Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

géosynclinal (suite)

Ce type de sédiments rythmiques a d’abord été interprété comme un mouvement discontinu, mais certains ont pensé qu’il pouvait être continu, chaque rythme des cyclothèmes étant étroitement lié à des phénomènes climatiques, les périodes pluvieuses favorisant l’érosion nécessaire an dépôt des termes inférieurs du cyclothème. Quant à la cause de cet enfoncement, on a d’abord cru que le seul poids des sédiments était suffisant, mais on sait aujourd’hui qu’il n’en est rien ; il faut donc penser à une certaine mobilité du fond des bassins sédimentaires.

La notion de géosynclinal a d’abord été fondée sur des arguments d’ordre sédimentaire et orogénique, mais rapidement s’y sont ajoutées des considérations ayant trait au métamorphisme et au magmatisme.


L’évolution des idées

À l’origine, on pensait que les géosynclinaux correspondaient à des sortes de fosses au fond desquelles les sédiments étaient métamorphisés et granitisés, mais Émile Armand a montré que certaines chaînes pouvaient se former en dehors de telles zones par simple déformation des niveaux profonds (socle) et glissements disharmoniques des terrains sédimentaires superficiels (couverture). Hans Stille devait encore préciser leur organisation en distinguant un domaine miogéosynclinal, adjacent à un avant-pays sur lequel la chaîne était déversée, et un domaine eugéosynclinal, situé en arrière, ces deux domaines correspondant à ce que l’on a l’habitude d’appeler dans les chaînes alpines les zones externes et les zones internes. François Ellenberger a mis en évidence que, dans les Alpes françaises, le métamorphisme ne précédait pas la tectonique. Jean Aubouin enfin a essayé, dans les Hellénides d’abord, puis dans les chaînes alpines et dans les chaînes plus anciennes, de codifier toutes ces données éparses pour élaborer un cadre évolutif logique.


Les caractères des géosynclinaux

Pour J. Aubouin, un géosynclinal se compose de rides (zones de hauts-fonds allongées appelées aussi géanticlinaux) et de sillons, ou bassins allongés plus profonds, développés entre un avant-pays externe (aire continentale) et une aire océanique interne.

En partant de l’intérieur vers l’extérieur, on rencontre successivement : une ride tectonisée très tôt et charriée vers l’extérieur ; un sillon interne comportant des ophiolites (roches éruptives) et un flysch (sédiment rythmique constitué par la répétition sur de grandes épaisseurs de bancs alternativement gréseux et argileux) précoce, charrié, sur le domaine externe ; une ride externe charriée vers l’extérieur ; un sillon externe contenant un flysch tardif, plissé tardivement et s’étant peu déplacé.

Ainsi, dans les Alpes occidentales françaises, le sillon externe correspond à la zone dauphinoise, la ride externe à la zone briançonnaise et le sillon interne à la zone piémontaise.

L’évolution d’un géosynclinal comprend : une période géosynclinale, caractérisée d’abord par une sédimentation différenciée suivant les rides et les sillons, puis par une orogenèse progressant de l’intérieur vers l’extérieur ; une période tardigéosynclinale, pendant laquelle se déposent des faciès de comblement (les molasses) ; une phase postgéosynclinale, pendant laquelle jouent des failles généralement verticales.

Toutefois, ce schéma, établi à partir des Hellénides, n’a sans doute qu’une signification régionale. En effet, si ce schéma s’applique encore assez bien aux Alpes franco-italiennes, il est déjà très différent au niveau des Alpes suisses, où dans la paléogéographie s’ajoute un second sillon de schistes lustrés ; de même, certaines chaînes alpines, comme les cordillères Bétiques ou les chaînes d’Afrique du Nord, sont dépourvues des ophiolites caractéristiques du sillon interne.

Pour expliquer les chaînes dites « géosynclinales », il ne suffit plus aujourd’hui de l’étude de leurs caractéristiques pétrographiques et structurales, il faut tenir compte aussi des données apportées par la géophysique et les replacer dans un cadre plus vaste que celui, trop étroit, des zones continentales ; toute modification se produisant dans les océans se répercute en effet à la surface des continents et réciproquement.

P. C.

➙ Chaîne de montagnes / Orogenèse.

 E. Argand, Tectonique de l’Asie (Congrès géologique internat., Liège, 1924). / J. Aubouin Géosynclines (Amsterdam, 1965).

géothermie

Partie de la géophysique* qui s’intéresse à l’histoire thermique de la Terre, par l’étude des processus de thermogenèse liés à la formation et à la composition du Globe, et celle des conditions thermiques actuelles à ses frontières, les uns constituant les conditions initiales et les autres les conditions aux limites d’un problème de conduction de la chaleur dans un corps sphérique.



Le flux de chaleur en provenance de l’intérieur du Globe, ou flux géothermique

Sa détermination en de nombreux points de la surface terrestre permet de dire :
1o que c’est une grandeur extrêmement variable, mais que, si l’on s’intéresse au flux normal, sa valeur moyenne est voisine de 60 milliwatts par mètre carré ;
2o que la valeur moyenne des mesures continentales et celle des mesures effectuées au fond des océans ne diffèrent pas d’une manière significative.

L’étude du flux géothermique a contribué, ces dernières années, par le développement intensif des mesures marines, à l’établissement de la théorie de la tectonique globale.

En outre, la prospection géothermique des zones de flux anormal associe la géothermie à l’étude du volcanisme (actif ou subactif), mais est surtout connue par des réalisations spectaculaires d’utilisation de l’énergie géothermique, comme en Islande, en Italie ou en Nouvelle-Zélande.

La détermination du flux géothermique nécessite celle du gradient de température au point de mesure ainsi que l’étude des propriétés thermiques des couches environnantes. Le gradient de température au voisinage de la surface a la valeur moyenne bien connue de 30 °C par kilomètre. Il peut prendre des valeurs beaucoup plus élevées dans les zones du flux anormal.

La conductibilité thermique des roches est une grandeur peu variable. Sa valeur moyenne est de 3 watts par mètre et par degré. Leur diffusivité varie encore moins et se situe autour de 0,01 centimètre carré par seconde.