Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

Ghāna (république du) (suite)

En 1948, des troubles assez graves furent provoqués par le chômage des soldats démobilisés, la hausse des prix des produits importés et la destruction obligatoire des plants de cacao atteints du swollen shoot. L’United Gold Coast Convention (U. G. C. C.), le parti nationaliste fondé en 1947 par J. B. Danquah, un intellectuel issu d’une famille de chefs supérieurs, typique de l’élite anglicisée, perdit rapidement du terrain devant la Convention People’s Party (C. P. P.), parti de masse fondé en 1949, sur un programme d’autonomie immédiate et d’« action positive », par Kwame Nkrumah* (1909-1972), un homme d’origine modeste, qui, de 1935 à 1947, avait étudié, tout en travaillant, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, et que Danquah avait rappelé d’Angleterre en 1947 pour être secrétaire général de l’U. G. C. C.


L’autonomie, l’indépendance

Tout en faisant réprimer les troubles, le gouvernement britannique décida de donner satisfaction aux revendications nationalistes. La Constitution de 1951 introduisit un gouvernement semi-responsable devant une Assemblée législative élue suivant un suffrage plus large et où entraient, à leur tour, des représentants des territoires du Nord. Le C. P. P. triompha aux élections, et l’agitateur Nkrumah sortit de prison pour devenir Premier ministre en 1952. Il sut, en étroite coopération avec les autorités britanniques, poursuivre le progrès vers l’autonomie (par la Constitution de 1954, le cabinet devenait pleinement responsable, et l’Assemblée législative était élue au suffrage universel dans l’ensemble du pays), abaisser le pouvoir des chefs traditionnels (une loi de 1951 remplaça partout les anciennes « autorités indigènes » par des conseils locaux élus), triompher des aspirations à une forme fédérale de l’État des Achantis et des populations des territoires du Nord, enfin obtenir, sous les meilleurs auspices, l’indépendance dans le cadre du Commonwealth, le 6 mars 1957.

Nkrumah voulait l’indépendance et l’unité de l’Afrique. Sa politique extérieure, d’abord d’habile équilibre entre l’Ouest et l’Est, pencha de plus en plus à l’Est, et le Ghāna, accusé par ses voisins de chercher à fomenter la sédition chez eux, finit par se trouver assez isolé en Afrique même. Le choix d’Accra pour y tenir la conférence annuelle des chefs d’État de l’Organisation de l’unité africaine, en octobre 1965, fut pour Nkrumah un dernier et coûteux succès. La volonté d’industrialiser le pays aboutit à la réalisation de projets parfois disproportionnés à ses ressources et à ses besoins. Le barrage d’Akosombo sur la Volta, inauguré en janvier 1966, est, lui, une réalisation décisive.

Le régime évolua vers une dictature personnelle de plus en plus lourde, tandis que des mesures de socialisation atteignaient toutes les branches de l’économie. Nkrumah était célébré comme l’Osagyefo, le Rédempteur. En 1964, il fit officiellement du C. P. P. un parti unique, qu’il dota d’une idéologie propre, synthèse d’éléments africains et européens : le consciencisme.

Le Ghāna, avec un budget en déficit, une dette extérieure de l’ordre d’un milliard de dollars, était à la veille de l’écroulement financier, quand Nkrumah, en visite en Chine, fut renversé par un coup d’État militaire (24 févr. 1966). Le Conseil de libération nationale, présidé par le général J. A. Ankrah, puis par le général A. A. Afrifa, renoua avec l’Ouest, et en particulier avec la Grande-Bretagne. Il autorisa la reconstitution des partis politiques, sauf le C. P. P., et fit procéder à des élections. La « IIe République » fut proclamée le 1er octobre 1969, et le pouvoir fut rendu aux civils. Edward Akufo-Addo fut élu président de la République le 31 août 1970, le pouvoir réel restant dans les mains du Premier ministre Kofi Abrefa Busia. Le 12 janvier 1972, celui-ci fut renversé, ainsi qu’Akufo-Addo, par un coup d’État militaire dirigé par le lieutenant-colonel I. K. Acheampong, qui créa un « Comité de rénovation nationale ».

D. B.


La population

De 2 millions d’habitants en 1921, elle est passée à 9 millions en 1971, témoignant d’une des expansions démographiques les plus vigoureuses de l’Ouest africain. La densité, relativement forte pour cette partie de l’Afrique, est inégale suivant les régions (le Sud, avec un tiers du territoire, concentre les deux tiers de la population dans la zone la plus riche : celle des mines et du cacao).

Deux ensembles linguistiques majeurs se répartissent la population : au sud, le groupe linguistique kwa (Akans, Éwés, Ga-Adangmés, Gouangs), au sein duquel le groupe akan, matrilinéaire, tient une place essentielle avec les Achantis (plus d’un million) et les Fantis (850 000), les premiers organisés dans la confédération monarchique de Koumassi, enrichis par le cacao, les seconds occupant la zone littorale, de bonne heure européanisés et associés à la domination britannique ; au nord, le groupe linguistique mossi, avec ses anciens États « féodaux » Dagomba, Mampoursi, etc. Les étrangers (Togolais, Voltaïques, Nigériens) étaient exceptionnellement nombreux (près d’un million), du moins jusqu’aux expulsions massives de 1970.

La population urbaine représente plus de 20 p. 100 de la population totale. Trois villes (ou agglomérations) dépassent 100 000 habitants : Accra*, Koumassi (280 000), Sekondi-Takoradi (128 000).

Dans le Sud, la population animiste (encore 38,2 p. 100) a été en grande partie gagnée au christianisme (42,8 p. 100). Les musulmans (12 p. 100) sont nombreux, surtout dans le Nord et parmi les immigrés.


L’économie

L’agriculture continue d’occuper une place prépondérante dans l’économie, occupant plus de 60 p. 100 de la population active et fournissant plus des deux tiers en valeur des exportations.

La production vivrière est représentée par des céréales (maïs au sud, mil au nord) et surtout des tubercules (manioc, igname, etc.), mais elle ne suffit pas à la consommation (grosses importations de riz). L’élevage (un demi-million de bovins dans le Nord) joue un rôle secondaire, et 80 p. 100 de la viande consommée est importée de la Haute-Volta et du Niger.

Parmi les cultures d’exportation, le café (4 700 t exportées en 1969) représente peu, et les produits du palmier à huile, importants au début du siècle, ont pratiquement disparu de la rubrique des exportations. Les deux produits essentiels sont ici le cacao (60 p. 100 en valeur) et le bois (10 p. 100).