Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

Goujon (Jean)

Sculpteur et architecte français (v. 1510 - Bologne v. 1564-1569).


Jean Goujon est un des rares artistes français dont la réputation ne connut pratiquement jamais d’éclipsé. Si les célèbres Nymphes de la fontaine des Innocents ont justement contribué à cette gloire, il faut reconnaître que la Diane d’Anet, qui n’est pas de sa main, et la légende de sa mort lors de la Saint-Barthélemy ont aussi joué leur rôle dans cette popularité.

Dès son premier ouvrage attesté (Rouen, colonnes de la tribune de Saint-Maclou, 1541), Goujon apparaît comme un artiste savant, connaissant admirablement l’art antique et pouvant rivaliser avec les architectes italiens les plus novateurs. Son voyage à Rome n’est qu’une hypothèse probable. Plus certaines sont ses relations avec Serlio*. Pendant son séjour à Rouen, où il porte le titre « d’ymaginier et architecte jureur de la ville », on doit peut-être lui attribuer le dessin du tombeau de Louis de Brézé (cathédrale de Rouen) et plus sûrement celui de la tribune d’ostension des reliques, connue sous le nom de fierte Saint-Romain. En 1544, Goujon exécuta les cinq bas-reliefs du jubé de Saint-Germain-l’Auxerrois à Paris (musée du Louvre) et passa au service du connétable de Montmorency. Mais il est très difficile de préciser sa part dans les travaux d’Ecouen : sans doute décoration de la chapelle (autel et boiseries au musée Condé à Chantilly) et entrée monumentale (fragments au Louvre).

En 1547, Goujon passa au service du roi et contribua à illustrer la première édition française de Vitruve* (trente-deux planches sur cent cinquante-deux sont des créations originales gravées sur ses dessins). Il joua un rôle essentiel dans les décors éphémères réalisés lors de l’entrée triomphale d’Henri II à Paris (16 juin 1549), dont la fontaine des Innocents, seul édifice durable élevé à cette occasion, perpétue le souvenir. Il collabora avec Pierre Lescot* aux travaux du Louvre, continuant une association amorcée à Saint-Germain-l’Auxerrois et peut-être à l’hôtel Carnavalet ; son rôle fut sans doute primordial, car l’architecture du Louvre semble avoir été conçue en fonction de son décor sculpté : allégorie des oculus du rez-de-chaussée (1548-1550), tribune des Caryatides (1550-51), attique (1552-1555), voûte de l’escalier (1555-56). Vers 1559, Goujon aurait exécuté aussi les boiseries de la salle du Zodiaque à l’ancien Hôtel de Ville de Paris, connues par des moulages.

En 1562, le nom de Jean Goujon disparaît des comptes, et seul un témoignage fortuit permet de savoir qu’en 1563-64 l’artiste, qui avait adhéré à la Réforme, résidait à Bologne et que son décès est antérieur à 1569.

Contemporain de l’épanouissement du maniérisme*, familier des formules de l’école de Fontainebleau. Goujon leur a emprunté bien des caractères de son art (allongement des figures, jeu savant des lignes, raffinement de la composition...). Il se distingue cependant de beaucoup d’artistes de son temps par la vigueur de son exécution.

Mais ce qui lui appartient en propre, c’est l’aptitude à retrouver, au-delà des modèles italiens et des médiocres imitations romaines, les formes simples et pures de la sculpture hellénique.

J. R. G.

 P. Du Colombier, Jean Goujon (A. Michel, 1949).

Gounod (Charles)

Compositeur français (Paris 1818 - id. 1893).


