Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Gāndhī (Morhandas Karamchand) (suite)

En juillet-août 1942, Gāndhī lance son célèbre quit India (« quittez l’Inde... en tant que maîtres »), tout en admettant — concession pour lui capitale — qu’une Inde libre pourra participer à la lutte contre les puissances de l’Axe. Les Britanniques réagissent durement : le 9 août 1942, arrestation de Gāndhī (libéré seulement en 1944), répression contre les foules qui manifestent, arrestations massives, etc.

Les dernières années de sa vie vont être un véritable calvaire pour le Mahātmā. Tout ce pour quoi depuis trente ans il a lutté semble plus loin que jamais. L’antagonisme hindo-musulman, sinon créé, du moins aggravé par la politique britannique, s’exacerbe. Si, dès 1945, le gouvernement Attlee a fini par se résigner à l’indépendance de l’Inde, le chef de la Ligue musulmane — Muḥammad ‘Alī Jinnah (1876-1948) — demande la création d’un Pākistān, c’est-à-dire la partition des Indes britanniques, sur des bases uniquement confessionnelles, en une Union indienne hindoue et un Pākistān musulman. Pour Gāndhī, cette « vivisection » de l’Inde est inacceptable. Elle sera néanmoins réalisée le 15 août 1947. Pis encore, la non-violence, dont Gāndhī fait son credo, ne va pas résister à la partition. Réconcilier les deux communautés seront les dernières tâches du Mahātmā. Le dernier vice-roi de l’Inde, lord Mountbatten of Burma, sera stupéfait de voir ce vieil homme apaiser par sa seule présence des foules déchaînées. Partout Gandhī demande à la majorité hindoue de larges concessions en faveur de la minorité musulmane.

Cette générosité, ce sens bien compris des intérêts de l’Inde causeront sa perte. Les ultras du Hindu Mahāsabhā et du Rashtriyasvayam Sevak Sangh l’accuseront de trahison envers l’hindouisme. Plusieurs tentatives d’assassinat seront préparées, et, le 30 janvier 1948 à Delhi, le Mahātmā Gāndhī tombera sous les balles d’un fanatique, N. Godse.


Le rayonnement

Dans le monde, l’émotion causée par la mort de Gāndhī fut considérable. En Inde, ce fut une tragédie nationale. Véritable chef charismatique, Gāndhī était le type même du leader à l’autorité morale incontestée. Son impact sur les masses était énorme, et des centaines de millions d’êtres se reconnaissaient en cet homme qui se référait aux valeurs traditionnelles de l’hindouisme. Parce qu’il parlait leur langage et usait d’arguments qui avaient une profonde résonance chez eux, Gāndhī fut compris et respecté des Indiens.

Il serait vain, toutefois, de croire que le Mahātmā n’ait pas rencontré d’oppositions. Elles furent, au contraire, multiples.

Profondément religieux, au sens le plus large du terme, Gāndhī tenta de faire de sa vie un message vécu. Qu’en reste-t-il ?

Une philosophie de la non-violence ? C’est sans doute l’aspect le plus connu du gandhisme. La désobéissance civile et le boycott ? Le pasteur Martin Luther King*, parmi bien d’autres, en a fait usage. Une nouvelle conception de l’organisation sociale et économique de l’Inde ? C’est sans doute là le point le plus controversé : pour les uns, Gāndhī eut le mérite de proposer un schéma de développement adapté aux réalités indiennes. Pour les autres, ses conceptions en ce domaine furent marquées au sceau du conservatisme le plus étroit ou, à tout le moins, d’une méconnaissance grave des impératifs du développement économique.

Il est bien difficile de trancher. Objectivement, le Mahātmā n’a pu obtenir le changement radical de mentalité qui seul aurait permis l’évolution sociale et économique de ses rêves. Par ailleurs, la campagne de son disciple le plus authentique, Vinoba Bhave (né en 1895), pour persuader les propriétaires de distribuer leurs surplus éventuels de terres n’a guère changé les structures foncières de l’Inde. Certains auteurs ont même affirmé que l’Inde aurait accédé plus tôt à l’indépendance et aurait connu un meilleur développement économique si Gāndhī n’avait pas été là. Est-ce suffisant pour trancher ? Certes pas. Le refus de tout compromis, l’affirmation inlassable de la supériorité de l’esprit sur la force brutale, en un mot une certaine idée de l’homme font de Gāndhī l’une des grandes figures de l’histoire indienne et de l’histoire tout court.

J. K.

➙ Inde.

 R. Rolland, Māhatmā Gandhi (Stock, 1924). / L. Fisher, The Life of Mahatma Gandhi (New York, 1950 ; trad. fr. la Vie du Māhatmā Gandhi, Calmann-Lévy, 1959). / J. V. Bondurant, The Conquest of Violence. The Gandhian Philosophy of Conflict (Princeton, 1958 ; nouv. éd., 1965). / B. R. Nanda, Māhatmā Gandhi (Londres, 1959 ; trad. fr. Gandhi, Gérard, Verviers, 1968). / J. Herbert, Ce que Gandhi a vraiment dit (Stock, 1969). / S. Lassier, Gandhi et la non-violence (Éd. du Seuil, coll. « Microcosme », 1970).

Gāndhī (Indira)

Femme politique indienne (Allāhābād 1917).


Fille du pandit Jawaharlāl Nehru*, Indira Nehru vit, dès son enfance, dans une atmosphère d’intense activité politique ; elle-même, dès l’âge de douze ans, donne son aide aux partisans de la non-coopération. Après des études en Suisse et en Angleterre, elle s’inscrit à l’université indienne de Santiniketan, où elle rencontre Tagore*, qui exerce sur elle une forte influence. À vingt et un ans, elle participe, dans les rangs du parti du Congrès, à la lutte pour l’indépendance : en 1942, elle est emprisonnée pour treize mois. À la même époque, elle épouse le député congressiste Feroze Gāndhī († 1960), qui est sans liens de parenté avec son maître le Mahātmā Gāndhī* ; deux fils naîtront de cette union.

À partir de 1946, Indira Gāndhī est le bras droit de son père, tout en vivant dans le rayonnement du Mahātmā. Elle participe activement à la campagne de promotion sociale menée par ce dernier, se mêlant aux intouchables, multipliant les gestes d’humanité, se forgeant ainsi une immense popularité. Celle-ci contribue à son ascension au sein du parti du Congrès, dont elle devient la présidente pour l’année 1959-60.