Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

aluminium (suite)

• Le Duralumin (aluminium de Düren) est l’alliage léger type à haute résistance avec lequel l’Allemand Alfred Wilm (1869-1937) découvrit en 1911 le phénomène appelé alors vieillissement après trempe. Formé de 95 p. 100 d’aluminium, de 4 p. 100 de cuivre, de 0,5 p. 100 de manganèse, de 0,7 p. 100 de magnésium et de 0,5 p. 100 de silicium, cet alliage, utilisé sous forme corroyée, possède d’intéressantes caractéristiques mécaniques après traitement de durcissement structural. Ce traitement, applicable également à d’autres alliages légers, consiste, après la trempe, qui maintient en état de sursaturation la solution solide stable à chaud, à améliorer les caractéristiques par réchauffage, ou revenu, au cours duquel s’effectue la précipitation de constituants durcissants. Si l’alliage trempé est maintenu à température ambiante, les caractéristiques évoluent avec le temps : c’est la maturation naturelle, ou vieillissement, dont le mécanisme est complexe. Sous forme de tôles pour applications de pièces embouties, le Duralumin s’emploie avec un placage d’aluminium pur sur chacune des faces ; cette couche mince améliore la tenue à la corrosion de l’alliage sous-jacent.

• Les alliages aluminium-magnésium contiennent de 4 à 8 p. 100 de magnésium et de 0,2 à 1 p. 100 de manganèse (type Alumag, Duralinox, Magnalium). En raison de leur bonne tenue à la corrosion par l’eau et les produits alcalins, ils sont utilisés pour la construction de navires, de wagons, de bouteilles à gaz. Par addition de 5 à 9 p. 100 de zinc, on obtient des alliages dont la charge de rupture peut atteindre 60 à 70 hb après traitement, ce qui a développé leur emploi en aéronautique. Un alliage à 3 p. 100 de magnésium et à 0,3 p. 100 de manganèse présente de bonnes caractéristiques d’emboutissage : d’où son utilisation pour la confection d’éléments de carrosserie.

• Les alliages aluminium-silicium sont utilisés en fonderie par suite de l’existence d’un alliage eutectique à bas point de fusion et d’une bonne coulabilité pour une teneur de 13 p. 100 de silicium. En général, ils contiennent de 10 à 13 p. 100 de silicium, 1,5 p. 100 de cuivre au maximum, de 0,2 à 1,5 p. 100 de magnésium et 0,3 p. 100 de manganèse (type Alpax). Ces alliages sont couramment utilisés en construction automobile (blocs-moteurs, carters, pistons) et pour des éléments d’appareillage électrique. Ils permettent le moulage aussi bien de pièces aux formes compliquées que de pièces volumineuses. Des précautions doivent être prises lors de leur élaboration par un affinage aux fluorures alcalins pour obtenir une structure homogène à grains fins.

R. Le R.


L’économie de l’aluminium

Parmi les métaux utiles, l’aluminium est sans doute un des plus liés aux industries de pointe. La géographie de sa consommation est calquée sur celle des pays qui équipent le monde en matière d’appareillage électrique et de matériel de transport, disposent des revenus par tête les plus élevés et utilisent une gamme complexe d’instruments électroménagers dans des maisons dont les panneaux muraux sont souvent faits de produits légers.

Le développement des emplois de l’aluminium a exigé un effort particulièrement important en matière de recherche : il a fallu abaisser les prix de revient, restés longtemps trop élevés, imaginer des procédés de fabrication, de contrôle, de traitement et d’alliages qui ne peuvent venir que de laboratoires bien équipés.

Le jeu de l’innovation, que couvrent des brevets multiples, a, dès le départ, favorisé la concentration financière de l’industrie. Avec le temps, les connaissances tombent dans le domaine public ; une certaine dispersion aurait pu se manifester. Elle est restée limitée, car les économies d’échelle sont importantes ; un flux perpétuel d’inventions renouvelle les conditions générales du marché au profit des fabricants, peu nombreux, qui disposent de moyens puissants.


Les gisements de bauxite

L’industrie de l’aluminium a une distribution assez paradoxale. La bauxite est une argile plus riche en alumine que les autres. Dans les régions chaudes, dans certaines conditions pédologiques, les silicates et les oxydes de fer sont attaqués, dissous et exportés, si bien qu’il se produit un enrichissement progressif du sol en alumine. La bauxite, à la différence de la plupart des autres minerais métalliques, se présente donc comme un sol, dont la présence trahit, au moment de son élaboration, des conditions climatiques de type tropical.

La géographie des gisements de bauxite est donc calquée sur celle des surfaces d’érosion élaborées sous climat tropical actuel ou sous climat tropical ancien : on trouve les premières dans les zones de plate-forme des basses latitudes, les secondes dans certaines régions tempérées (sur les pourtours du monde méditerranéen, comme dans certaines zones des États-Unis ou de la Chine).

L’extraction des bauxites est née à proximité des grands foyers industriels ; d’où l’importance originelle des producteurs du domaine méditerranéen et des États-Unis. Avec l’augmentation des consommations, il a fallu faire appel à des ressources plus massives, plus faciles à exploiter : le monde tropical a pris le premier plan. La prospection et la mise en valeur s’y sont faites à des dates et à des rythmes différents : la proximité du consommateur américain, les besoins du producteur canadien ont favorisé les recherches en Amérique du Sud et dans la région des Caraïbes.

La croissance de la production s’est accélérée à une époque où les progrès du nationalisme commençaient à influencer la géographie des investissements des pays industrialisés : le Surinam, la Guyane ou la Jamaïque offraient de bien meilleures conditions que les États plus puissants. Cela explique sans doute le retard accusé dans le développement de la production en Afrique (malgré le bon départ qui semblait pris vers 1960) ou en Asie méridionale (dont la mise en valeur a pourtant commencé très tôt). L’Australie, par contre, voit sa mise en valeur accélérée grâce à l’importance de ses ressources (les premières du monde peut-être) et à la sécurité qu’elle offre aux investisseurs.