Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

Gaule (suite)

La monnaie

Le commerce devait entraîner avec lui l’usage de la monnaie. Aux ve et ive s., la monnaie grecque pénètre timidement. Au iiie s. commence la frappe des monnaies gauloises, qui succèdent à l’emploi vraisemblable de haches de bronze ou de barres de fer comme instruments d’échange. Les peuples de la vallée du Rhône copient, en bronze coulé, des monnaies de Marseille ; les Volsques Tectosages (Languedoc) imitent des monnaies de Rhodê (Rosas). Mais la Gaule du Centre et du Nord ignore ces modèles voisins et copie les statères macédoniens, adoptant ainsi l’étalon-or (les modèles macédoniens eux-mêmes sont très rares en Gaule). Techniquement, ils passent très vite de la copie à l’interprétation, plus ou moins stylisée, déformée, différenciée, et la masse des monnaies diverses a donné lieu à des interprétations non moins variées de la part des numismates (déformation par recopiages successifs, stylisation transfigurative à intention religieuse ou magique, etc.). Avec la chute de l’hégémonie arverne, en 121 av. J.-C., la frappe du statère d’or se trouve concurrencée par une monnaie d’argent, inspirée du denier romain et frappée notamment chez les Éduens. Peut-être, cette division de la Gaule en deux étalons monétaires correspond-elle à une division économique, entre peuples demeurés relativement repliés sur eux-mêmes et peuples entrant progressivement dans l’orbite économique de Rome.


La conquête romaine

Les Romains intervinrent en Gaule pour la première fois, à l’appel de Marseille, leur alliée, en 154 av. J.-C. Ils battirent les tribus ligures qui menaçaient les colonies marseillaises. En 125-124, des événements semblables se déroulèrent. Le peuple ligure des Salyens fut vaincu par les Romains. Ceux-ci commençaient à s’intéresser à la Gaule, par laquelle ils pouvaient envisager une liaison terrestre vers l’Espagne, déjà conquise. En outre, les ressources en or de la Gaule les tentaient : ce devait être une cause de déception par la suite, car elles s’épuisèrent rapidement. Demeurant sur place, ils fondèrent un poste fortifié, future colonie d’Aquae Sextiae (Aix). Les Éduens rejetèrent l’hégémonie arverne pour s’allier aux Romains. À l’opposé, les Allobroges, qui donnèrent asile aux Salyens en fuite, furent battus, de même que, bientôt, les Arvernes (121). Les Arvernes battus, Rome, maîtresse des lieux, se tailla une province, avec Narbonne pour capitale. Une route vers l’Espagne fut aussitôt tracée, la voie Domitienne.

Une dizaine d’années plus tard, les envahisseurs cimbres et teutons déferlaient sur le sud de la Gaule (109-101). Quatre armées romaines furent battues, avant que Caius Marius (157-86 av. J.-C.) redressât la situation en 102 (bataille d’Aix) et en 101 (bataille de Verceil en Cisalpine). La Gaule, dévastée, demeura longtemps affaiblie. Ses chars n’avaient pas su résister à la cavalerie des envahisseurs : aussi, le char de guerre fut-il abandonné à cette époque.

Vers 60 av. J.-C., des Germains se trouvèrent un chef en la personne d’Arioviste. Celui-ci se mit au service des Séquanes, en conflit avec les Éduens. Mais, une fois en Gaule, il se conduisit en maître, et les Gaulois ne furent pas fâchés, incapables qu’ils étaient alors de s’unir, tout à leurs rivalités entre peuples et à leurs discordes intérieures, de voir César les débarrasser des hordes germaines, comme il les débarrassait aussi des Helvètes en migration à travers la Gaule (58). Mais César, à son tour, ne s’en alla pas. Les visées du Sénat romain ne semblaient pas aller au-delà du pays déjà conquis. Le Gaulois apparaissait au Romain comme le vieil ennemi qui avait menacé la ville, comme un guerrier redoutable : on connaissait la statuaire hellénistique qui avait popularisé le type du Celte, combattant farouche au costume barbare. Mais l’ambition personnelle de Jules César devait être la cause décisive de la conquête (v. César).


L’établissement de Rome

Après la défaite de Vercingétorix à Alésia (52 av. J.-C.) et la reddition d’Uxellodunum (51), la Gaule était intégralement et définitivement conquise. « La défaite d’Alésia est la plus grande catastrophe de notre histoire », s’écrie Ferdinand Lot, renchérissant sur les vues de Camille Jullian, pour qui la civilisation romaine n’a pas été un apport très heureux. Ces deux historiens déplorent également la façon dont le propre de la civilisation gauloise aurait été étouffé brusquement.

Ce point de vue n’est pas partagé par tous, loin de là. D’abord, la défaite des Gaulois semblait fatale : une nation désunie profondément, une atmosphère politique trouble dans les cités, une population d’agriculteurs bien enracinés à leur terroir et de ce fait moins belliqueuse que les générations précédentes, des armées valeureuses mais aussi inaptes à la grande stratégie qu’aux ruses de guerre, trop portées à l’attaque impétueuse et à l’exhibition de la vertu guerrière, peut-être beaucoup moins nombreuses que ne le prétendent les chiffres de César, une pleine conscience de la supériorité militaire de Rome : tout cela condamnait la Gaule.

En outre, la domination romaine devait préserver la Gaule de l’invasion des Germains, ou du moins retarder celle-ci de plusieurs siècles. Enfin, il allait se produire, entre Rome et la Gaule, des apports réciproques, sur tous les plans, matériel et culturel, dont la Gaule devait être la principale bénéficiaire.

Après la conquête, la Gaule chevelue se trouva être province de fait, sans statut déterminé. En 43, une colonie fut fondée à Lyon. Sous Auguste, l’ancienne province prit son nom de Narbonnaise, et les Trois Gaules, aux limites modifiées, devinrent des provinces, gouvernées par des légats d’Auguste. Entre la Belgique et le Rhin se trouvait une zone militaire, destinée à former plus tard les deux provinces de Germanie. Les régions voisines des Alpes, conquises en dernier, ne furent pas rattachées à la Gaule. Les peuples gaulois, devenus des cités, ont conservé leur territoire, leurs institutions, mais tous n’ont pas le même traitement : certaines cités sont fédérées, ou libres, ou stipendiaires, selon le plus ou moins d’égards ou de rudesse de la part du vainqueur.