Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Amanites (suite)

Amanites toxiques ou dangereuses

A. muscaria (= Fausse Oronge = A. Tue-Mouches). Chapeau rouge vif ou orangé, à bord strié, couvert de nombreuses verrues blanches ; pied, lames et anneau blancs ; base bulbeuse ; volve réduite à quelques bourrelets écailleux. Espèce très commune, surtout sous les bouleaux, de toxicité variable, mais non mortelle.

A. pantherina (= A. Panthère = Fausse Golmotte). Plus petite que l’Amanite Tue-Mouches ; de couleur brune ou gris bistré ; chair blanche ; trois ou quatre bourrelets membraneux à la base du pied.
Les substances toxiques de l’Amanite Tue-Mouches et de l’Amanite Panthère (muscarine, bufoténine) provoquent des troubles gastro-intestinaux et parfois nerveux (délire, prostration) ; la cuisson prolongée atténue le pouvoir toxique de ces Champignons.
Traitement : lavages d’estomac, administration d’atropine.

A. citrina (= A. Citrine). Chapeau charnu, jaune citrin ou blanc, couvert de plaques irrégulières blanchâtres ; pied terminé en bulbe simplement marginé. Espèce très commune en France. Longtemps considérée comme vénéneuse, elle peut, en réalité, être consommée sans danger ; à rejeter en raison de sa saveur peu agréable et de la confusion possible avec l’Amanite phalloïde.


Les trois Amanites mortelles

A. phalloïdes (= A. phalloïde = Oronge ciguë) est l’espèce la plus commune. On la reconnaît : à son chapeau vert, jaune-vert, parfois gris ou presque blanc, marqué de vergetures soyeuses rayonnantes ; à ses lamelles et à son anneau blancs ; à sa volve membraneuse, caractéristique, mais souvent enfouie dans les feuilles ou la terre. Très abondante en été et en automne dans les bois de feuillus, elle est responsable de 95 p. 100 des accidents mortels.

A. virosa et A. verna, moins fréquentes, sont des espèces blanches qu’on risque de confondre avec des Psalliotes comestibles.
L’empoisonnement est caractérisé par l’apparition tardive (de 6 à 48 heures) des symptômes : déshydratation, soif, crampes, hypoglycémie, hypochlorémie. Les toxines (amanitine, phalloïdine), répandues dans le sang, agissent électivement sur les reins et surtout le foie (dégénérescence graisseuse, puis nécrose irréversible des cellules). À noter que ces toxines ne sont pas détruites par la macération dans l’eau salée ou par l’eau bouillante. La dose mortelle est de 30 à 50 g de champignon frais suivant l’âge et l’état de santé du sujet. Le traitement consiste en injections intraveineuses de sérum glucose ou salé et en administration de toniques cardiaques. Le sérum antiphalloïdien de l’Institut Pasteur est efficace s’il est administré suffisamment tôt.

J. N.

 R. Dujarric de La Rivière et R. Heim, les Champignons toxiques (Éd. techniques, 1938). / E. Gilbert, Amanitaceœ, in J. Bretadola, Iconographie Mycologica, XXVII (Milan, 1940-1941 ; 3 vol.). / R. Heim, les Champignons d’Europe (Boubée, 1957 ; 2 vol. ; 2e éd., 1969 ; 1 vol.) ; les Champignons toxiques et hallucinogènes (Boubée, 1963).

Amarna

Forme abrégée d’Al-Amarna ou de Tell al-Amarna, nom moderne du site de Moyenne Égypte, à 325 km au nord de Thèbes, où le pharaon Akhenaton (v. Aménophis IV) fonda, peu après 1370 av. J.-C., une éphémère capitale nommée Akhetaton.


