Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

Ghāna (république du) (suite)

En 1807, l’abolition de la traite fit perdre la plus grande partie de leur intérêt commercial aux forts, que menaçait, par ailleurs, la poussée victorieuse des Achantis vers la côte. Renonçant à l’évacuation totale qu’il avait préparée, le gouvernement de Londres restitua les forts à un comité de marchands qui nomma pour gouverneur George Maclean. En treize ans (1830-1843), presque sans moyens, celui-ci installa définitivement la puissance britannique dans le pays, faisant la paix avec les Achantis, arbitrant les différends entre les chefs fantis, développant enfin le commerce de l’huile de palme. Quand, en 1843, le British Colonial Office reprit l’administration des forts, il consolida la sphère d’influence préparée par Maclean (appelée plus tard le « protectorat » et progressivement étendue à tout le pays entre la côte et l’Achanti) par la signature d’accords, ou « bonds », avec les chefs fantis. Ces « bonds » déterminaient les conditions dans lesquelles devait s’exercer la juridiction britannique, mais ne comportaient ni abandon de souveraineté ni cession de propriété. Ils fournirent une base solide aux revendications nationalistes.

En 1850 subsistaient, imbriqués dans les possessions anglaises, des forts danois et hollandais, entourés de zones d’influence plus ou moins vague. Pour faciliter leur administration et surtout la perception de droits de douane, les Anglais achetèrent les forts danois en 1850 et les forts hollandais en 1872 (ces derniers après l’échec d’un regroupement territorial par un jeu d’échanges), et ils demeurèrent les seuls Européens sur 500 km de côte.

En 1874, la Gold Coast fut détachée de la Sierra Leone et reçut une administration propre. Les frontières furent fixées, dans la zone côtière, avec la Côte-d’Ivoire française et le Togo allemand par les accords de 1889, tandis que se développait vers l’intérieur la course aux traités de protectorat. Les Britanniques imposèrent le leur aux Gondjas, aux Dagombas (1892), aux Dagaris, aux Mampoursis (1894), encerclant l’Achanti, qui fut conquis en 1896. En 1899, les frontières définitives étaient fixées, sauf à l’est, où une partie du Togo sera confiée au mandat de la Grande-Bretagne en 1919 et incorporée au Ghāna, après référendum, en 1956, contre le vœu de la forte minorité éwée du Sud.

À partir de 1901, la Gold Coast fut composée de trois éléments : la « colonie » (la côte et l’ancien « protectorat »), l’Achanti et les territoires du Nord, relevant d’un seul gouverneur, résidant à Accra. Pour l’administration de la colonie, ce dernier était assisté d’un Conseil exécutif et d’un Conseil législatif, formés de hauts fonctionnaires, membres de droit, auxquels s’ajoutaient, pour le Conseil législatif, quatre personnalités nommées. En Achanti et dans les territoires du Nord, le gouverneur, représenté par un haut-commissaire, jouissait des pleins pouvoirs. Des conseils municipaux furent établis à Accra en 1896, à Sekondi en 1904 et à Cape Coast en 1905. Partout ailleurs, les autorités traditionnelles (chefs assistés de leur conseil) furent conservées. L’essor économique fut rapide. Des chemins de fer furent construits. L’extraction de l’or se développa, suivie de celle du manganèse (1916), du diamant (1919) et de la bauxite. La culture du cacao, introduite par le Fanti Tete Kwashi, se diffusa spontanément parmi les planteurs africains. Dès 1911, la Gold Coast était le premier producteur mondial de cacao. Les structures sociales s’en trouvèrent profondément transformées.


La montée du nationalisme

La montée du mouvement nationaliste fut précoce. Déjà, de 1868 à 1873, les chefs fantis du protectorat, en collaboration avec des évolués de Cape Coast (instruits dans les nombreuses écoles missionnaires de la côte et, pour quelques-uns, en Angleterre), avaient essayé d’organiser une confédération soumise à un régime constitutionnel (confédération dite « de Mankesim », du nom d’une vieille métropole religieuse fétichiste, choisie pour capitale). Cet essai de self-government, qu’avaient semblé souhaiter les Communes en 1865, échoua par suite des rivalités des chefs et surtout de l’irréductible hostilité des autorités britanniques locales. En 1897, une société pour la protection des droits des aborigènes (l’Aborigenes Rights Protection Society), fondée à Cape Coast par des chefs et des évolués, réussit à se faire entendre de J. Chamberlain et à obtenir le retrait d’arrêtés sur la propriété des terres préparés à Accra.

Après la Première Guerre mondiale, les revendications des évolués s’exprimèrent dans le National Congress of British West Africa, fondé en 1920 par un avocat de Cape Coast, J. E. Casely Hayford. Le gouverneur G. Guggisberg (1919-1927) leur donna partiellement satisfaction. Il créa près d’Accra le collège d’Achimota, établissement d’enseignement supérieur doté d’un personnel mi-européen, mi-africain hautement qualifié, tel le Fanti Aggrey, directeur adjoint. À Achimota devait se former toute une élite ghanéenne. Le système représentatif fit une apparition encore modeste : élection par les chefs, dans chacune des trois provinces de la colonie, d’un conseil provincial ; introduction de membres élus dans les conseils municipaux et le Conseil législatif, où, d’après la Constitution de 1925, sur 29 membres, 9 devaient être des Africains élus, 6 par les conseils provinciaux et 3 par les trois principales villes de la côte. Guggisberg développa également le service sanitaire et l’équipement économique (port artificiel de Takoradi).

L’évolution, arrêtée par la crise économique et par la Seconde Guerre mondiale, s’accéléra après 1945. En 1946, la Constitution Burns accorda aux Africains trois représentants au Conseil exécutif et la majorité au Conseil législatif, où, à côté des élus de la colonie, entraient pour la première fois des représentants de l’Achanti. L’économie devait se développer selon un plan de dix ans, que financeraient, outre l’aide britannique, les bénéfices de l’Office de commercialisation du cacao (le Ghana Cocoa Marketing Board).