal Ier comme par les Turcs, y organise la vie politique et restaure les ports de Beyrouth et de Tripoli. À son retour, il est nommé gouverneur militaire de Paris ; il occupera ce poste jusqu’en 1937, personnifiant par sa stature de grand blessé la victoire et le sacrifice des combattants de 1914-1918. Il laissera quatre volumes de mémoires : Au Soudan (1939). Zinder-Tchad (1944), Mauritanie-Adrar (1945), Au Maroc (posthume 1949). Suivant son désir, son corps repose au milieu de ceux de ses soldats, dans le monument qu’il avait fait élever en leur souvenir à la ferme Navarin (Marne).

P. D.

 P. Lyautey, Gouraud (Julliard, 1949).

Gouros

Ethnie du centre-ouest de la Côte-d’Ivoire, dont la population s’élève à environ 110 000 personnes.


Elle est entourée à l’ouest par les Bétés, au sud par les Gagous, à l’est par les Baoulés (le fleuve Bandama servant ici de frontière naturelle) et au nord par les Malinkés. Son territoire est une région écologique à cheval sur la savane et sur la forêt. L’ethnie gouro comporte cinquante tribus, qui sont des groupements territoriaux comportant plusieurs villages. Traditionnellement, les fonctions de la tribu étaient surtout guerrières et économiques, et il n’existait pas de chefferie institutionnalisée ou héréditaire. Il n’y a même pas de terme précis pour désigner la fonction de chef. Ce sont les aînés et les anciens réunis en conseil qui règlent les conflits au niveau de la famille, du village ou de la tribu. La filiation est patrilinéaire et la résidence patrilocale. Il y a plusieurs types de villages : ceux qui ne comportent qu’un seul lignage, ceux qui comportent un lignage principal et ceux qui associent plusieurs lignages. Le village gouro est généralement divisé en deux par une grande place qui sert de lieu de réunion et de danse : cette division spatiale renvoie à une division sociale en moitiés. Le quartier et le groupe domestique ont le même nom, guniwuo, car, parfois, ils coïncident en tant qu’unité sociale à un segment de lignage. Le guniwuo en tant que groupe domestique est un groupe de commensalité : tous les hommes adultes qui le composent prennent leurs repas ensemble. Le mariage n’est ni prescrit ni préférentiel. Les relations entre alliés sont, cependant, teintées d’agressivité, et les parents de l’épouse ont une créance quasi illimitée sur ceux de l’époux : un renouvellement de cadeaux s’impose à chaque décès qui survient dans la famille de l’épouse. La dot est composée de biens de prestige : pagnes, animaux et tiges de fer. Les biens se transmettent en principe à l’intérieur d’une même génération, du frère aîné au frère cadet avant de passer à la génération suivante.

Les Gouros étaient traditionnellement cueilleurs, chasseurs, guerriers, commerçants et tisserands. Leur agriculture vivrière est fondée sur les cultures du riz, de l’igname, des bananes, du manioc et des taros, auxquelles s’ajoutent aujourd’hui les cultures commerciales du café, du cacao et du coton. La colonisation, en stabilisant les implantations villageoises, a également transformé les conditions de la production. Ainsi, la guerre traditionnelle permettait la mise en esclavage des captifs. Mais cet esclavage domestique n’était pas uniformément réparti en pays gouro, et les captifs ont été plus ou moins intégrés au sein des lignages qui les possédaient. La chasse, qui pouvait être individuelle ou collective, a pratiquement disparu. La cohésion sociale pouvait notamment s’exprimer au cours des grandes chasses collectives au filet. L’artisanat recouvrait des productions aux finalités sociales différentes. Les objets d’usage courant étaient fabriqués à partir de matières premières directement accessibles (le bois essentiellement). Les objets de fer étaient fabriqués à partir d’une matière première importée et restaient à la disposition des aînés. Dans le passé, les pagnes tissés étaient étroitement associés aux manifestations du prestige social (le mariage) ou d’échanges avec l’extérieur. C’est la collecte de la noix de cola qui a permis le développement des échanges avec les ethnies voisines.

Les Gouros pratiquaient aussi l’élevage du bétail. Celui-ci était la propriété individuelle des hommes riches et des aînés et, à ce titre, il possédait une fonction plus sociale qu’alimentaire.