Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

génétique (suite)

On connaît actuellement chez l’Homme près de 1 800 traits ou maladies dominants. Certaines maladies sont des anomalies de caractère bénin qui se sont transmises dans certaines familles depuis une époque fort reculée. L’héméralopie est un trouble caractérisé par une diminution de la vision nocturne ; c’est un caractère dominant. Elle a été retrouvée dans une famille ancienne du Languedoc, la famille Nougaret. Le premier héméralope connu fut Jean Nougaret, qui naquit dans la région de Montpellier vers 1637. Depuis lors, la maladie s’est transmise durant neuf générations, affectant au total 134 de ses descendants.

La brachydactylie est une malformation relativement bénigne, caractérisée par un raccourcissement des doigts de la main. Elle gêne dans les petits travaux de la vie courante et interdit de jouer correctement du piano. Elle a été décrite pour la première fois dans une famille de Pennsylvanie, dans laquelle elle s’était transmise durant un grand nombre de générations.

La symphalangie est une autre malformation des doigts, caractérisée par une absence d’articulations entre la phalange et la phalangine et par une soudure entre ces os. Elle a été observée dans une famille anglaise vivant de nos jours. Or, une vieille tradition voulait que cette symphalangie ait existé chez un grand nombre d’ascendants, et en particulier chez un ancêtre lointain, John Talbot, comte de Shrewsbury (v. 1388-1453). Celui-ci combattit avec les troupes anglaises pendant la guerre de Cent Ans et trouva la mort à la bataille de Castillon près de Bordeaux. Il est l’un des héros d’Henri V de Shakespeare. En 1854, à l’occasion de la réfection d’une église, son tombeau fut ouvert et l’on put constater, en examinant son squelette, que la tradition avait été exacte. L’anomalie s’était perpétuée durant cinq siècles à travers quatorze générations.

Le célèbre prognathisme des Habsbourg d’Espagne constitue un autre exemple d’un caractère sans gravité transmis fidèlement de génération en génération durant plus de trois cents ans.

Les affections dominantes ne sont, cependant, pas toujours aussi anodines, et l’on en connaît de nombreuses qui handicapent la vie de l’individu. Certaines peuvent atteindre les membres, telles la polydactylie, caractérisée par la présence de doigts surnuméraires, la syndactylie, ou fusion de deux ou plusieurs doigts, ou des malformations plus complexes (mains dites en pince de homard). Il peut s’agir de syndromes complexes, comme le syndrome de Marfan, ou arachnodactylie, caractérisé par l’existence de membres très longs et graciles, de doigts en pattes d’araignée, ainsi que par des malformations des yeux et des malformations cardiaques. La luxation congénitale de la hanche est une maladie dominante fréquente en Bretagne, qui affecte surtout le sexe féminin. La neurofibromatose de Recklinghausen se manifeste par des tumeurs cutanées le plus souvent bénignes, mais qui peuvent être profondes et comprimer des racines nerveuses, entraînant ainsi des paralysies. La chorée de Huntington est caractérisée par une démence d’apparition tardive au cours de la vie, vers la trentaine ou même plus tard. Citons encore des affections cutanées telles que les ichtyoses, les kératoses, les télangiectasies, le psoriasis, certaines dysplasies ectodermiques, la polypose intestinale, caractérisée par l’existence de tumeurs intra-intestinales bénignes par elles-mêmes, mais affectées du risque grave de dégénérescence maligne.

Font aussi partie des maladies dominantes certaines formes de becs-de-lièvre, des affections des yeux telles que les microcornées, les mégalocornées, l’aniridie, ou absence d’iris, des malformations des oreilles telles que certaines surdités par otosclérose, des dysplasies osseuses telles que l’ostéopétrose, ou os de marbre, la maladie de Crouzon avec sa déformation caractéristique du crâne en chapeau de clown, la maladie exostosante, caractérisée par des exostoses osseuses multiples. L’une des maladies dominantes les plus caractéristiques demeure l’achondroplasie, qui est responsable du nanisme observé chez beaucoup de nains de cirque.

Pour beaucoup de ces maladies, on connaît le taux de mutation, c’est-à-dire la fréquence avec laquelle apparaissent des malades nouveaux au sein de familles saines. Ce taux de mutation est de l’ordre de 1 pour 105 gamètes par génération.


Hérédité récessive autosomique

Les maladies autosomiques récessives ne se manifestent que chez des individus homozygotes pour le gène pathologique. Les lois de l’hérédité récessive sont donc les suivantes :
— les deux sexes sont frappés avec une égale fréquence ;
— les sujets atteints naissent en général de parents normaux ;
— les fratries atteintes sont uniques dans des familles saines par ailleurs ;
— dans les fratries atteintes, on observe un sujet malade pour trois sujets sains ;
— la descendance des sujets atteints est en général saine ;
— on observe un taux de consanguinité élevé parmi les parents des malades.

Ces lois s’expliquent de la manière suivante : pour qu’un sujet soit homozygote pour un allèle donné, il faut, par nécessité, qu’il en ait reçu un exemplaire de chacun de ses parents. Il doit donc naître de parents hétérozygotes pour l’allèle, mais phénotypiquement normaux. Le schéma de la figure 3 montre une telle union, la production des gamètes et la descendance, qui comprend un quart de sujets homozygotes normaux, deux quarts de sujets hétérozygotes phénotypiquement normaux et un quart de sujets homozygotes tarés, soit, au total, un sujet taré pour trois sujets phénotypiquement normaux.

L’union d’un sujet taré aa avec un sujet normal AA ne donnera que des hétérozygotes Aa, donc phénotypiquement sains. Pour qu’un sujet taré ait un enfant taré, il faut qu’il épouse un sujet hétérozygote. Une telle union aa × AA est rare ; elle donnera la moitié de sujets Aa et la moitié de sujets aa.