Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

Gāndhī (Indira) (suite)

Après la mort de son père, en 1964, elle accède au ministère de l’Information et de la Radiodiffusion dans le cabinet présidé par Lal Bahādur Shastri. Quand celui-ci disparaît, victime d’une crise cardiaque (11 janv. 1966), elle lui succède comme Premier ministre le 12 janvier (67 p. 100 des voix) ; elle assumera en même temps différents portefeuilles, notamment les Affaires étrangères et l’Énergie atomique. En mars 1967, à la suite des élections générales, elle est réélue à l’unanimité leader du groupe parlementaire du parti du Congrès. En même temps, elle forme son second cabinet : huit sur quinze des membres du premier cabinet restent en fonctions.

À cette occasion, elle déclare que les deux bases de sa politique resteront le non-alignement pour l’extérieur et le socialisme pour l’intérieur. Cette position dite « de gauche », laïque d’inspiration et qui traduit une large confiance dans la planification économique, est liée chez elle à un anticommunisme sans équivoque et à une vision très vaste des problèmes internationaux.

Ce progressisme a amené le Premier ministre à préconiser ou à prendre des mesures radicales. Dès 1967, Indira Gāndhī décide d’adopter une politique de contrôle social des banques ; deux ans plus tard, les quatorze banques les plus importantes sont nationalisées par ordonnance. Cette politique se heurte à la méfiance de nombreux membres du parti du Congrès : le 12 novembre 1969, Indira Gāndhī est exclue de ce parti, très précisément pour avoir accepté de participer à la conférence islamique de Rabat. De son côté, elle accuse ce parti de s’être coupé des masses populaires et fonde le Nouveau Congrès, qui triomphe aux élections de mars 1971 en disposant des deux tiers des voix à la Chambre du peuple.

Réinvestie, elle peut, dès lors, se consacrer au problème numéro un de l’Inde : les relations avec le Pākistān* et notamment l’appui accordé au Bangla Desh. En décembre 1971, après une série de visites d’Indira Gāndhī dans les pays occidentaux, l’Inde et le Pākistān s’affrontent en une courte guerre qui se termine par la défaite du Pākistān et la reconnaissance par l’Inde de l’indépendance du Bangla Desh.

P. P.

➙ Inde.

 A. Cublier, Indira Gandhi (Gonthier, 1967).

Gange (le)

Fleuve de l’Inde, tributaire du golfe du Bengale.


Le terme de Gange est la forme européenne de la Gaṅgā, nom sanskrit du grand fleuve de l’Inde du Nord. Long de 3 090 km, le Gange draine un bassin de 2 165 000 km2, le plus vaste des bassins fluviaux indiens (auquel on peut ajouter celui du Brahmapoutre [735 000 km2], qui mêle ses eaux à celles du Gange dans un delta commun). Le cours du Gange comprend trois sections très différentes : le Gange himalayen, le Gange moyen et le delta.

Les sources du Gange sont situées dans le Garhwāl, région de l’Himālaya central, sur le territoire de l’Inde. On distingue, parmi les cours supérieurs du fleuve, deux branches principales : l’Alaknandā, qui naît au pied d’un glacier à 4 195 m d’altitude, au-dessus de la ville sacrée de Badrīnāth, et la Bhāgīrathī, dont les sources sont situées plus à l’ouest, au-dessus des villes sacrées de Kedarnāth et de Gangotrī. Ces cours supérieurs sont des torrents tumultueux coulant au fond de vallées en V profondément entaillées dans la montagne ; le chemin qui mène aux sources ne trouve généralement pas de place au fond de la vallée, mais a dû être taillé dans les rochers sur l’un ou l’autre des versants. C’est à partir du confluent de l’Alaknandā et de la Bhāgīrathī, à Devaprayāg, que le fleuve prend le nom de Gange. La vallée s’élargit, se transforme en vallée à fond plat (large de 1,500 km environ à Rishikesh), puis franchit la chaîne des Siwālik à travers des gorges. Le cours montagnard se termine à Hardwār, où la largeur du lit se réduit à 750 m. Le Gange a alors parcouru 290 km sur une dénivellation de 3 600 m. Son débit minimal est de 200 m3/s. À l’époque de la mousson, le débit maximal des rivières himalayennes est approximativement trente fois supérieur au débit minimal.

Sorti de l’Himālaya, à une altitude de 311 m, le Gange coule dès lors très lentement à travers une large plaine édifiée par ses propres alluvions et celles de ses affluents. Il décrit une courbe vers le sud de cette plaine, tendant à longer la bordure des terrains anciens du Deccan, vers laquelle la masse des alluvions venues de l’Himālaya l’a repoussé. En amont du confluent de la Jamnā, il ne fait pas encore figure de grand fleuve : sa vallée est incisée dans les cônes alluviaux qui se sont développés au pied des Siwālik ; il coule dans une plaine d’inondation de plusieurs kilomètres de large ; la largeur modeste du lit mineur permet son franchissement par un certain nombre de ponts ferroviaires ou routiers. C’est après Allāhābād (confluent de la Jamnā) que le Gange apparaît comme un grand fleuve majestueux, décrivant de nombreux méandres, qui présentent jusqu’à Bénarès (Vārāṇasī) des berges convexes élevées et des berges concaves basses, sur lesquelles les crues se déversent occasionnellement. Par endroits, le cours du fleuve a incisé les roches cristallines du Deccan. Les affluents venus du Deccan, comme la Chambal, la Sōn, ne constituent, par leur débit, qu’un apport secondaire en comparaison de celui des affluents himalayens : sur la rive droite, la Jamnā ou Yamunā ; sur la rive gauche, la Gogra, la Gandak, la Kosī, rivières présentant des caractères analogues à ceux du Gange supérieur. Par moments, aux époques de sécheresse, le fleuve roule moins de 150 m3/s : c’est un cours d’eau étroit sinuant dans son lit majeur. À d’autres moments, c’est un fleuve très large. Les ponts qui le franchissent mesurent 870 m à Kānpur, 900 m à Allāhābād, 1 055 m à Bénarès.

À 350 km de la mer, les eaux du Gange commencent à s’étaler dans un delta ; elles parcourent encore 500 km dans leurs sinuosités. Le delta, qui constitue la plaine du Bengale, est commun au Gange, à la Tīsta, au Brahmapoutre ; il couvre 80 000 km2. Il n’a pas cessé d’évoluer. Au xvie s., les eaux du Gange s’écoulaient surtout par la branche occidentale, la Bhāgīrathi, ou Hooghly (Hugli), mais cette branche s’est graduellement ensablée, et les eaux ont cherché une issue vers le bras oriental de la Meghna. Aussi, ce delta comprend-il plusieurs zones inégalement évoluées, parsemées de lagunes et d’aires inondables ; la partie orientale (Bangla Desh) est inondée pendant plusieurs mois chaque année. Le long de la mer, le delta se termine par une large zone amphibie couverte de mangrove : les Sundarbans (sundar, beau, et ban, forêt).