Akhenaton, rêveur mystique et monothéiste, dévot du culte solaire, se brouilla avec le clergé du dieu Amon et le déposséda de tous ses biens : délaissant Thèbes, il choisit un site qui n’avait appartenu à aucun dieu ni déesse, dans un cirque de montagnes, à l’endroit où les falaises du haut désert s’écartent du Nil pour former un hémicycle d’environ 25 km de long sur 5 km de large. Il délimita les frontières de sa ville en faisant graver de grandes stèles sur les rochers des collines avoisinantes ; ces stèles commémorent la création d’Akhetaton (« l’Horizon d’Aton »). La capitale n’eut qu’une vie d’une douzaine d’années, s’éteignant avec son roi. Il n’en reste que des ruines de murs en brique qui ne dépassent pas 1 m de haut et déçoivent le touriste ; mais les archéologues ont pu la reconstituer. Le quartier central, avec ses édifices publics, s’étend le long de la rive droite du Nil ; les maisons des particuliers sont réparties le long des voies principales, tandis que le village des ouvriers est situé un peu à l’écart de la ville ; les montagnes, à l’est, abritent les tombes. Seul le quartier central, avec deux voies principales, a été l’objet d’un plan d’urbanisme. La route du roi, parallèle au Nil, dessert les édifices les plus importants de la ville : grand temple du disque solaire, palais, maison du roi, services publics. La rue du grand prêtre donne accès aux domaines des nobles ou des hauts fonctionnaires. Au sud de la ville, Akhenaton avait installé sa résidence de plaisance, Meroutaton, où le jaillissement des jeux d’eau attirait fleurs et oiseaux.

Des différences importantes caractérisent Amarna par rapport au reste de l’architecture égyptienne. D’abord, l’emploi de la brique au lieu de la pierre témoigne d’une grande hâte dans sa construction. Ensuite, le grand temple d’Aton offre largement ses cours aux flots de la lumière solaire, contrairement aux autres temples égyptiens, où la gradation de l’ombre à l’obscurité était savamment dosée. Enfin, si éphémère fût-il, l’art d’Amarna est le seul qui ait su se dégager des normes stylistiques que connurent trois mille ans de civilisation dans ce pays. Les tombes de nobles, souvent inachevées ou martelées, nous en apportent le témoignage. Tous les artistes accoururent vers Akhetaton pour exécuter en hâte les innombrables commandes. Jamais l’Égypte n’avait connu tant de liberté et d’originalité. Jamais elle n’avait vu de tels personnages aux membres grêles, à la tête allongée en arrière, au front fuyant, aux yeux immenses, au cou mince, au ventre ballonné et aux hanches lourdes ; pour la première fois, les têtes sont de face et non plus seulement de profil. Les sujets sont nouveaux ; la vie intime de la famille royale remplace les scènes rituelles. Jusqu’alors, une règle invariable voulait que les statues d’hommes eussent une jambe en avant et les statues de femmes les jambes jointes ; l’inverse devient la règle : le roi est debout les pieds joints, tandis que la reine Nefertiti et les princesses portent une jambe en avant. Le règne animal n’est pas oublié, et les oiseaux s’ébattent plus librement que jamais sur les corolles de papyrus de leurs marécages. Cette sensibilité et cet amour de la nature, que rien ne vient plus entraver, livrent des œuvres parmi les plus belles de l’art égyptien ; certaines tentatives poussées jusqu’à l’exagération et au grotesque ne sont pas sans intérêt. Tout cet art vertigineux est à l’image d’Akhenaton. L’éphémère « hérésie religieuse » efface tout le rituel pharaonique : les statues de culte disparaissent ; Aton, le disque solaire, est un dieu unique et universel : Osiris, dieu des Morts, est absent jusque dans les tombes.

Amarna reste célèbre pour ses tablettes en cunéiformes, qui retracent les échanges de correspondance entre l’Égypte et l’Asie, et pour tous les rêves qui s’attachent à la personne de Nefertiti, à celle de Toutankhamon*, qui naquit là, à celle d’Akhenaton, qui rayonne sur tout l’« Horizon du Disque ».

V. R.

 W. M. F. Petrie, Tell el Amarna (Londres, 1894). / J. D. S. Pendlebury, Tell el Amarna (Londres, 1935 ; trad. fr. les Fouilles de Tell el-Amarna et l’époque amarnienne, Payot, 1936). / C. Aldred, Akhenaten Pharaoh of Egypt (Londres, 1968 ; trad. fr. Akhénaton, Tallandier, 1970).