Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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géographie (suite)

Géographie naturelle et analyse des milieux

La géographie naturelle a connu un épanouissement plus précoce que la géographie humaine : elle prend son essor avec les travaux de Humboldt, alors qu’en matière sociale les recherches ne sont actives que depuis Ratzel. Le champ des répartitions d’éléments inanimés ou d’êtres vivants à la surface de la Terre est si vaste que ses diverses parties n’ont pu être explorées en même temps et retenir également l’attention. Au début du xixe s., et à l’imitation de Humboldt, la curiosité se tourne d’abord vers l’étude de la géographie botanique et des éléments qui la conditionnent, le climat au premier chef. Dans les pays de civilisation germanique et en Europe orientale, où la géographie a été marquée profondément par les enseignements des grands maîtres allemands, l’intérêt pour ces problèmes n’a jamais faibli. Dans les pays anglo-saxons et en France, on a au contraire développé plus volontiers les travaux relatifs au relief : on n’a redécouvert l’intérêt de l’analyse synthétique du milieu que récemment, aux environs de 1930 ou plus tard. Rien d’étonnant donc si beaucoup de traités montrent une géographie naturelle constituée de chapitres juxtaposés, entre lesquels les liens logiques sont mal explicités.

La réflexion contemporaine, en matière d’étude des milieux naturels, insiste sur la multiplicité des rapports qui se nouent en un même lieu entre les divers ordres de phénomènes. Le climat détermine largement les formes végétales qui peuvent croître en un point ; il n’est pas seul à intervenir, puisque la disposition du relief et la nature chimique du sous-sol influent également. Lorsque les conditions de température et de précipitation sont stables, on voit se créer des associations climax, dans lesquelles les sols, la végétation, les animaux sont en équilibre. Cela s’explique aisément : toutes les formes vivantes dépendent de l’énergie que la photosynthèse fournit, et qui correspond à une fraction de celle du rayonnement solaire. Tous les êtres supérieurs dépendent de la première synthèse organique ainsi réalisée, comme le montre l’analyse des chaînes alimentaires. La matière vivante se trouve à son tour livrée à l’activité des décomposeurs — ce sont souvent des bactéries —, qui tirent de sa minéralisation l’énergie nécessaire à leur existence. En chaque localité, les éléments chimiques nécessaires à l’existence décrivent ainsi des cycles renouvelés : les échanges ne sont pas rigoureusement clos, puisque certains corps sont entraînés en solution par les eaux de drainage, que d’autres proviennent de l’attaque de la roche ou des apports de l’atmosphère. Au total, pourtant, les relations qui se nouent et se dénouent sur place sont les plus nombreuses. Elles ne sont possibles que si le milieu dispose d’eau en suffisance : les sels se dissolvent dans les eaux qui imprègnent le sol et sont acheminés des racines aux feuilles, où se produit la photosynthèse grâce à l’énergie mobilisée par la transpiration ; 40 p. 100 du rayonnement incident servent à cela, tandis que 2 p. 100 seulement sont transformés en énergie chimique par la photosynthèse. L’équilibre végétal en chaque point dépend donc et du bilan des précipitations et de l’énergie solaire rayonnée. Dans la mesure où les mouvements de l’eau qui a imbibé la terre sont plutôt descendants (ce qui traduit la faiblesse relative de l’évaporation au regard du total des pluies) ou plutôt ascendants (ce qui est marque de sécheresse), les caractères des sols sont très différents. Dans le premier cas, les éléments solubles disparaissent en profondeur, où ils s’accumulent parfois. Dans le second cas, ils se concentrent près de la surface et donnent parfois naissance à des croûtes ou à des carapaces. Enfin, la température moyenne conditionne les équilibres. On voit ainsi comment s’élaborent les associations climax : on comprend qu’elles dépendent pour l’essentiel du climat, la température et les précipitations donnant aux milieux l’essentiel de leurs caractères.

Les formes d’érosion portent également cette marque : l’attaque du relief varie avec le couvert végétal, avec le type de sol, avec l’importance du ruissellement, de l’évaporation ou de l’infiltration. Là où la terre est nue, on voit souvent les griffures de l’érosion linéaire se marquer plus fortement. Sous forêt, ou sous prairie, les mouvements lents du sol l’emportent, avec parfois une évolution plus rapide, une déchirure visible à la surface. Cependant, le rôle des forces locales est moins exclusif que dans les cas que nous évoquions plus haut. L’action de l’érosion sur un versant dépend très largement de ce qui se passe à l’amont et de ce qui survient à l’aval. De la même manière, lorsqu’on analyse le profil d’un cours d’eau, on s’aperçoit qu’il dépend de facteurs locaux (la résistance de la roche au point analysé), mais aussi des valeurs des pentes en amont et en aval, ainsi que de la charge solide transportée et du débit, qui déterminent la puissance disponible au point considéré pour l’attaque du lit rocheux.


Facteurs climatiques et facteurs structuraux

Il existe un contrôle de l’érosion par le climat : si en tous les points d’une grande région les conditions d’ensoleillement et de précipitations ne varient pas, on voit se développer les mêmes types de versants, les mêmes types de lits fluviaux chaque fois que les conditions structurales et la position par rapport à l’ensemble du système d’érosion sont semblables. En ce sens, on peut définir une géomorphologie climatique, mais elle ne peut expliquer l’ensemble des formes observables : sa puissance est moins grande que celle de la géobotanique ou de la géopédologie climatiques. La compréhension du relief suppose l’étude des processus d’attaque de la roche, de transport des matériaux et d’accumulation : les lois qui les régissent sont souvent telles que les phénomènes échappent à la disposition zonale.