Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

génital (suite)

Troubles génitaux

Tous les organes de l’appareil génital des deux sexes peuvent être atteints de lésions diverses, infectieuses ou tumorales par exemple (v. ovaire, testicule, utérus). Ces lésions entraînent des anomalies de fonctionnement qui perturbent les fonctions génitales soit dans la production des gamètes, soit dans leur transport, soit dans la réalisation de l’acte sexuel, soit enfin dans le résultat de cet acte (stérilité). Mais des troubles peuvent exister sans lésions apparentes des organes : ce sont des troubles fonctionnels d’origine nerveuse, psychique ou endocrinienne. Leurs conséquences peuvent être aussi fâcheuses que celles qui sont dues à des lésions. Nous les étudierons donc ensemble.


Chez l’homme

La diminution du nombre des spermatozoïdes dans le sperme (oligospermie) ou leur disparition (azoospermie) sont cause de stérilité*, alors que l’atteinte de la glande interstitielle (sécrétant la testostérone) est cause d’asthénie et d’impuissance. Ces troubles peuvent être consécutifs à une infection du testicule (orchite).

L’obstruction de l’épididyme est le plus souvent le fait d’une infection gonococcique ou tuberculeuse, parfois banale (colibacille, entérocoque). La prostatite a des causes analogues. Toutes ces infections produisent des anomalies de transport du sperme et, par suite, des stérilités.

Les pertes séminales nocturnes sont sans gravité, mais les pertes diurnes involontaires de même que l’hématospermie (sang dans le sperme) doivent faire rechercher une lésion de l’urètre postérieur ou de la prostate.

L’impuissance est l’impossibilité d’avoir un rapport sexuel normal et complet (en médecine, ce terme ne s’applique qu’à l’homme, alors qu’en droit il s’applique aux deux sexes). Il peut s’agir soit d’une absence totale ou d’une insuffisance de l’érection, soit d’une éjaculation précoce (avant l’intromission), l’érection étant normale, soit enfin d’une absence d’éjaculation (donc d’orgasme masculin), l’érection et l’intromission étant normales.

L’impuissance peut être due à une insuffisance testiculaire (défaut de développement, suite d’orchite, déséquilibre endocrinien [d’origine hypophysaire, thyroïdienne ou surrénale]). Certaines lésions locales de l’urètre prostatique (par trouble de l’excitabilité), certaines maladies générales, tel le diabète, certaines maladies infectieuses, certaines intoxications peuvent également être en cause.

Lorsque l’impuissance est due à une section traumatique de la moelle épinière ou à une atteinte grave de celle-ci (tabès, syringomyélie, myélites), l’atteinte est totale et définitive. Mais les impuissances les plus fréquentes sont d’origine neuropsychiatrique : une névrose est souvent en cause, en rapport avec des perturbations affectives de l’enfance ou de l’adolescence, avec des échecs ou des rebuffades lors des premières tentatives, ou simplement avec une mauvaise compréhension du couple. Dans ces cas, un traitement médicamenteux et surtout psychothérapique donne généralement de bons résultats.

L’anaphrodisie (absence totale de désir) est rare chez l’homme ; elle est généralement en rapport avec une psychopathie sévère ; elle n’existe pas chez les impuissants, qui souffrent de ne pouvoir assouvir leurs désirs (ce qui aggrave leur cas).

Le satyriasis, au contraire de l’impuissance, est un état d’excitation génitale sans frein, qui devient grave le jour où l’impulsion irrésistible outrepasse les convenances sociales.

Le priapisme est caractérisé par des érections prolongées, involontaires, souvent douloureuses, mais sans appétit sexuel, et n’aboutissant pas à une éjaculation ; il peut avoir une cause locale, irritative, tumorale ou traumatique, ou encore une cause médullaire (hématomyélie [sang dans la moelle épinière], tabès au début).


Chez la femme

Les troubles génitaux revêtent des caractères parallèles à ceux qui sont observés chez l’homme (troubles de production des gamètes, troubles de transport, troubles dans l’acte sexuel d’origine nerveuse ou psychique), mais les phénomènes se compliquent du fait de l’existence du cycle menstruel, qui peut, lui aussi, être perturbé.

L’absence d’ovulation peut être due à une affection de l’ovaire ou à une affection endocrinienne (hypophyse, thyroïde ou surrénale) ; elle entraîne soit une absence totale du cycle menstruel, donc de règles, soit des cycles anovulatoires (avec règles, mais sans possibilité de fécondation) si les sécrétions hormonales de l’ovaire sont suffisantes. Dans les deux cas, il y a stérilité tant que l’ovulation ne reprend pas.

L’obstruction des trompes empêche la migration des ovules dans l’utérus, donc la fécondation, et il y a stérilité. (Les infections gonococciques, tuberculeuses ou banales sont le plus souvent en cause.)

Une anomalie de forme ou de dimension de l’utérus empêche la nidation d’un œuf fécondé, alors qu’une anomalie du vagin (absence, cloisonnement, obstruction, spasme) peut empêcher tout rapport sexuel ; une intervention chirurgicale bénigne peut souvent tout remettre en ordre.

Contrairement à l’homme, la femme peut avoir des rapports sexuels sans désir et sans plaisir : il s’agit de frigidité*, affection très répandue, dont la cause est le plus souvent psychique. La femme frigide peut avoir des enfants si ses organes génitaux sont normaux ; toutefois, cet état provoque de graves mécomptes sur le plan de l’entente conjugale et dans le propre comportement de la femme : les traitements neuropsychiatriques et notamment psychothérapiques bien conduits sont généralement efficaces.

Signalons que la femme atteinte de section complète de la moelle ou d’affection médullaire équivalente peut être fécondée et enfanter normalement.


Dans le couple

Il va de soi que si l’un des partenaires est atteint de l’une quelconque des causes de stérilité, le couple est stérile (il faut rechercher le responsable et le traiter). De même, sur le plan des rapports sexuels, l’impuissance de l’homme (plus ou moins accentuée) comme la frigidité de la femme entraînent des retentissements sur le plan psychologique (affection, bonne entente, etc.). Par contre, il existe des couples où ni l’homme ni la femme n’ont de cause de stérilité, où les rapports sont harmonieux et où une stérilité se manifeste néanmoins. Ces cas, relativement rares, sont attribués à une incompatibilité génétique empêchant la fécondation ou provoquant la mort de l’embryon dès les premiers moments de sa formation. (On sait maintenant que de nombreux avortements spontanés sont en rapport avec une anomalie chromosomique observée sur l’embryon expulsé et qui est incompatible avec la vie.)

P. D.