Issu d’une famille d’artistes, Gounod accomplit ses humanités, puis entre au Conservatoire, où il devient l’élève de A. Reicha, de J. F. Le Sueur et de Ferdinando Paer. Il obtient le prix de Rome en 1839. Son séjour à la Villa Médicis déclenche la première des crises mystiques qui devaient l’arracher à la musique. La création de son opéra, Sapho (1851) — l’interprète principale est Pauline Viardot —, précède de peu son mariage avec la fille du pianiste P. Zimmermann. Après l’échec de la Nonne sanglante (1854), nouvel opéra précédé de nombreuses mélodies et pages religieuses, Gounod surmonte encore une crise ; il conquiert la popularité avec Faust (1859). Des opéras et opéras-comiques succèdent à ce premier chef-d’œuvre, qui sera mieux accueilli d’ailleurs à la reprise (1869) qu’à la première. L’élection à l’Institut (1866) est le début d’une consécration officielle. Les derniers opéras et oratorios, en retrait sur les ouvrages antérieurs, seront, certes, moins applaudis. Mais, en 1878, le président Mac-Mahon commandera à Gounod un nouvel hymne national, Vive la France !, qu’il prétendra substituer à la Marseillaise ! Le compositeur de Faust et de Mireille aura des funérailles nationales.

La constante popularité de Faust surprend, irrite même, car les airs à roulades, les accompagnements stéréotypés, les ensembles tapageurs et les modulations attendues l’emportent en nombre sur les scènes d’une réelle musicalité. Celles-ci ont valu à Gounod l’admiration des musiciens durant plusieurs générations. Il en aura été de même de ses meilleures mélodies. Contre la romance de Loïsa Puget, qu’il déclarait lui-même « parvenue à son abrutissement extrême », Gounod réagit efficacement par un compromis habile entre Bellini et Mendelssohn (Où voulez-vous aller ? [1839], le Soir, l’Âme d’un ange). Certes, il n’évitera pas toujours la monotonie et, sauf exceptions (Ma belle amie est morte, 1874), il n’échappera aux sempiternelles strophes qu’à travers des « scènes » à peine dégagées du théâtre (le Départ, l’Ouvrier). Mais, sans recourir à des structures aussi élaborées, il montrera la voie à Fauré et à Duparc avec Venise (1855). Ravel le tiendra pour le « véritable instaurateur de la mélodie française [...] qui a retrouvé une sensualité harmonique et vocale perdue depuis le milieu du xviie siècle ». Cet apport, dût-il ne se percevoir qu’à travers une vingtaine de mélodies sur les deux cents que Gounod signa, est trop considérable pour ne pas faire oublier justement la regrettable profusion de pages complaisantes. Au théâtre, un semblable relèvement se dessinait dès 1852 avec les airs et chœurs pour Ulysse de François Ponsard, dont Fauré — dans Pénélope, cette fois — sera le débiteur. Ces qualités propres à Gounod de langueur voluptueuse et aussi de mouvement se retrouveront dans les opéras Faust, Mireille (1864) et Roméo et Juliette (1867) ainsi que dans les opéras-comiques le Médecin malgré lui (1858) et la Colombe (1866). Aucun ouvrage postérieur à 1870 (Cinq-Mars, Polyeucte, le Tribut de Zamora) ne les égalera par son succès ou sa valeur. Faute de s’être renouvelé après l’apparition de Wagner — le wagnérisme de l’oratorio Mors et Vita (1885) n’était qu’opportunisme —, Gounod sera vite distancé. De son propre aveu, dépourvu de caractère, ce musicien doué d’un rare pouvoir de séduction avait répondu trop volontiers à la médiocrité et à la suffisance de la société impériale, tout en contribuant à relever son goût au théâtre, au salon et, à un degré moindre peut-être, à l’église. Son mélange déconcertant de platitudes —, de niaiseries même —, et de raffinements prophétiques suscitera toujours des appréciations extrêmes. Mais la descendance de Gounod demeure trop longue, trop évidente pour que, chez les amateurs comme chez les musiciens, la reconnaissance l’emporte sur les sévérités les plus fondées.

F. R.

➙ Fauré (G.) / Livret d’opéra / Mélodie / Opéra / Opéra-comique.