Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Amazonie (suite)

Cette végétation luxuriante correspond au climat constamment chaud et humide de la zone équatoriale. À peine peut-on distinguer dans la partie occidentale de l’Amazonie une zone de pluies particulièrement abondantes et régulières, et sur le revers du massif des Guyanes une petite région nettement plus sèche, où les précipitations annuelles n’atteignent plus 2 000 mm (les mois de juin, juillet et août étant beaucoup moins pluvieux). La chaleur et l’humidité provoquent une grande insalubrité pour l’homme, en favorisant l’expansion de nombreuses maladies endémiques (paludisme, amibiase) ; la grande forêt abrite une faune variée, abondante.


Une population très faible et très éparse

On ne peut guère parler d’une mise en valeur de l’Amazonie par l’homme, dont la situation reste souvent très précaire dans cet « enfer vert » qui l’écrase. Environ 3 millions d’individus y vivent ou tentent de survivre. La répartition du peuplement suit les axes des plus grandes rivières, et c’est le long de leurs berges que se sont installées les familles qui, venant d’autres pays ou d’autres régions, ont dû emprunter le fleuve et ses affluents pour arriver jusque-là, et qui doivent continuer à utiliser cet unique moyen de transport dont ils disposent. Ces immigrants ont rencontré des groupes indiens antérieurement fixés en Amazonie ; il en est résulté un métissage qui caractérise l’essentiel du groupe humain amazonien d’aujourd’hui.

Il faut pourtant mettre à part les groupes indiens restés en marge de cette évolution : dans les zones les moins connues, les plus reculées, subsistent des tribus non assimilées, qui vivent de cueillette, de chasse et de pêche, avec parfois une petite agriculture sur brûlis. Le reste du groupe humain, en dehors des habitants des quelques villes, vit d’une agriculture de subsistance pratiquée, avec des moyens précaires, sur d’étroites bandes de terrain défrichées entre la grande forêt et les bords des rivières. Il fournit la main-d’œuvre à diverses entreprises d’exploitation des richesses brutes de la région.

Le secteur le plus important, parmi les industries primaires, reste celui du caoutchouc. C’est en effet dans la forêt amazonienne qu’existe à l’état naturel Hevea brasiliensis, dont la sève donne la matière première du caoutchouc. Au début du xxe s., l’exploitation de cette richesse donna, pendant quelques années, un grand élan à l’économie de l’Amazonie et fut à l’origine de quelques formidables fortunes, mais la plantation de l’arbre à caoutchouc par les Anglais en Malaisie ruina ces espoirs, en créant une forme de production beaucoup plus rentable que l’exploitation des arbres dispersés dans la forêt. Celle-ci subsiste néanmoins et donne une production d’environ 40 000 t par an. Les tentatives de plantation de l’hévéa en Amazonie, dont la plus célèbre est celle de l’entreprise Ford, ont, jusqu’à présent, échoué.

La seconde richesse de la forêt est fournie par le châtaignier du Pará ; la récolte donne, chaque année, de 30 000 à 35 000 t de châtaignes, dont on fait de l’huile. Quelques plantations autour de Manaus et de Belém tentent de valoriser ce produit, dont l’essentiel est encore fourni dans le cadre d’une simple économie de cueillette. L’immense forêt, d’autre part, devrait être la base d’une activité importante. Malgré l’existence de diverses entreprises de production de bois, il n’en est rien ; les espèces sont trop dispersées, les essences rares ont trop disparu et les conditions de transport sont trop difficiles pour que s’installe une exploitation vraiment rentable de la forêt. Enfin, les recherches n’ont pas encore confirmé les espoirs de trouver du pétrole dans le sous-sol amazonien.

La possession d’une partie de l’Amazonie n’est donc pas un grand facteur d’enrichissement pour les États qui se partagent cette grande région naturelle : la partie supérieure est divisée entre la Colombie et le Pérou ; dans le territoire de ce dernier pays, les pouvoirs publics s’efforcent d’encourager la colonisation, en particulier autour de la ville d’Iquitos, qui compte aujourd’hui 70 000 habitants. Mais l’essentiel de l’Amazonie appartient au Brésil. Un service officiel d’aménagement tente de promouvoir quelques activités nouvelles autour de Manaus — où se retrouvent les vestiges de la grande époque du caoutchouc — et de Belém, et surtout la construction, avançant péniblement, de deux grandes routes (les transamazoniennes) commencent à fixer de nouveaux points de colonisation agricole, sans enlever jusqu’à présent à l’ensemble son caractère de grande zone naturelle non développée.

M. R.

➙ Belém / Brésil.

 P. Monbeig, le Brésil (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1954 ; 3e éd., 1968). / L. de Castro Soares, Guide de l’excursion du XVIIIe Congrès de géographie (Rio de Janeiro, 1956). / Conselho Nacional de Geografia, Grande Regiao Norte (Rio de Janeiro, 1959). / O. Dollfus, le Pérou (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1967). / B. Flornoy, Amazone, terres et hommes (Perrin, 1969).

Ambroise de Milan (saint)

Père et docteur de l’Église latine (Trèves v. 340 - Milan 397).



Une élection épiscopale inattendue

En l’automne 374, Milan vit des heures de fièvre. Auxence, l’évêque arien qui a évincé Denys, l’évêque légitime, vient de mourir. Un nouvel évêque doit être élu, et les deux factions adverses, chrétiens orthodoxes et partisans d’Arius*, déploient une égale passion pour mettre un des leurs sur le siège épiscopal. Dans la basilique où se déroulent les élections, l’atmosphère est orageuse. Craignant que l’affrontement ne dégénère en bagarre, le gouverneur de la ville, Ambroise, croit devoir se rendre en personne à l’église pour assurer le maintien de l’ordre. Le jeune fonctionnaire impérial, en poste depuis un an à peine, est très populaire. Et pendant qu’il adresse à la foule quelques paroles pour l’exhorter au calme, une voix d’enfant se fait soudain entendre : « Ambroise évêque ! » Ce cri est repris par la multitude, qui voit là une intervention du ciel pour mettre fin au conflit. À dire vrai, cette enfantine voix prophétique pourrait bien n’être qu’une addition légendaire. Il n’en reste pas moins que le choix d’une personnalité qui n’était pas compromise dans les querelles religieuses des années précédentes parut à tous une solution providentielle. Le nouvel évêque était né à Trèves, où son père était préfet des Gaules. Sa famille était chrétienne, mais il n’avait pas été baptisé dans son enfance, selon l’usage, encore répandu à cette époque, de retarder le baptême jusqu’à l’âge adulte. Aussi, en l’espace d’une semaine, le jeune magistrat sera-t-il baptisé et consacré évêque (décembre 374).