Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

Gāndhāra (suite)

L’architecture montre une originalité comparable en dépit de plans imposés par la destination des édifices. La construction associe brique et moellon (diaper masonry) ; le stūpa, multipliant ses soubassements, se développe en hauteur ; adaptés aux impératifs de la vie communautaire, les monastères s’ordonnent autour et au voisinage des stūpa, enrichis à l’occasion de chapelles pour les images (Takht-i Bahi). Le décor architectural, en associant thèmes occidentaux (chapiteaux composites, pampres, guirlandes, amours...) et indiens (arcs en fer à cheval, balustrades...), affirme la complexité du style.

J. B.

➙ Afghānistān / Asie centrale / Cachemire / Inde.

 J. Marshall, A Guide to Taxila (Cambridge, 1936 ; 4e éd., 1960) ; Taxila. Excavations, 1913-1934 (Cambridge, 1951 ; 3 vol.) ; The Buddhist Art of Gandhara (Cambridge, 1960). / A. Foucher, la Vieille Route de l’Inde de Bactres à Taxila (Éd. d’art et d’histoire, 1947-48 ; 2 vol.) ; l’Art gréco-bouddhique du Gandhara (Maisonneuve, 1951-52 ; 4 vol.). / H. Deydier, Contribution à l’étude de l’art du Gandhara (A. Maisonneuve, 1950). / I. Lyons et H. Ingholt, Gandharan Art in Pakistan (New York, 1957). / M. Bussagli, L’arte del Gandhara in Pakistan e i suoi incontri con l’arte dell’Asia centrale (Rome, 1958). / B. J. Rowland, Gandhara Sculpture from Pakistan Museums (New York, 1960).

Gāndhī (Morhandas Karamchand)

Surnommé le Mahātmā, apôtre national et religieux de l’Inde (Porbandar 1869 - Delhi 1948).



Les débuts

Né dans une famille de notabilités locales, Gāndhī appartenait à la sous-caste des modh, du groupe des vaiśya, ou marchands. Il fait des études primaires et secondaires moyennes, bien que consciencieuses, et il se marie à treize ans avec une fillette du même âge, Kasturbaï Makanjī.

Après la mort de son père en 1885, il obtient, non sans peine, l’autorisation d’aller en Angleterre faire son droit, mais seulement après avoir fait le triple serment de ne toucher ni viande, ni alcool, ni femme et non sans avoir été exclu de sa caste pour oser quitter le territoire sacré de sa patrie. Il s’embarque pour l’Angleterre en septembre 1888 ; pendant trois ans, il y étudie le droit avec zèle, ce qui lui permet, en juin 1891, d’être admis au barreau et inscrit à la cour d’appel. Sa période « britannique » se signale par l’intérêt croissant qu’il prend alors pour la religion.

Son retour en Inde est assez pénible : il y apprend la mort de sa mère, et ses débuts d’avocat, tant à Rājkot qu’à Bombay, ne sont rien moins que glorieux. Dans ces conditions, l’Afrique du Sud lui sera un asile.


L’Afrique du Sud (1893-1914) et les fondements de l’idéologie de Gāndhī

Un banal contentieux entre deux compagnies commerciales indiennes va être le point de départ de la carrière du Mahātmā. Peu connu du grand public, le séjour en Afrique du Sud de Gāndhī revêt pourtant une importance primordiale. L’action de celui-ci peut se ramener à un double combat : contre la structure politico-sociale de l’Afrique du Sud (Natal, Orange, Transvaal) dans ce qu’elle a d’hostile aux minorités raciales et contre les faiblesses organiques de la communauté indienne.

Les années 90 voient les autorités du Natal et du Transvaal tenter d’instituer un racisme légal, sorte de préfiguration de l’apartheid : projet de loi tendant à supprimer le droit de vote pour les Indiens du Natal ; « ordonnance » asiatique qui contraint les Indiens à se faire enregistrer et à posséder une carte d’identité spéciale ; restriction de l’immigration, principalement tamoule, en Afrique du Sud ; projet visant à considérer comme nuls et non avenus du point de vue juridique tous les mariages non chrétiens. Face à un tel programme, la lutte ne peut être que de longue haleine. Ce n’est que le 18 décembre 1913 qu’est signé entre le chef du gouvernement sud-africain Smuts et Gāndhī le pacte Smuts-Gāndhī, qui abolit les injustices les plus criantes.

Plus importante sera la libération de la communauté indienne, à laquelle Gāndhī fera perdre dans une large mesure ses traditionnels réflexes de crainte vis-à-vis des Blancs. Cette transformation morale et sociale des Indiens devait être le deuxième combat de Gāndhī et, à ses yeux, le plus important. On ne comprendrait pas les buts et les méthodes d’un tel combat, quelle que soit sa nature, si l’on n’essayait pas d’abord de dégager les bases de l’idéologie de Gāndhī et les moyens d’action qui en découlent.

L’esprit religieux de la mère de Gāndhī, Putlībaï, fut certainement la première et non la moindre des influences qui s’exercèrent sur le futur Mahātmā. Plus tard, d’une façon moins instinctive, plus intellectuelle pourrait-on presque dire, un joaillier de Bombay, Rāychand-bhaï, jouera le même rôle. Pour le reste, les bases doctrinales de Gāndhī furent à la fois hétérogènes par leurs sources et convergentes dans leurs recherches et leurs buts. On peut citer la Bible — surtout le Nouveau Testament et plus particulièrement le Sermon sur la montagne — et la Bhagavad-Gītā (fragment d’une vaste épopée, le Mahābhārata, écrit vers le iiie s. av. J.-C.), dont on peut dire qu’elle constituera jusqu’à la mort de Gāndhī son véritable directeur de conscience.

Parmi les influences modernes, citons encore : Ruskin, auteur de Jusqu’au dernier (Unto This Last), ouvrage dont il retiendra l’apologie du travail sous toutes ses formes et de la communauté, indispensable condition du plein épanouissement de l’individu ; l’Américain Thoreau et son livre la Désobéissance civile (Civil Disobedience), dont Gāndhī devait tirer l’une des armes essentielles de son combat politique en Afrique du Sud et, plus tard, en Inde. Léon Tolstoï et son ouvrage Le salut est en vous auront un double rôle : renforcer la résistance spirituelle de Gāndhī face aux tentatives de conversion de ses amis et sa conviction intime en la toute-puissance de la non-violence.